Les négociations piétinent tant au Liban qu’en Iran et les chances d’un déblocage se rétrécissent à vue d’œil. Le blocage des négociations n’est pas un hasard et nous incite à interroger leur raison d’être dès l’origine. Il ne s’agit sûrement pas d’une volonté délibérée du côté de l’Iran et du Liban, mais plutôt des contraintes imposées par des faits de guerre et des déséquilibres induits à leur suite. Il s'agit également d’une volonté américaine qui les a suscitées au point de départ. Le désaccord entre les États-Unis et Israël quant à l’opportunité de poursuivre la guerre a joué également un rôle déterminant dans la mise en œuvre des dynamiques de négociation en cours sur les deux théâtres.
Deux théâtres, une même logique stratégique
Le choix des deux théâtres n’est pas un effet du hasard, il a été dicté par des considérations stratégiques qui mettaient les deux théâtres en relation symbiotique car ils définissent la trame réelle de la politique impériale iranienne. La suspension temporaire de Gaza et ses ambiguïtés, la neutralisation intérimaire des théâtres irako-yéménites, et les mutations géopolitiques de la Syrie rendaient inévitable le lien entre l’Iran et le Liban. L’Iran, désireux de régénérer à tout prix les tissus conjonctifs de sa politique des plateformes opérationnelles intégrées, à partir desquelles il avait opéré pendant deux décennies, cherchait à renforcer son influence.
L’offensive israélo-américaine avait entamé cette dynamique et devait normalement préluder à leur destruction définitive. L’intervention américaine, quoique décisive aux niveaux militaire et diplomatique, a fini par être mise en suspens au profit d’une reprise des négociations alors que les prémisses et les dispositions de la partie iranienne n’avaient pas changé. L’administration a opté pour négocier de manière récurrente, en dépit du scepticisme qui la caractérisait. Les divergences d’opinion entre le président Trump, le secrétaire d’État Rubio et le vice-président Vance continuaient de se faire entendre alors que les échanges se poursuivaient.
Le Liban de nouveau dissocié du dossier iranien
Du côté libanais, l’arrêt nominal des hostilités se poursuit alors que les négociations ont abouti à un accord-cadre qui devrait mettre fin aux combats, aux extraterritorialités militaires et politiques et rétablir la souveraineté libanaise. Les deux trajectoires impulsées par l’administration américaine se sont finalement résorbées lorsque la voie libano-israélienne et son accord-cadre ont supplanté la trajectoire américano-israélienne, qui visait à l’absorber et à l’annexer à l’agenda iranien. Cette récapitulation est instructive à plus d’un titre. Elle nous renseigne sur les intentions sous-jacentes à la démarche iranienne. Cette dernière n’a d’autre but que de réhabiliter le statu quo ante, de neutraliser les nouveaux rapports de force et de relancer les échanges avec la communauté internationale sur la base d’un unilatéralisme décomplexé.
La bénévolence de la diplomatie américaine, au lieu de privilégier un certain réalisme du côté iranien, a réanimé les délires de l’omnipotence, de la vindicte et réinstallé le panoptique idéologique avec ses scotomes, sa psychose institutionnalisée et ses diffractions paranoïdes. Les États-Unis, en se dessaisissant de leur ascendant militaire et de ses acquis, ont tenté de réengager le régime iranien sur la voie de la normalisation graduée. Or, le cours des négociations continue de buter sur des procès de court-circuitage, de sabotage et de diktat idéologique. Le seul but des négociations étant la récupération des pertes en tous genres et la restauration de la politique impériale.
Ormuz et le nucléaire au cœur des revendications iraniennes
Le fait d’avoir lié les négociations sur le détroit d’Ormuz à l’annexion du dossier libanais en dit amplement sur la finalité de ces négociations. Toute intention irénique ou de recherche négociée de la fin des conflits est, d’ores et déjà, exclue. Les négociations préliminaires sur le détroit d’Ormuz portent sur le déminage des passages et des estuaires, ainsi que sur la volonté de soumettre ces zones aux régulations et au pouvoir discrétionnaire du gouvernement iranien concernant le droit de péage et le contrôle sécuritaire. Cela nous ramène au point de départ, alors que l’application du droit international aurait suffi à rétablir la circulation et à prévenir les conflits. Il en va de même sur le plan de la démilitarisation du nucléaire. Cela concerne les diverses étapes d’enrichissement de l’uranium, de la mise au point des missiles balistiques et de la sanctuarisation des choix stratégiques et de leurs liens avec la politique impériale.
Le régime iranien ne cache pas ses intentions et continue de poursuivre sa stratégie de déstabilisation à géométrie variable. Il aborde l’ensemble des dossiers de manière intégrée. Cela explique sa volonté naïve et effrontée d’obtenir la levée des sanctions financières ainsi que le déboursement des fonds pour la reconstruction, sans offrir aucune contrepartie en matière de désamorçage des dynamiques conflictuelles et du démantèlement de leurs infrastructures logistiques. Toute approche des questions sécuritaires et stratégiques est associée à des restrictions dirimantes qui empêchent la dynamique de paix d’évoluer.
Le Liban face au risque de blocage
La situation libanaise relève de la même constellation géostratégique et se heurte aux mêmes interdits qui ont déraillé les processus de normalisation de bout en bout. L’opposition frontale aux stipulations de l’accord-cadre, qui prévoit un lien direct entre le désarmement du Hezbollah et le retrait de l’armée israélienne, témoigne d’une volonté de blocage et de relancer les différends politiques sur la scène libanaise, menaçant ainsi de plonger le pays dans la guerre civile et le chaos institutionnalisé. L’échec éventuel du gouvernement libanais dans la mise en application des résolutions de l’accord-cadre finira par remettre en question les équilibres géostratégiques et géopolitiques du pays, compromettre la paix civile et mettre en cause la viabilité du Liban.




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