Après l'anglais, l'espagnol et l'arabe, le fameux Festival d'Avignon de théâtre invite la langue coréenne pour sa 80ᵉ édition qui démarre samedi, avec la lauréate du prix Nobel de littérature 2024 Han Kang et la présence d'artistes de la péninsule.
«On a ces dernières années vu émerger une forme de soft power à travers la K-pop, des séries télé, etc.» mais «les arts vivants sud-coréens restent très méconnus de la scène européenne, de la scène française, du public du festival», avait expliqué le directeur de ce grand rendez-vous estival culturel français, Tiago Rodrigues.
Le roman «Impossibles adieux» de la plus célèbre représentante de la littérature coréenne, Han Kang, inspire deux formes théâtrales. Publié en 2023, il raconte l'histoire d'une femme découvrant des archives documentant l'assassinat sur l'île de Jeju de milliers de civils, considérés comme communistes, par des forces sud-coréennes en 1948-1949.
Y voyant un «réquisitoire contre l'oubli», la metteuse en scène Julie Deliquet va proposer «Oiseau», une lecture-performance bilingue interprétée par les actrices Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee dans la cour d'honneur du Palais des Papes de la cité du sud de la France.
«Che dolore terribile è l'amore» («Quelle terrible douleur est l'amour»), de Daria Deflorian, est aussi tiré de ce roman.
Cette dramaturge italienne, qui avait déjà mis en scène «La végétarienne», autre roman d'Han Kang, dit aimer dans son écriture l'élargissement de «notre perception de la réalité grâce aux rêves, à la vie nocturne, aux fantômes, aux mondes parallèles».
Han Kang sera présente du 12 au 18 juillet.
L'épisode de l'île de Jeju inspire également le metteur en scène Kyung-Sung Lee dans «Island story». Lui travaille à partir des témoignages de trois personnes âgées descendant de victimes du massacre et des travaux d'un archéologue ayant mené des recherches pour retrouver des ossements.
«Je m'interroge sur le fait que le théâtre puisse encore fonctionner comme une forme de rituel reliant des personnes dont l'histoire est lointaine», décrit-il.
Le Festival d'Avignon a également invité le metteur en scène, compositeur et vidéaste coréen Jaha Koo, qui présente trois spectacles.
L'artiste de 40 ans explore notamment la pression exercée sur la jeunesse pour être performante dans une société coréenne encore marquée par le poids de son système «hiérarchique, le patriarcat et l'inégalité de genres», raconte-t-il. Il met également en garde contre le risque d'une culture «standardisée». «Il y a tellement de Corées différentes dans le monde», a-t-il confié.
Enfin, avec son spectacle «KIN: Yeonhee Project I», le musicien Inbo Lee (Liquid Sound), qui a étudié le spectacle vivant en France, revisite un art ancestral coréen, le Yeonhee, mêlant danse, cirque et percussion, en le modernisant.
AFP



Commentaires