La route de l’aéroport, prolongement de l’emprise du Hezbollah
©ANWAR AMRO / AFP

La route de l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth demeure l’un des leviers auxquels le Hezbollah n’a jamais renoncé sans difficulté. Elle traverse la banlieue sud, bastion historique de la milice pro-iranienne, et constitue surtout l’axe vital du principal équipement aéroportuaire du pays. En contrôler l’accès revient, de fait, à peser sur son fonctionnement, ses flux, ainsi que sur les mouvements entrants et sortants.

Par le passé, le Hezbollah a déjà exercé une emprise directe sur l’aéroport, allant jusqu’à s’infiltrer dans certaines de ses structures et administrations. Il n’a pas non plus hésité à recourir à plusieurs reprises au blocage de cette route, en en faisant un instrument de pression politique.

Au-delà des aspects sécuritaires et logistiques, cet axe revêt une dimension symbolique centrale pour la formation pro-iranienne. À peine sorti de l’aéroport, le visiteur est immédiatement confronté à un paysage saturé d’enseignes et de symboles politiques à l’effigie du Hezb et de l’Iran. Un environnement visuel qui donne l’image d’un pays placé sous influence, sinon sous tutelle iranienne.

La suppression progressive de cette mainmise visuelle et politique sur la route de l’aéroport a constitué l’un des chantiers de l’exécutif dirigé par le président du Conseil, Nawaf Salam. Celui-ci est parvenu à en réduire sensiblement l’emprise partisane, en neutralisant en grande partie son usage comme support de propagande, et en rétablissant un espace d’expression davantage institutionnel. L’objectif affiché: offrir aux arrivants une première image d’un État assumé, porté par ses institutions, ses symboles et une identité nationale affirmée.

Le Hezbollah, de son côté, aurait accepté cette évolution à contrecœur. Selon plusieurs sources, il aurait toutefois cherché à préserver ses marges de manœuvre, tout en renonçant aux engagements pris auprès du président de la République, Joseph Aoun, par l’intermédiaire du député Ali Fayad, notamment celui de ne pas instrumentaliser cette voie à des fins politiques ou idéologiques.

En effet, le Hezb aurait récemment saisi une opportunité pour revenir sur le terrain, estimant que l’issue du dernier affrontement avec les États-Unis et Israël consacrait un rapport de force renouvelé, justifiant, selon lui, un retour à certaines pratiques antérieures.

C’est dans ce contexte qu’ont été installés de nouveaux panneaux sur la route de l’aéroport, affichant notamment des portraits du guide suprême iranien Ali Khamenei et de son successeur désigné, Mojtaba Khamenei, accompagnés du slogan: «Merci à l’Iran fidèle».

Ces supports publicitaires seraient liés à un certain Ahmad Abdallah, qui les mettrait à disposition de la société AIM Media, dirigée par Rachid Fayad, fils du député Ali Fayad, structure habituellement chargée des campagnes d’affichage de la formation pro-iranienne. Mais cette fois, le circuit habituel n’aurait pas été respecté: le Hezbollah serait passé directement par Ahmad Abdallah, sans validation préalable de la Sûreté générale libanaise.

Selon plusieurs informations, cette initiative aurait suscité le mécontentement du président de la République, Joseph Aoun. Des réflexions seraient en cours pour rééquilibrer l’espace visuel de cette entrée stratégique de la capitale, notamment par l’installation de messages alternatifs arborant une carte du Liban et le slogan «Le Liban d’abord».

Au-delà de cet épisode, ce nouvel épisode illustre, selon ses détracteurs, le décalage entre les discours de coopération institutionnelle et les pratiques de terrain. Il alimente l’idée que les équilibres restent fragiles, et que la maîtrise des espaces stratégiques demeure un enjeu central du rapport de force interne au Liban. Dans ce contexte, il n’est d’ailleurs pas exclu que le Hezbollah s’oppose à nouveau à la décision d’ouvrir l’aéroport de Kleiate, afin de faire capoter le projet.

 

 

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