L'annonce faite lundi par le Hamas de dissoudre son comité gouvernemental à Gaza a immédiatement relancé une question lancinante: le mouvement islamiste, qui administrait l'enclave depuis près de vingt ans, touche-t-il enfin à sa fin?
Un geste aux contours volontairement flous
Mohammed Abdel Khaleq al-Farra, chef du comité d'urgence gouvernemental du Hamas, a présenté sa démission lundi, ouvrant la voie à une prise de fonction du Comité national pour l'administration de Gaza, le NCAG, présidé par le technocrate Ali Shaath. Le porte-parole du mouvement, Hazem Qassem, a présenté la décision comme un moyen de retirer tout prétexte à l'occupation israélienne.
Le Conseil de la paix, l'instance dirigée par Donald Trump chargée de superviser la transition, a réagi avec une prudence calculée, affirmant que son évaluation se baserait sur des actes et non des promesses. Son responsable pour Gaza, Nickolay Mladenov, a rappelé que le principe demeure celui d'une autorité unique, détentrice de la totalité des armes présentes dans la bande.
Du côté israélien, le ton a été nettement plus tranchant: un responsable a qualifié l'annonce de manœuvre de communication dénuée de sens, tandis que le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar a accusé le Hamas de vouloir reproduire à Gaza un schéma inspiré du Hezbollah, où une administration civile gérerait les affaires courantes pendant que le mouvement conserverait la réalité du pouvoir armé.
Une organisation objectivement affaiblie
Au-delà des postures officielles, la revue Foreign Affairs a livré l'un des diagnostics les plus détaillés sur l'état réel du mouvement. Elle rappelle que la quasi-totalité de la chaîne de commandement historique du Hamas a été éliminée, à commencer par Yahya Sinouar, Ismaïl Haniyé et Mohammad Deif. Elle ajoute que le Conseil de la Choura n'est pas parvenu à désigner de successeur légitime depuis octobre 2024, y compris lors d'un scrutin organisé en février dernier.
La revue évoque également une rupture de fait avec l'Iran, Téhéran n'ayant pas été informé à l'avance de l'attaque du 7 octobre 2023 et n'ayant guère soutenu le mouvement depuis, ainsi qu'un désengagement progressif du Qatar, qui aurait expulsé plusieurs cadres du mouvement en 2024 puis à nouveau en 2026.
Sur le plan intérieur, le Hamas peinerait à rémunérer ses quelque 49.000 fonctionnaires et aurait institué des taxes sur le commerce parallèle de l'aide humanitaire pour financer son fonctionnement. Le soutien populaire à la lutte armée, selon le Centre palestinien pour la recherche politique et les sondages, serait tombé de 51% en septembre 2023 à 34% en octobre 2025. Plusieurs milices rivales, soutenues en sous-main par Israël, contesteraient désormais l'autorité du mouvement sur certains secteurs de l'enclave.
Une manœuvre plutôt qu'une reddition
D'autres analystes refusent pourtant d'y voir un simple aveu de faiblesse. Max Rodenbeck, de l'International Crisis Group, cité par le Guardian, estime que le Hamas dispose d'une marge de manœuvre très limitée mais cherche, faute d'horizon politique pour les Palestiniens, à signaler sa disponibilité à céder le pouvoir politique sans pour autant déposer les armes, renvoyant ainsi la responsabilité du blocage vers le Conseil de la paix.
Muhammad Shehada, du Conseil européen pour les relations internationales, avance une autre explication: le geste viserait à contrer un projet, porté par Israël avec le soutien des Émirats arabes unis, de limiter la reconstruction et la gouvernance du NCAG à une infime partie du territoire, dans des zones surnommées «villes humanitaires».
Ces lectures ne se contredisent pas nécessairement et pourraient se superposer. Le Hamas paraît à la fois structurellement décimé, financièrement exsangue et politiquement isolé, tout en conservant assez de force résiduelle pour peser sur la négociation.
La véritable question n'est peut-être donc pas de savoir si le mouvement islamiste est fini, mais de déterminer lequel de ses trois piliers, militaire, politique ou social, s'effondrera en premier, et si une alternative crédible existera pour combler le vide qu'il laissera.




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