À peine trois semaines après la signature d'un protocole d'accord censé consolider le cessez-le-feu, l'Iran et les États-Unis sont de nouveau engagés dans une dangereuse escalade militaire. Frappes américaines, représailles iraniennes, attaques contre la navigation dans le détroit d'Ormuz et menaces visant les bases américaines dans le Golfe font craindre un embrasement régional, malgré les appels internationaux à la désescalade.
Une trêve de courte durée
Le 17 juin, Washington et Téhéran avaient signé un protocole d'accord censé prolonger le cessez-le-feu avant des négociations de 60 jours pour mettre fin au conflit déclenché le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran. L'accord devait permettre une reprise progressive de la navigation dans le détroit d'Ormuz et ouvrir une période de dialogue.
Mais les tensions n'ont cessé de croître ces derniers jours.
L'Iran a progressivement imposé de nouvelles restrictions au trafic maritime dans le détroit stratégique d'Ormuz, exigeant que les navires empruntent un corridor maritime longeant ses côtes et refusant un retour aux conditions de navigation d'avant-guerre.
Des attaques contre des navires relancent les hostilités
La situation s'est brusquement détériorée mardi après plusieurs attaques visant des navires commerciaux transitant par le détroit d'Ormuz.
En l'espace de vingt-quatre heures, trois bâtiments ont été touchés. Parmi eux figurent le pétrolier saoudien Wedyan, le méthanier qatari Al-Rakayyat et le Cyprus Prosperity, battant pavillon libérien. L'agence britannique de sécurité maritime UKMTO a également fait état d'un pétrolier endommagé par un projectile non identifié ainsi que d'un navire-citerne frappé par un drone.
Le Qatar et l'Arabie saoudite ont directement mis en cause l'Iran, tandis que Washington a accusé Téhéran d'avoir violé le protocole d'accord signé en juin.
La riposte américaine
En réponse, les États-Unis ont lancé dans la nuit une vaste série de frappes contre plus de 80 cibles en Iran.
Washington a parallèlement annoncé le rétablissement de ses sanctions sur le pétrole iranien, levant la dérogation qui autorisait jusqu'ici certaines transactions sur les hydrocarbures iraniens.
Selon l'agence officielle iranienne Irna, les bombardements ont notamment coûté la vie à Mohammad Reza Khazini, membre de la marine des Gardiens de la Révolution, tué près du port de Mahshahr alors qu'il participait à la défense contre des drones.
Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, a jugé mercredi que ces frappes étaient «absolument nécessaires», estimant que les États-Unis avaient réagi à des violations répétées du cessez-le-feu et rappelant que «l'Iran ne doit absolument jamais mettre la main sur une capacité nucléaire».
L'Iran contre-attaque
Téhéran a rapidement riposté en annonçant des frappes contre des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.
Des explosions ont été entendues à plusieurs reprises dans les deux pays après le déclenchement des sirènes d'alerte aérienne.
Dans un communiqué particulièrement ferme, l'état-major iranien a averti que «tout soutien apporté à l'armée américaine agressive pour violer la souveraineté et le territoire de l'Iran islamique sera une cible légitime des forces armées».
Ce message élargit potentiellement les menaces à l'ensemble des pays de la région qui accueillent des installations militaires américaines.
Trump affirme que le cessez-le-feu avec l'Iran est «terminé»
Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était «terminé», qualifiant les Iraniens de «menteurs».
«En ce qui me concerne, c'est terminé (...) c'est simplement une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs», a-t-il affirmé, interrogé sur le cessez-le-feu avec l'Iran, qu'il a qualifié de pays «malade».
Le pétrole repart à la hausse
Cette nouvelle flambée des tensions a immédiatement secoué les marchés.
Le baril de Brent a bondi de plus de 6%, tandis que le pétrole américain WTI progressait également fortement, les investisseurs redoutant une perturbation durable du trafic dans le détroit d'Ormuz, par où transite une part essentielle du pétrole mondial.Les marchés financiers asiatiques ont également été affectés, la Bourse de Séoul enregistrant une nouvelle forte baisse.
Les appels à la retenue se multiplient
Face au risque d'escalade, plusieurs acteurs internationaux tentent d'éviter une reprise généralisée du conflit.
Le Qatar, qui avait joué un rôle central dans les négociations ayant conduit au protocole du 17 juin, a condamné les attaques visant Bahreïn et le Koweït tout en appelant les deux parties à «poursivre la voie du dialogue et de la diplomatie».
De son côté, la Chine a estimé que «la reprise des hostilités n'est dans l'intérêt d'aucune des parties» et exhorté Washington et Téhéran à respecter le mémorandum d'accord déjà signé et à résoudre leurs différends «par le dialogue et la négociation».
Une région de nouveau sous haute tension
Alors que l'Iran poursuit les funérailles nationales de son guide suprême Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre, les affrontements ravivent les craintes d'un conflit régional plus large.
La reprise des frappes remet en cause la fragile trêve obtenue en juin et fait planer une nouvelle incertitude sur la sécurité énergétique mondiale, le détroit d'Ormuz redevenant plus que jamais l'un des principaux foyers de tension de la planète.
Avec AFP



Commentaires