L’ATCL et l’Hôtel-Dieu placent le cœur au centre du sport
Sport, prévention, réflexes d’urgence: l’ATCL et l’Hôtel-Dieu de France placent le cœur au centre de la pratique sportive. ©ATCL

L’ATCL et l’Hôtel-Dieu de France ont organisé une matinée de prévention cardiovasculaire destinée aux sportifs amateurs. Pour Ici Beyrouth, la Dre Nicole Gebara, directrice de l’Unité d’hypertension artérielle à l’Hôtel-Dieu de France, se penche sur les risques souvent sous-estimés, l’intérêt du dépistage et les signaux d’alerte à ne jamais banaliser à l’effort.

Le sport protège le cœur, mais il ne rend pas invulnérable. C’est le message central de l’initiative «Le Cœur du Sport», organisée par l’Automobile et Touring Club du Liban (ATCL), en partenariat avec l’Hôtel-Dieu de France et avec le soutien du ministère libanais de la Santé.

Cette matinée de prévention cardiovasculaire, destinée aux membres sportifs de l’ATCL, avait pour objectif de sensibiliser à une pratique physique régulière, mais aussi plus sûre, mieux encadrée et adaptée au profil de chacun. Au programme: mesure de la pression artérielle, glycémie capillaire, poids, taille, consultation médicale, électrocardiogramme, évaluation personnalisée des facteurs de risque cardiovasculaire et orientation vers un bilan plus approfondi lorsque cela s’avérait nécessaire.

Mais au-delà du dépistage ponctuel, l’enjeu était surtout pédagogique: rappeler que l’absence de symptôme ne signifie pas toujours absence de risque.

Le faux sentiment de sécurité chez les sportifs

Sollicitée par Ici Beyrouth, la Dre Nicole Gebara met en garde contre une idée très répandue chez les sportifs amateurs.

«Beaucoup pensent, à tort, que le fait de pratiquer une activité physique les protège automatiquement contre toutes les maladies cardiovasculaires», relève-t-elle. «Beaucoup pensent également que, tant qu’ils ne ressentent aucun symptôme à l’effort, leur cœur est en parfaite santé.»

Or, contextualise-t-elle, «il est tout à fait possible d’être sportif et d’avoir des maladies cardiovasculaires».

Le principal facteur de risque sous-estimé reste l’hypertension artérielle. Souvent qualifiée de «maladie silencieuse», elle peut évoluer pendant des années sans provoquer de symptôme. «Une personne peut se sentir en excellente forme, courir plusieurs kilomètres ou participer à des compétitions tout en ayant une pression artérielle élevée», avertit la Dre Gebara.

D’autres facteurs de risque peuvent également passer inaperçus, comme un diabète, une dyslipidémie — c’est-à-dire un excès de cholestérol ou un déséquilibre des graisses dans le sang —, ou encore certaines anomalies cardiaques congénitales ou héréditaires.

Le message n’est donc pas de freiner l’activité physique. Au contraire. «Le sport reste un excellent moyen de prévention, mais il ne remplace pas un suivi médical régulier», insiste la spécialiste. «Il vient compléter les autres mesures de prévention.»

Ce que permet vraiment un dépistage

Un dépistage cardiovasculaire permet d’identifier précocement des anomalies chez des personnes qui n’ont parfois aucun symptôme. La mesure de la pression artérielle peut révéler une hypertension méconnue. La glycémie peut dépister un diabète ou une anomalie du métabolisme du sucre. Le poids et la taille permettent d’évaluer un surpoids ou une obésité. L’électrocardiogramme peut, lui, mettre en évidence certains troubles du rythme ou anomalies de conduction.

La consultation médicale permet ensuite de replacer ces résultats dans leur contexte: âge, antécédents personnels, antécédents familiaux, niveau d’activité physique et type de sport pratiqué.

