Les funérailles du guide iranien récapitulent les diverses étapes d’une saga macabre. Sommes-nous dans un scénario de fin de régime, de nouveau départ ou celui d’une étape intermédiaire? Le caractère pompeux des chorégraphies reflète les ambivalences d’un régime meurtrier qui espère déjouer une fin qu’il ne cesse de repousser à coups de répression sauvage à l’intérieur et de politiques subversives à l’extérieur. Il est ultimement convaincu de sa pérennité quel que soit le prix à payer. C’est l’unique leçon qu’on peut tirer de ces manœuvres interminables et pourtant l’ensemble du paysage politique et social n’a rien de rassurant.
Les funérailles tentent de briser la solitude du régime, de miroiter un mirage de normalité et de renouer avec un environnement géopolitique qui fut jusqu’hier résolument hostile. Le pouvoir iranien a voulu en faire un événement fédérateur alors que l’ensemble du paysage géopolitique est réfractaire à tous ces faux-semblants que ce régime belliciste essaie de projeter. Ce rassemblement hétéroclite répercute les réalités d’un pouvoir iranien aux abois qui tente de renflouer une légitimité défaite, de neutraliser des rivalités, et de renouer des liens.
La majorité des invités, quant à elle, renvoie aux incertitudes des régimes en place, aux conflits interethniques et aux équilibres fragiles d’un ordre régional en lambeaux. Indépendamment du fait que chacun des larges pays islamiques environnants tente de donner l’image d’un ensemble géopolitique cohérent et aux consensus bien établis alors qu’il n’en est rien. L’axe néo-totalitaire russo-chinois cherche de son côté à s’imposer comme interlocuteur obligé alors qu’il ne figure nulle part dans la configuration géostratégique en place. Autrement, au-delà de la continuité institutionnelle, s’esquisse un phénomène plus profond: l'épuisement d'un système fondé sur un narratif idéologique entièrement débouté.
La grille géostratégique, quoique déterminante à plus d’un titre, dissimule mal les failles d’un système entièrement discrédité. Le récit idéologique, qui représente l'actif de cinq décennies d'un pouvoir totalitaire, ainsi que les effets disruptifs d'un impérialisme ayant mis la région en feu, sont loin de pouvoir soutenir le système ou lui fournir une assise institutionnelle cohérente et opérationnelle. Les échecs conjugués d’une gouvernance inepte et ses conséquences désastreuses à tous les niveaux ne peuvent pas valider le récit. Ceci pour ne pas oublier les effets délétères d’une corruption systémique, d’une société minée par les pathologies sociales léguées par une dictature obscurantiste. La lecture qui ignore les multiples effets de sédimentation d’une dynamique entropique, omniprésente, est peu explicative. La contre-offensive américano-israélienne n’a fait que révéler les réalités d’une érosion à l’œuvre.
Il serait judicieux, par conséquent, de réfléchir sur les effets supputés des négociations en cours. En agissant ainsi, il sera possible de se rendre à l’évidence des impasses d’un régime aux verrouillages multiples et croisés. Celui-ci se caractérise par une dictature meurtrière dépourvue de toute légitimité, une gouvernance dysfonctionnelle à tous égards, un régime impérial cherchant à ressusciter sa dynamique de subversion, et un état de psychose institutionnelle rendant invraisemblable toute rétrospective critique. Les blocages répétés des négociations s’expliquent par l’extraterritorialité idéologique qu’il s'arroge alors qu’il ne cesse de recourir aux institutions internationales pour résoudre ses problèmes.
La bienveillance injustifiée de la diplomatie américaine valide les manœuvres et le sabotage qu’il pense pouvoir orchestrer sans limites. Les négociations sur le détroit d’Ormuz font fi du droit international des voies maritimes, la question de l’enrichissement de l’uranium évolue de louvoiement en louvoiement. La question des armes balistiques est envisagée comme s’il s’agit d’un régime pacifiste n’ayant pas à son actif des décennies de guerres impériales et de politiques de terreur. Celle des plateformes opérationnelles intégrées est reconduite de manière subreptice dans l’espoir de reprendre la politique de subversion. Ce faisant, la levée des sanctions financières et les projets de reconstruction sont soumis au pouvoir discrétionnaire d’une coterie d’assassins qui se drapent de légitimité. On ne voit pas d’issue à cet entrelacs conflictuel à moins d’en disséquer les composantes et les axes de nouages et leurs configurations mutantes.
La politique américaine s'avère inflexible sur les principes d'une négociation ferme sur l'ensemble des dossiers en question. Alors que le régime iranien multiplie les mécanismes de contournement et s'emmure dans une logique de confrontation exponentielle dont le but est de réimposer son diktat et de diluer les enjeux de la négociation. Ce parcours sinueux et truffé de contradictions n’a rien d’inédit, il ne fait que reproduire des schémas d’action galvaudés, une culture du mensonge institutionnalisée ainsi qu’une volonté de revanche hautement affichée, et pourtant les négociations se poursuivent. À quoi faut-il s’attendre au bout du compte? Rien n'est sûr, sauf une chose: le maintien de ce régime garantira la continuité de l'état d'exception.




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