La récente polémique autour de l’accord-cadre signé entre le Liban et Israël sous l’égide des États-Unis a donné lieu à une campagne menée par ses opposants, qui s’efforcent d’en contester la légitimité en invoquant des arguments d’ordre constitutionnel, politique et liés à la souveraineté nationale.
La campagne menée contre cet accord, principalement relayée par les médias proches du Hezbollah, ne vise pas véritablement son contenu, mais son existence même. Elle cherche avant tout à rallier une partie de l’opinion publique libanaise qui demeure étrangère au Hezbollah et hostile au projet politique porté par l’axe iranien, afin de créer une dynamique de rejet susceptible d’influencer les forces politiques.
La finalité est désormais claire: faire échouer l’accord au Parlement, après avoir échoué à en provoquer le rejet dans la rue. Cette stratégie rappelle celle qui avait conduit à l’abrogation de l’accord du 17 mai 1983 sous la pression des armes.
Ce parallèle n’a rien d’anodin: le Hezbollah et ses alliés ont eux-mêmes ravivé le souvenir des réactions militaires qui avaient suivi cet accord, au travers de déclarations en forme de menaces à peine voilées.
L’échec de toute tentative de mobilisation de la rue s’explique vraisemblablement par deux facteurs. D’une part, l’Iran ne semble pas prêt à provoquer une escalade à Beyrouth susceptible de compromettre les négociations en cours avec les États-Unis, dans lesquelles il voit une possibilité d’alléger la pression économique qui pèse sur lui.
D’autre part, les populations, épuisées par des années de crises et de conflits, apparaissent de moins en moins disposées à se prêter à ce type de mobilisation.
Pour autant, le véritable objectif demeure inchangé. La contestation se déplace simplement sur le terrain politique et parlementaire, dans une stratégie qui s’inscrit dans une logique plus large: celle consistant à replacer le Liban parmi les cartes de négociation de la République islamique d’Iran dans son bras de fer avec les États-Unis. Or, le dossier libanais avait précisément été dissocié de ces négociations lors de la signature de l’accord-cadre, marquant un véritable revirement dans la trajectoire des négociations libano-israéliennes.
Une stratégie de communication centrée sur la souveraineté
Les critiques ont notamment porté sur la dimension militaire de l’annexe sécuritaire, et plus précisément sur l’efficacité des zones pilotes prévues par l’accord ainsi que sur le choix des premières localités concernées.
Selon les détracteurs du texte, ces premières zones ne nécessitent même pas un retrait israélien puisque l’armée israélienne n’y est plus présente. Cet argument omet cependant la logique opérationnelle qui sous-tend le mécanisme prévu par l’accord.
Les zones pilotes: une mise en œuvre progressive
Le choix des localités de Froun et de Zaoutar-Ouest répond précisément à une logique de mise en œuvre graduelle.
Dans ces régions, où la présence du Hezbollah semble déjà fortement réduite, l’armée libanaise pourra se déployer rapidement et démontrer concrètement sa capacité à assurer seule la sécurité. Cette capacité est d’ailleurs explicitement soulignée dans l’annexe sécuritaire de l’accord-cadre.
Une telle réussite constituerait la première étape du processus. Elle permettrait ensuite d’enclencher le retrait progressif et partiel de l’armée israélienne d’autres localités, lesquelles deviendraient à leur tour des zones pilotes.
Forte de l’expérience acquise dans les premières zones, l’armée libanaise serait alors en mesure d’y exercer pleinement son autorité et de veiller au désarmement pratique du Hezbollah, condition posée par Israël pour son retrait afin de garantir sa sécurité, mais aussi revendication souverainiste libanaise visant le désarmement de cette milice pro-iranienne implantée depuis des décennies.
Reconstruction et retour des déplacés: une innovation majeure
L’un des aspects les plus importants de cet accord réside dans l’intégration explicite d’une étape consacrée à la reconstruction, avec le soutien des partenaires internationaux. La crédibilité de cet engagement s’est trouvée d’autant plus renforcée par l’accueil favorable réservé à l’accord par les États membres du Conseil de coopération du Golfe, ainsi que par la France et le Royaume-Uni.
Au-delà de sa portée diplomatique, cette dynamique ouvre enfin la voie à un cadre concret pour le retour des populations déplacées. Elle vise aussi à créer les conditions économiques indispensables afin que ces habitants puissent retrouver leurs terres, y reconstruire leur vie, y exercer une activité économique et y établir durablement leurs familles.
L’accord ne se limite donc pas à une dimension sécuritaire: il articule sécurité, reconstruction et retour des populations dans une même logique de stabilisation.
Quelle alternative à l’accord ?
Les opposants à l’accord dénoncent son contenu, mais ne proposent aucune alternative crédible.
La seule perspective clairement identifiable consiste en un retour du dossier libanais sous la tutelle de l’Iran, dans le cadre du protocole d’Islamabad.
Or, ce protocole ne prévoit aucune mesure concrète concernant le rétablissement de la souveraineté libanaise, le retrait israélien ou le retour des déplacés.
Les jours qui ont suivi sa signature avaient d’ailleurs été marqués par un profond sentiment de frustration chez les souverainistes, qui estimaient que le Liban venait une nouvelle fois d’être privé de son autonomie décisionnelle et rattaché aux intérêts iraniens.
À l’inverse, le Hezbollah avait célébré ce protocole avec enthousiasme, allant jusqu’à installer des panneaux glorifiant la victoire de l’Iran sur la route de l’aéroport de Beyrouth. Cette initiative défiait ouvertement la décision du gouvernement, qui avait pourtant interdit depuis plusieurs mois toute installation de ce type sur cet axe stratégique.
Pour de nombreux Libanais, cette présence visuelle permanente symbolisait également une forme de contrôle sécuritaire exercé par la milice pro-iranienne sur l’un des principaux accès au pays.
Une reprise en main du destin libanais
La signature de l’accord-cadre est présentée comme le résultat de la détermination du président de la République, Joseph Aoun, du Premier ministre Nawaf Salam, ainsi que des efforts diplomatiques du secrétaire d’État américain Marco Rubio.
Malgré les conséquences d’une guerre dévastatrice et une perte de crédibilité du Liban auprès de la communauté internationale, notamment en raison de son incapacité à désarmer le Hezbollah, les autorités libanaises ont réussi à négocier un accord adapté aux capacités réelles du pays.
Pendant des années, le Hezbollah a continué à utiliser le territoire libanais au service des intérêts régionaux de l’Iran dans son affrontement avec les États-Unis et Israël. Cette stratégie a entraîné destructions, déplacements massifs de populations et une crise du logement dont les réponses concrètes ne semblent aujourd’hui exister que dans le cadre prévu par cet accord.
Le véritable enjeu: l’avenir du Liban
Au-delà des critiques formulées contre l’accord-cadre, la question fondamentale demeure celle de l’alternative.
La campagne menée contre ce texte repose sur des arguments qui apparaissent éloignés des véritables objectifs de ses instigateurs. En pratique, la seule alternative identifiable consiste à replacer le Liban dans le giron iranien, avec le risque de prolonger un cycle de guerres interminables, destructrices et étrangères aux intérêts nationaux.
Dans ce contexte, l’échec de l’accord-cadre enclencherait une dynamique politique sapant la souveraineté, la stabilité et, à terme, la cohésion de l’État libanais, et risquerait de replonger le Liban dans un rôle d’annexe des conflits régionaux, le privant de la maîtrise de son destin et de toute perspective de solution à ses propres crises.




Commentaires