La Dre Gebara tempère toutefois: un dépistage ne remplace pas un bilan cardiologique complet. «Un ECG normal, par exemple, n’exclut pas toutes les maladies cardiaques», précise-t-elle. «En revanche, il constitue une excellente première étape pour repérer les personnes nécessitant des examens complémentaires.»

Un bilan plus approfondi est recommandé en cas de pression artérielle élevée confirmée, d’ECG anormal, de glycémie élevée, de symptômes évocateurs ou d’antécédents familiaux de mort subite, de cardiomyopathie ou de maladie cardiovasculaire précoce.

Reprendre le sport sans brûler les étapes

La prudence est particulièrement importante chez les personnes qui reprennent une activité physique après une longue période d’arrêt, chez celles qui augmentent brutalement leur charge d’entraînement ou chez les sportifs présentant déjà des facteurs de risque cardiovasculaire.

Là encore, le message doit rester équilibré. «L’activité physique est l’un des meilleurs moyens de prévention pour la santé cardiovasculaire, et il ne faut surtout pas que ce message de prudence décourage les personnes de pratiquer un sport», rappelle la Dre Gebara.

Mais reprendre le sport ou intensifier les entraînements doit se faire progressivement, surtout en présence d’une hypertension, d’un diabète, d’un excès de cholestérol, d’un surpoids, d’antécédents cardiaques personnels ou familiaux, ou après une période prolongée de sédentarité.

Certains symptômes ne doivent jamais être banalisés pendant ou après l’effort: douleur ou oppression thoracique, essoufflement inhabituel, malaise, perte de connaissance, palpitations importantes ou étourdissements inexpliqués.

«Leur apparition doit conduire à interrompre immédiatement l’effort et à consulter rapidement», prévient la spécialiste.

Une évaluation médicale est également recommandée avant de reprendre une activité sportive soutenue lorsqu’une personne présente des facteurs de risque cardiovasculaire, des antécédents personnels ou familiaux de maladie cardiaque, ou qu’elle est restée longtemps sans pratiquer d’exercice. Un dépistage simple peut parfois permettre d’identifier une anomalie à temps et de prévenir des complications potentiellement graves.

Les gestes d’urgence, autre pilier de la prévention

La matinée comportait aussi un volet pratique consacré aux gestes d’urgence, avec des démonstrations autour du défibrillateur automatisé externe et de la réanimation cardio-pulmonaire.

Dans un environnement sportif, cette dimension est essentielle. En cas d’arrêt cardiaque, les premières minutes sont déterminantes. Reconnaître rapidement l’urgence, alerter les secours, commencer un massage cardiaque et utiliser un défibrillateur peuvent augmenter les chances de survie.

La prévention cardiovasculaire ne se limite donc pas à mesurer une tension ou à réaliser un ECG. Elle consiste aussi à développer une culture de sécurité autour du sport: savoir quand consulter, quand interrompre l’effort, quand alerter et comment réagir face à une urgence.

Une approche médicale de terrain

En plaçant le dépistage au plus près des sportifs, l’ATCL et l’Hôtel-Dieu de France ont voulu rappeler qu’un sport bénéfique est aussi un sport adapté au profil de chaque pratiquant. L’activité physique reste un allié majeur de la santé cardiovasculaire, mais elle doit s’accompagner d’une connaissance de ses facteurs de risque, d’une écoute des signaux d’alerte et, lorsque cela s’impose, d’un bilan médical adapté.

Outre la Dre Nicole Gebara, l’équipe médicale mobilisée comprenait notamment le Pr Simon Abou Jaoudé, chef du service de cardiologie, la Dre Joëlle Khadra, urgentiste et coordinatrice du département des urgences, Elie Farah et Marc Moussallem, résidents en cardiologie, ainsi que Mme Latifé Karam, de la direction des affaires médicales de l’Hôtel-Dieu de France.

Pour l’ATCL, cette initiative marque une étape dans une approche plus large de la pratique sportive: encourager l’activité physique, tout en renforçant la culture du dépistage, du suivi médical et de la réaction face à l’urgence.

 

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