Le Conseil de la paix pour Gaza, une coquille vide sept mois après son lancement?
Le 19 février 2026, à Washington, DC, le président américain Donald Trump a clos la réunion inaugurale du Conseil de la paix à l'Institut Donald J. Trump pour la paix. ©Chip Somodevilla / Getty Images North America / Getty Images via AFP

Le Conseil de la paix lancé par Donald Trump pour superviser l'après-guerre à Gaza se réunit la semaine prochaine dans un complexe hôtelier chypriote pour, selon deux responsables européens cités par Politico, «ajuster sa stratégie» après six mois jugés en interne décevants, une caractérisation que l'instance elle-même rejette publiquement, la présentant comme une réunion technique de routine. 

Le Times of Israel précise que certains membres du comité technocratique palestinien ont eux-mêmes exprimé un malaise face à l'image d'une rencontre dans un lieu balnéaire pendant que la population de Gaza continue de souffrir, ce qui a conduit à restreindre la liste des participants.

Un bilan financier proche de zéro

Le constat le plus frappant concerne l'argent. Le Financial Times rapportait fin mai que le compte ouvert par la Banque mondiale pour recevoir les contributions n'avait reçu aucun financement, malgré dix-sept milliards de dollars de promesses. Le Conseil reconnaît que les donateurs ont préféré d'autres canaux, notamment un compte privé chez J.P. Morgan, dépourvu d'obligation de transparence envers les contributeurs eux-mêmes. 

Dans les faits, seules des sommes modestes ont été engagées: environ vingt millions de dollars marocains pour financer le bureau du haut représentant Nikolay Mladenov et les salaires du comité palestinien, et cent millions promis par les Émirats pour former une force de police gazaouie, mais gelés sans qu'aucun programme n'ait démarré. 

Selon le Washington Post, sur les soixante-dix milliards de dollars jugés nécessaires à la reconstruction, presque rien n'a été collecté et virtuellement rien n'a été dépensé.

Un désarmement du Hamas dans l'impasse, une occupation qui s'étend

Le blocage central reste le refus du Hamas de désarmer. Le Washington Post rapporte que Mladenov et des négociateurs égyptiens proposent depuis des mois un cadre prévoyant une amnistie pour les combattants, leur intégration éventuelle à la police nationale ou la possibilité de quitter le territoire, en échange d'un retrait progressif israélien. 

Le mouvement refuse de signer, invoquant les violations continues du cessez-le-feu par Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a lui-même reconnu avoir ordonné à l'armée de prendre 70 % de Gaza «pour commencer», contre les 53 % initialement prévus par l'accord. Le Times of Israel précise que les médiateurs qatari, égyptien et turc ne s'attendent à aucune avancée avant les élections législatives israéliennes prévues à l'automne.

Une situation humanitaire qui ne s'améliore pas

Devant le Conseil de sécurité de l'ONU le 21 mai, Mladenov a refusé de qualifier la situation de rétablissement, rappelant qu'environ 85% des bâtiments de Gaza sont endommagés ou détruits, que soixante-dix millions de tonnes de gravats jonchent le sol, et que plus d'un million de personnes vivent sous tente. 

Selon les Nations unies citées par le Washington Post, une famille sur cinq ne mange qu'une fois par jour. Depuis le cessez-le-feu d'octobre, plus de neuf cents Palestiniens ont été tués par des frappes israéliennes, selon les autorités sanitaires de Gaza. Le comité technocratique censé administrer le territoire reste bloqué au Caire depuis sa création en janvier, sans être jamais entré dans l'enclave.

Des calculs différenciés au sein du Golfe

Un rapport de l'Observer Research Foundation Middle East publié en juin montre que l'adhésion des monarchies du Golfe relève moins d'une conviction partagée que d'un calcul de positionnement. 

L'Arabie saoudite y voit un outil pour éviter sa marginalisation diplomatique plutôt qu'un engagement de fond, tandis que le Qatar a basculé d'un rôle de médiateur indépendant à une participation à risque limité après la frappe israélienne sur Doha en septembre 2025. 

Oman, à l'inverse, a choisi de rester simple observateur au nom de sa doctrine de neutralité positive, refusant de lier sa crédibilité à une initiative pilotée par Washington. Les Émirats, malgré leur engagement, excluent explicitement tout déploiement militaire à Gaza.

Une légitimité institutionnelle de plus en plus contestée

À ces difficultés s'ajoute une fragilité juridique: le secrétaire d'État Marco Rubio a annoncé devant le Sénat la transformation du Conseil, d'organisation internationale publique vers simple ONG internationale, ce qui réduirait encore le contrôle du Congrès sur les fonds non américains.

Sept mois après son lancement, le Conseil affiche ainsi un écart persistant entre ses ambitions initiales et une situation marquée par l'absence de financement effectif, un désarmement dans l'impasse et une administration palestinienne toujours hors du territoire qu'elle doit gouverner.

Commentaires
  • Aucun commentaire