Un golden visa à 500.000 dollars: le Liban peut-il attirer les investisseurs?
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Le Liban peut-il devenir une nouvelle destination pour les grandes fortunes internationales et les investisseurs de sa diaspora? Réunie lundi, la commission parlementaire des Finances et du Budget a approuvé un projet de loi instituant un «golden visa» libanais, un mécanisme permettant à des étrangers ou à des Libanais vivant à l’étranger d’obtenir une résidence fiscale spéciale en échange d’un investissement d’au moins 500.000 dollars.

Présentée par ses promoteurs comme un outil destiné à attirer des capitaux, soutenir la reconstruction et préparer la relance économique, l’initiative intervient toutefois dans un contexte particulièrement délicat. Entre crise bancaire non résolue, maintien du Liban sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) et incertitudes sécuritaires persistantes, le pays est-il réellement en mesure de séduire les investisseurs qu’il cherche à attirer?

Un mécanisme inspiré de modèles déjà existants

Contrairement à certaines critiques relayées ces derniers jours, le projet ne prévoit ni l’octroi de la nationalité libanaise ni une modification des règles de propriété foncière. Son objectif est essentiellement fiscal.

Le texte, transmis initialement par le gouvernement, modifie certaines dispositions de la loi sur l’impôt sur le revenu et du droit de succession afin de permettre à des investisseurs étrangers ou à des Libanais non-résidents de bénéficier d’un régime de résidence fiscale spécifique, à l’image de dispositifs existant dans plusieurs pays.

Sous l’impulsion du président de la commission des Finances, le député Ibrahim Kanaan, plusieurs amendements ont été introduits afin de renforcer les garde-fous. «Le dispositif est entièrement volontaire. Il n’impose aucune obligation aux investisseurs, qui peuvent choisir d’y recourir ou non, ou opter pour une résidence classique», insiste M. Kanaan, dans un entretien accordé à Ici Beyrouth.

«Le projet a notamment été soumis aux dispositions de la loi sur l’acquisition immobilière par les non-Libanais, impose le transfert des fonds depuis l’étranger et soumet les bénéficiaires aux exigences de la loi 44 relative à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme», ajoute-t-il.

Pour être éligible, le candidat devra investir au minimum 500.000 dollars, sous forme de dépôt bancaire, d’acquisition immobilière ou d’investissement dans une entreprise locale. À cela s’ajoute un droit forfaitaire d’au moins 50.000 dollars versé à l’État. Les membres de la famille souhaitant bénéficier du même régime devront également s’acquitter d’un montant équivalent.

Le bénéficiaire devra par ailleurs séjourner au Liban au moins 90 jours par an.

Une recherche de capitaux frais

Pour l’expert économique et financier, Jassem Ajjaka, interrogé par Ici Beyrouth, l’approbation de ce projet peut sembler, d’emblée, en décalage avec les réalités économiques, financières et sécuritaires actuelles du pays.

«À première vue, la décision de la commission paraît surprenante, voire paradoxale. Le secteur bancaire n’est toujours pas restructuré et la confiance dans l’économie libanaise, comme dans son système financier, demeure profondément ébranlée», souligne-t-il.

Selon lui, deux motivations principales expliquent toutefois l’initiative.

«Le premier motif réside dans la recherche de dollars frais, à travers les droits de dossier versés directement à l’État, mais aussi les investissements de 500.000 dollars», explique-t-il. Et d’ajouter: «Le deuxième motif, qui a d’ailleurs été évoqué par M. Kanaan, est la préparation de la phase d’après-guerre. C’est dans cette perspective que la commission a ainsi approuvé ce projet de loi».

Dans cette logique, Ibrahim Kanaan met l’accent sur le fait que le projet ne constitue pas une réforme isolée mais s’inscrit dans une dynamique plus large de préparation économique.

Les défenseurs du texte abondent dans ce sens. Ils rappellent que le projet ne constitue pas une alternative aux réformes attendues, notamment la restructuration du secteur bancaire, la restitution des dépôts ou l’assainissement des finances publiques, mais qu’il vise à créer un outil supplémentaire de financement et d’attraction des capitaux.

Une clientèle potentielle, mais limitée

Reste à savoir si une demande réelle existe. Pour Jassem Ajjaka, le potentiel existe, même s’il demeure modeste.

