Beccacece, rockeur de banc
Beccacece, le fougueux patron de l’Équateur ©AFP

Ceux qui suivent l’Équateur dans ce Mondial n’ont pas pu le rater. Cheveux décolorés, gestuelle électrique, présence de bord de touche permanente: Sebastián Beccacece ressemble parfois à un croisement entre Brice de Nice et un guitariste des Strokes tombé sur une feuille de match. Le look amuse. Le personnage intrigue. Mais depuis la victoire contre l’Allemagne, c’est surtout son équipe qui parle.

Beccacece ne traverse pas un match, il le consomme. Il s’agite, replace, appelle, mime les courses, râle, encourage. Sur sa ligne, il donne l’impression de jouer un deuxième match, en parallèle de celui de ses joueurs.

Le style est exubérant, parfois théâtral, mais il colle à son football: intensité, pressing, transitions rapides, couloirs actifs. L’Équateur ne cherche pas à endormir l’adversaire. Il veut l’user, l’aspirer, puis le frapper dans les espaces.

Contre l’Allemagne, le plan a eu le mérite d’être lisible: ne pas paniquer après le but rapide de Sané, densifier l’axe, accepter les duels, puis attaquer les zones faibles dès que la Mannschaft rendait le ballon. L’Équateur a subi par moments, mais il n’a jamais lâché le match.

L’école Sampaoli, mais avec son accent

Argentin, passé dans le sillage de Jorge Sampaoli, Beccacece appartient à cette famille de techniciens qui veulent des équipes nerveuses, verticales et agressives à la perte. Il a été adjoint au Chili, puis en Argentine, avant de tracer sa route comme numéro un, notamment à Defensa y Justicia, au Racing, à Elche, puis avec la sélection équatorienne.

Son football repose sur quelques principes simples: sortir propre quand c’est possible, presser fort quand le ballon se perd, attaquer vite quand l’espace s’ouvre. Pas de possession décorative. Pas de circulation pour faire joli. Le ballon doit servir à avancer ou à fixer.

Avec l’Équateur, il a trouvé une matière première intéressante: des jambes, du volume, des joueurs capables de répéter les efforts et un milieu qui peut encaisser l’impact. Ce n’est pas toujours fluide, mais c’est rarement tiède.

Avant l’Allemagne, la pression montait

Le paradoxe Beccacece, c’est qu’il n’arrivait pas à ce match dans un fauteuil. Malgré une dynamique solide avant le tournoi, son équipe restait sous surveillance. En Équateur, le débat était déjà lancé: jeu pas toujours lisible, efficacité irrégulière, sélection pas encore totalement adoptée par son public.

Lui-même avait senti le climat. Avant l’Allemagne, il savait que le match pouvait servir de bascule. Une défaite aurait nourri les critiques. Une victoire a tout changé.

Car battre l’Allemagne dans un Mondial, ce n’est pas une note de bas de page. C’est un marqueur. L’Équateur a montré qu’il pouvait encaisser un temps fort, rester dans le plan, puis punir. C’est exactement ce qu’on demande à une équipe de tournoi.

Une Tri plus compacte, plus adulte

La grande réussite de Beccacece, pour l’instant, tient moins au folklore qu’à la structure. L’Équateur n’est pas seulement une équipe généreuse. Elle devient une équipe compacte, pénible à manœuvrer, capable de défendre en bloc puis de jaillir.

Dans les duels, elle répond. Dans les transitions, elle existe. Sur les coups de pied arrêtés, elle pèse. Et quand Gonzalo Plata, Moisés Caicedo ou les joueurs de couloir trouvent de l’espace, la Tri peut vite mettre le match en désordre.

Tout n’est pas réglé. L’équipe peut encore manquer de maîtrise dans ses temps faibles et de précision dans le dernier geste. Mais elle a gagné quelque chose d’essentiel: une identité de combat. Pas glamour, pas toujours propre, mais utile en Coupe du monde.

Le show, puis le tableau noir

Le look de Beccacece fera encore parler. Il y a chez lui un côté rockeur de banc, presque trop visible pour rester neutre. Mais réduire l’homme à sa coupe de cheveux serait rater le sujet.

Derrière le personnage, il y a un entraîneur de méthode, obsédé par les circuits, les pressings, les distances entre les lignes. Un coach qui veut que son équipe joue avec intensité, mais aussi avec une idée.

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