À l’Hôpital Français du Levant, Ircad Liban a organisé un nouveau cours de chirurgie robotique hépato-bilio-pancréatique, avec des interventions complexes sur le foie et le pancréas réalisées et retransmises en direct depuis le bloc opératoire. Une avancée qui confirme la percée libanaise dans la chirurgie robot-assistée, avec des premières locales ou régionales déjà posées et une ambition claire: installer Beyrouth comme plateforme de formation chirurgicale avancée au Moyen-Orient.
Dans un bloc opératoire de Beyrouth, la robotique ne relève plus seulement de la démonstration technologique. Elle devient un outil de soin, de formation et de transmission. Il y a quelques jours, Ircad Liban a organisé à l’Hôpital français du Levant la troisième édition de son cours de chirurgie robotique du foie, des voies biliaires et du pancréas, avec la participation du Dr Ahmad Abou Abbass, directeur de la chirurgie digestive robotique à City of Hope, en Californie, et du Dr Ali Choukr, directeur du programme de chirurgie hépato-bilio-pancréatique d’Ircad Liban.
L’événement a été marqué par des interventions complexes réalisées avec assistance robotique, notamment des gestes sur le foie et le pancréas, retransmis en direct depuis le bloc opératoire. Pour les participants, l’enjeu n’était pas seulement de voir une opération aboutie, mais de suivre les étapes du geste, les repères anatomiques, les choix techniques et les décisions prises en temps réel. La salle d’opération devenait ainsi une salle de classe.
Foie et pancréas, zones de haute précision
La chirurgie hépato-bilio-pancréatique concerne des organes parmi les plus difficiles à opérer. Le foie et le pancréas sont situés dans des zones profondes, très vascularisées, proches de structures vitales. Pendant longtemps, certaines interventions nécessitaient de larges incisions, avec des suites lourdes et des récupérations pouvant s’étendre sur plusieurs semaines.
La robotique ne rend pas ces opérations simples. Elle ne remplace pas le chirurgien. Mais elle lui offre une vision en trois dimensions, des instruments articulés, une grande stabilité du geste et une précision accrue dans des espaces anatomiques étroits. Dans les cas bien sélectionnés, l’objectif est de réduire l’agression chirurgicale, de limiter certaines complications, de raccourcir la convalescence et d’améliorer la récupération.
Pour les patients atteints de tumeurs digestives difficiles, notamment du pancréas, l’enjeu est important. Lorsque la chirurgie est possible, une approche moins invasive peut faciliter le retour à l’autonomie et, dans certains cas, permettre une reprise plus rapide des traitements complémentaires. C’est là que la robotique prend son sens: non comme vitrine, mais comme outil intégré à un parcours de soins.
Le pari d’Ircad Liban
Cette avancée s’inscrit dans une histoire plus large. Fondé à Strasbourg en 1994 par le professeur Jacques Marescaux, Ircad est devenu une référence mondiale en chirurgie mini-invasive, robotique et formation chirurgicale avancée. Son implantation au Liban répond à une conviction portée par le Dr Antoine Maalouf: Beyrouth peut redevenir un lieu de formation médicale régionale, malgré la crise.
À Ici Beyrouth, Maalouf avait déjà résumé l’esprit du projet en rappelant que le Liban n’avait pas été choisi pour sa puissance financière, mais pour «l’efficacité du système médical libanais». Selon lui, Jacques Marescaux avait préféré «la simplicité, mais aussi l’efficacité du système médical libanais, à l’argent des pays du Golfe». La formule éclaire le positionnement d’Ircad Liban: moins une vitrine qu’une reconnaissance du capital médical local.
En 2025, une première étape avait été franchie avec le lancement du premier cours robotique d’hépato-pancréatologie organisé par Ircad Liban. Maalouf parlait alors d’un «saut quantique dans la pratique chirurgicale régionale» et annonçait la première opération du pancréas et du foie par robotique au Liban et au Moyen-Orient. La nouvelle édition confirme le passage de la première à la structuration: la robotique n’est plus seulement pratiquée, elle s’enseigne.
Faire venir l’expertise au Liban
La présence du Dr Ahmad Abou Abbass, venu des États-Unis pour opérer et encadrer le programme scientifique, donne à cette édition une portée particulière. Pour le Dr Maalouf, elle montre qu’Ircad Liban a réussi à faire venir à Beyrouth les expertises et technologies des grands centres internationaux. «Nous ne nous contentons plus d’envoyer nos médecins apprendre à l’étranger; nous attirons désormais le monde au Liban», souligne-t-il en substance, rappelant que le patient libanais mérite les soins et les technologies disponibles dans les grands centres mondiaux.
Le Dr Abou Abbass a, lui aussi, insisté sur le niveau atteint par Ircad Liban et l’Hôpital français du Levant, estimant que ce qui se construit à Beyrouth se rapproche des standards observés dans les centres médicaux avancés. Selon lui, la chirurgie robotique a modifié l’approche des opérations complexes du foie et du pancréas, en offrant une précision accrue, de meilleurs résultats potentiels et des récupérations plus rapides lorsque l’indication est bien posée.
Former, pas seulement importer
C’est le point central. En chirurgie robotique, posséder une machine ne suffit pas. Il faut former les équipes, sélectionner les patients, maîtriser les indications, organiser le bloc, anticiper les complications et évaluer les résultats. La robotique est une discipline exigeante, qui repose autant sur le chirurgien que sur l’équipe qui l’entoure.
C’est là que le rôle d’Ircad Liban devient stratégique. Le Dr Ali Choukr, à la tête du programme hépato-bilio-pancréatique, incarne cette logique de transmission: former des chirurgiens à des gestes complexes, dans un cadre structuré, au contact d’experts internationaux, avec une application directe au bloc opératoire.
Une avancée à encadrer
L’enthousiasme doit toutefois rester médical. La chirurgie robotique coûte cher, suppose une infrastructure solide et ne s’adresse pas à tous les patients. Elle doit rester une indication discutée au cas par cas, selon la maladie, l’état général du patient, l’expérience de l’équipe et le bénéfice attendu.
Mais l’avancée est réelle. Dans un pays souvent enfermé dans le récit de la crise, voir une chirurgie complexe du foie et du pancréas se pratiquer, se transmettre et s’enseigner à Beyrouth a une valeur qui dépasse le bloc opératoire.




Commentaires