«Il y a tout d’abord une demande potentielle de la part de personnes fortunées, qu’il s’agisse d’expatriés libanais ou de non-résidents, qui pourraient être intéressées par l’aspect fiscal. Dans de nombreux pays, la fiscalité est particulièrement lourde. Le Liban offre certaines particularités qui pourraient attirer ce type de profils», insiste-t-il.

L’économiste évoque également une deuxième catégorie d’investisseurs. «Cela pourrait aussi intéresser des investisseurs habitués aux économies fortement basées sur le cash et qui recherchent davantage de flexibilité dans leurs opérations», note-t-il.

Pour autant, il reste prudent sur l’ampleur du phénomène: «Je ne pense pas que cela dépasserait une centaine de personnes par an». Selon ses estimations, les investissements générés pourraient représenter entre 50 et 100 millions de dollars annuellement, auxquels s’ajouteraient environ 5 millions de dollars de recettes directes pour l’État grâce aux frais de dossier.

«Ce n’est évidemment pas un montant capable de résoudre la crise économique ni de remplacer le secteur bancaire. C’est plutôt une bouffée d’oxygène», lance-t-il.

L’atout fiscal du Liban

L’un des principaux arguments avancés par les promoteurs du projet concerne précisément la fiscalité.

«Le volet fiscal est probablement le plus intéressant», estime Jassem Ajjaka. Le Liban ne prélève pas d’impôt sur la fortune et les droits de succession entre parents et enfants y demeurent relativement faibles par rapport à de nombreuses juridictions occidentales.

Autre avantage: les résidents fiscaux libanais ne sont imposés que sur les revenus générés au Liban, et non sur leurs revenus mondiaux. «On ne paie au Liban que l’impôt sur les revenus réalisés dans le pays», rappelle-t-il.

L’économiste souligne également qu’une résidence fiscale libanaise pourrait présenter un intérêt pour certains expatriés dans le cadre de leur planification fiscale internationale.

Par ailleurs, le projet prévoit des dispositions susceptibles d’intéresser une partie de la diaspora libanaise, notamment les descendants de Libanais qui ne disposent pas nécessairement d’une situation administrative pleinement régularisée. «Ce n’est pas un contournement pour obtenir la nationalité. C’est plutôt un moyen de conserver un ancrage légal et fiscal dans son pays d’origine», affirme-t-il en guise de réponse aux craintes soulevées depuis l’approbation du projet en commission.

Une attractivité relative face à la concurrence régionale

La comparaison avec les programmes similaires existant dans d’autres pays demeure toutefois inévitable.

«Si l’on compare le Liban aux Émirats arabes unis, à Chypre ou à la Grèce, il souffre aujourd’hui d’un handicap majeur: il est en défaut de paiement, tandis que la situation politique et sécuritaire reste fragile», reconnaît Ajjaka.

L’attractivité du Liban reposerait donc moins sur sa stabilité que sur la souplesse de son environnement économique.

«Le Liban demeure une économie très libérale, avec relativement peu de contraintes réglementaires. Pour certains investisseurs, cela peut représenter un avantage».

Le couplage proposé entre dépôt bancaire, investissement immobilier ou participation dans une entreprise locale pourrait également constituer un élément différenciant par rapport à certains programmes étrangers plus restrictifs.

Le défi du Gafi

La principale zone de vigilance concerne toutefois la conformité du projet aux normes internationales de lutte contre le blanchiment d’argent.

Depuis octobre 2024, le Liban figure sur la liste grise du Gafi et poursuit la mise en œuvre des réformes exigées pour en sortir. Les contestataires de ce projet mettent ainsi en garde contre les difficultés de traçabilité des fonds dans l’environnement actuel.

À ce titre, Ibrahim Kanaan souligne que le dispositif s’appuie sur les mécanismes de contrôle existants et ne déroge pas aux obligations internationales en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.

Il précise également que le projet ne modifie ni les règles de nationalité ni celles de propriété foncière, et qu’il ne comporte aucune dimension de changement démographique, contrairement à certaines critiques formulées dans le débat public.

Au-delà des débats et des réserves qu’elle suscite (quand bien même les amendements au projet de loi y répondent largement), cette initiative s’inscrit dans une logique d’ouverture progressive et de reconstruction économique par étapes. Dans un pays en quête de capitaux et de confiance, l’idée d’offrir un cadre fiscal structuré et encadré pourrait constituer un signal de stabilisation adressé aux investisseurs, y compris issus de la diaspora.

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