L’accord-cadre auquel sont parvenues les délégations libanaise et israélienne sous l’égide des États-Unis, après trois jours de négociations particulièrement difficiles suivis d’une journée supplémentaire décisive, envoie plusieurs signaux politiques, sécuritaires et régionaux majeurs.
Au-delà du contenu technique du texte, cet accord-cadre apparaît comme une redéfinition des rapports entre le Liban et Israël d’une part et de leur environnement régional d’autre part, tout en clarifiant la place du dossier libanais dans les négociations plus larges impliquant l’Iran.
Dissociation du dossier libanais du dossier iranien : un premier signal fort
Premier constat: le dossier libanais a bel et bien été dissocié du dossier iranien.
Cette évolution intervient malgré l’évocation de la création d’une cellule à caractère régional et international chargée de la pacification du Liban et de la gestion de son conflit avec Israël.
Cette idée figurait notamment dans la déclaration conjointe des pays médiateurs — le Qatar et le Pakistan — lors des pourparlers de Genève entre les États-Unis et la République islamique d’Iran. Ces discussions avaient abouti à un protocole d’accord visant à mettre fin aux hostilités entre Washington et Téhéran.
Même si l’État libanais avait officiellement salué cette initiative, celle-ci avait suscité un certain malaise au sein de la société libanaise. Ce climat avait coïncidé avec l’apparition de panneaux publicitaires installés par le Hezbollah sur la route de l’aéroport pour remercier l’Iran, alimentant le sentiment de frustration d’une partie importante de l’opinion publique.
Pour les souverainistes, ces signaux faisaient craindre un retour de l’influence du Hezbollah sur la vie politique libanaise, notamment au détriment des institutions de l’État, au risque de freiner le processus de désarmement. Il nourrissait également les inquiétudes quant au potentiel impact du protocole d’accord sur les négociations libano-israéliennes, considérées par une grande partie de l’opinion comme l’un des derniers leviers capables de mettre fin à l’emprise iranienne et à l’utilisation du Liban comme monnaie d’échange dans les rapports de force régionaux.
La détermination des autorités libanaises malgré les ambiguïtés régionales
Cette atmosphère, qui semble finalement ne pas avoir reflété la réalité des résultats des pourparlers de Genève, n’a toutefois pas entamé la détermination du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam.
Les deux responsables ont poursuivi les efforts diplomatiques afin d’obtenir des résultats concrets dans ce qui est présenté comme une initiative du président de la République libanaise bénéficiant de l’appui du président américain Donald Trump.
Zones pilotes, retrait israélien et retour de la souveraineté libanaise
Concrètement, l’accord met pour la première fois à exécution le concept de «zones pilotes».
Celles-ci seront mises en œuvre dans des régions concernées cette fois par un retrait partiel israélien.
Cette avancée est présentée comme un double succès: d’une part, le retour de l’exercice effectif de la souveraineté de l’État libanais, qui ouvrira la voie à un retrait israélien partiel dans un premier temps ; d’autre part, le rétablissement de l’autorité de l’État sur les territoires concernés.
Cette souveraineté devra s’exercer à travers l’armée libanaise avec pour objectif annoncé l’élimination de toutes les capacités militaires et sécuritaires des acteurs non étatiques, en particulier le Hezbollah, afin d’aboutir au désarmement total et irréversible de la milice.
Ce volet bénéficie d’une annexe militaire spécialement conçue pour accompagner sa mise en œuvre.
Selon cette logique, ce dispositif représenterait également le principal espoir pour les habitants du Sud de pouvoir revenir dans leurs localités et envisager une reconstruction soutenue par les partenaires internationaux à l’initiative des États-Unis.
Financement iranien: des garanties pour éviter un renforcement du Hezbollah
Une autre inquiétude importante semble avoir été levée.
Lors des discussions de Genève, des craintes étaient apparues autour d’un éventuel déblocage de fonds iraniens pouvant indirectement renflouer les caisses du Hezbollah.
L’accord conclu prévoit au contraire que tout financement iranien destiné à des acteurs non étatiques sera interdit et placé sous surveillance étroite du gouvernement libanais avec l’aide des États-Unis.
Le mécanisme prévoit également que ces acteurs ne puissent bénéficier d’aucun financement international destiné à la reconstruction, ni servir d’intermédiaires pour détourner ces ressources.
Par ailleurs, les fonds iraniens susceptibles d’être débloqués dans le cadre d’un allègement partiel des sanctions ne pourraient, selon cette approche, être utilisés pour soutenir des activités jugées déstabilisatrices dans la région au détriment du Liban, du Levant ou des pays du Golfe.
Soutien américain et repositionnement régional
Cette orientation a été réaffirmée par le secrétaire d’État américain Marco Rubio lors d’une réunion conjointe entre les ministres des Affaires étrangères des pays membres du Conseil de coopération du Golfe et les États-Unis, tenue à Manama, au Bahreïn.
À cette occasion, Washington a réitéré son soutien à ses alliés traditionnels dans la région.
Le communiqué publié à l’issue de la rencontre a également apporté son appui aux négociations libano-israéliennes sous médiation américaine, allant jusqu’à soutenir la perspective d’un accord de paix entre les deux pays.
Cette orientation a ensuite été reprise dans l’accord-cadre signé le lendemain.
Le communiqué condamnait également les activités sécuritaires de l’Iran et de ses proxys dans la région et insistait sur le caractère prioritaire de la sécurité du détroit d’Ormuz.
Cette sécurité implique notamment le refus de toute forme de contrôle du passage maritime ou d’imposition de péages sur la circulation dans le détroit.
Détroit d’Ormuz : une tension persistante malgré le protocole américano-iranien
Cette question du détroit d’Ormuz a justement connu un regain de tensions.
Des drones iraniens ont attaqué un cargo traversant le détroit, entraînant une puissante réponse militaire américaine contre des sites situés en Iran.
Cet épisode rappelle une nouvelle fois la fragilité du protocole d’entente entre Washington et Téhéran.
Mais il vise également à démontrer que cet accord n’avait pas été conclu au détriment de la stabilité régionale ni de la sécurité des alliés des États-Unis.
Vers la fin de l’état d’hostilité entre le Liban et Israël
Au fond, l’ensemble de ces développements s’inscrit dans une logique de maintien des lignes rouges américaines consistant à empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, à contenir les activités déstabilisatrices de ses proxys dans la région, à refuser toute forme de contrôle du détroit d’Ormuz, à préserver la souveraineté du Liban et à favoriser une sortie progressive de l’état de guerre entre le Liban et Israël.
Dans cette perspective, et selon les termes évoqués dans l’accord, les deux parties ont acté la fin de leurs hostilités avec pour objectif d’ouvrir la voie à une paix durable.




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