En annonçant la dissolution de son administration civile à Gaza, le Hamas a fait un pas politique, sans toutefois, selon les experts, lever l'obstacle principal à la stabilisation et la reconstruction du territoire palestinien, que constitue son refus de désarmer.
Que dissout le Hamas exactement?
Le mouvement islamiste palestinien a annoncé lundi dissoudre le comité qui administrait les affaires civiles de la bande de Gaza depuis 2007, quand il a pris le pouvoir dans le territoire côtier, à l'issue d'élections et d'affrontements avec le Fatah.
Cette structure supervisait des ministères et des services publics de Gaza, dont le fonctionnement est largement dégradé après plus de deux ans de guerre dévastatrice.
Le mouvement islamiste affirme vouloir transférer ces responsabilités au Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), un organisme composé de technocrates palestiniens et censé gérer le territoire pendant la période de transition.
Sur le papier, cela signifie que le Hamas accepte de ne plus être chargé de l'administration quotidienne de Gaza.
Un responsable du Hamas a indiqué à l'AFP que les responsables des ministères se coordonnaient déjà avec le NCAG pour préparer le transfert des compétences. Bloqué en Égypte par le refus israélien de lui ouvrir la bande de Gaza, le président du NCAG, Ali Shaath, affirme être prêt à prendre ses fonctions.
Le Hamas avait déjà dissous ses organes de gouvernement local, en 2014 et en 2017, dans le cadre de tentatives de réconciliation interpalestinienne, restées sans suite.
Pourquoi cette annonce?
«Cela intervient dans un contexte de stagnation totale dans la mise en œuvre du plan Trump», visant à tourner la page de la guerre, indique Muhammad Shehada, chercheur associé au Conseil européen des relations internationales (ECFR), pointant des violations quotidiennes par Israël de l'accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025.
«Du point de vue du Hamas, cela répond à plusieurs objectifs: montrer qu'ils font avancer le processus et mettre en lumière ce qu'ils présentent comme le manquement d'Israël à ses engagements», souligne aussi une source diplomatique à l'AFP.
La formation islamiste déplore régulièrement qu'Israël ne permette pas l'entrée dans Gaza de suffisamment d'aide humanitaire, comme prévu par l'accord de trêve, ce qu'il dément.
«Il s'agit de priver Israël de ses arguments», abonde Iyad al-Qarra, universitaire gazaoui spécialiste de la communication politique, pour qui Israël utilise la gouvernance exercée par le Hamas comme «prétexte» pour poursuivre la guerre.
«C'est un message adressé aux médiateurs, ainsi qu'aux Gazaouis», ajoute Jamal al-Fadi, professeur à l'université al-Azhar de Gaza, une manière de présenter du «concret» faute d'amélioration en vue de la situation catastrophique des habitants.
Mais si le NCAG ne prend pas bientôt les rênes de Gaza, l'annonce de dissolution apparaîtrait comme «une simple manœuvre tactique», note-t-il.
Pour M. Shehada, le Hamas reste «la force dominante à Gaza, mais est dans une impasse».
Ses membres «ne disposent ni des ressources ni des chaînes d'approvisionnement dont bénéficie le Hezbollah au Liban grâce à l'Iran, donc ils ne peuvent pas subvenir aux besoins de leurs fonctionnaires ni de la population de Gaza, c'est pourquoi ils sont très intéressés par ce type de renonciation au pouvoir», note-t-il.
Quelle suite possible?
L'administration civile n'est qu'une partie du pouvoir du Hamas à Gaza, où il conserve ses combattants et son arsenal.
Le ministre israélien des Affaires étrangères a d'ailleurs vu une «ruse» dans l'annonce du Hamas, rappelant l'exigence de son pays de le voir rendre ses armes pour que la guerre puisse véritablement prendre fin.
Le Hamas, lui, refuse tout désarmement avant la mise en place d'une autorité palestinienne et le début du retrait israélien, dont les forces ont encore étendu depuis la trêve, à plus de 60% de l'exigu territoire, leur contrôle de Gaza.
Validé par l'ONU, le plan de paix par étapes du président américain Donald Trump n'entrevoit lui qu'à très long terme la possibilité d'un retrait total des troupes israéliennes.
«Il s'agit simplement d'un geste symbolique de la part du Hamas pour montrer qu'il est prêt à renoncer à gouverner Gaza», résume Mkhaïmar Abusada, politologue gazaoui. Toutefois «le problème ne réside pas dans la dissolution de son comité gouvernemental, mais dans l'acceptation du désarmement».
AFP



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