Le Liban est souvent raconté à travers ses crises, ses guerres et ses dirigeants. Pourtant, disséminés dans les montagnes, les vallées et les villes subsistent des lieux presque oubliés qui racontent une autre histoire du pays. Anciennes capitales, voies ferrées abandonnées, temples cachés, sanatoriums désertés ou sites antiques méconnus, ces endroits sont les témoins silencieux d’époques révolues. Une série pour redécouvrir le Liban à travers des lieux qui ont façonné son identité.
Bien avant les antibiotiques, les montagnes libanaises étaient réputées pour leurs vertus thérapeutiques. À Bhamdoun, médecins, malades et estivants venaient chercher un climat jugé bénéfique pour la santé. L’histoire d’une époque où la ville faisait figure de sanatorium naturel à ciel ouvert.
Aujourd’hui, Bhamdoun évoque surtout les souvenirs des villégiatures estivales, des hôtels de montagne et des familles venues fuir la chaleur de Beyrouth. Pourtant, avant d’être une station de vacances réputée, la localité était également associée à une autre promesse: celle de la guérison.
Durant la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, la montagne libanaise jouit d’une réputation qui dépasse largement les frontières du pays. Son climat, son altitude et la fraîcheur de ses étés attirent non seulement des vacanciers, mais aussi des personnes souffrant de maladies respiratoires. À une époque où les traitements restent limités, l’air de la montagne est souvent considéré comme un médicament.
Bhamdoun devient alors l’un des symboles d’un Liban où l’on venait autant pour respirer que pour se reposer.
Quand les médecins prescrivaient la montagne
Avant la découverte des antibiotiques, la tuberculose figure parmi les maladies les plus redoutées au monde.
Touchant principalement les poumons, elle emporte chaque année des millions de personnes. Les médecins disposent alors de peu de moyens pour la combattre. Faute de traitement efficace, ils cherchent à ralentir son évolution grâce au repos, à une alimentation adaptée et à des séjours prolongés dans des régions considérées comme favorables à la santé.
Partout en Europe apparaissent des sanatoriums installés dans les Alpes, les Pyrénées ou les montagnes allemandes. L’air pur, le soleil et l’altitude deviennent les piliers d’une médecine aujourd’hui disparue.
Le Liban n’échappe pas à cette tendance. Les hauteurs du Mont-Liban sont progressivement perçues comme un environnement privilégié pour les personnes souffrant de problèmes respiratoires. Le climat sec, les températures modérées et la végétation abondante sont réputés bénéfiques.
Dans les milieux aisés de Beyrouth, mais aussi dans plusieurs pays de la région, les médecins recommandent régulièrement les séjours en montagne pendant les mois les plus chauds de l’année.
Bhamdoun, station climatique du Levant
Située à plus de mille mètres d’altitude sur les pentes du Mont-Liban, Bhamdoun bénéficie d’atouts naturels qui vont rapidement faire sa réputation.
À la fin du XIXe siècle, la localité commence à attirer une clientèle en quête de fraîcheur. Alors que les villes côtières suffoquent sous la chaleur estivale, la montagne offre un climat plus agréable. Les températures y sont plus douces, l’air plus sec et les nuits plus fraîches.
Cette réputation dépasse progressivement les frontières libanaises. Des familles venues de Syrie, d’Égypte, d’Irak ou de Palestine choisissent d’y passer l’été. Certaines y séjournent pour leur confort. D’autres espèrent améliorer leur santé ou celle de leurs proches.
Parmi les récits conservés de cette époque figure celui de diplomates et de personnalités étrangères qui privilégient Bhamdoun en raison de ses qualités climatiques. La ville acquiert peu à peu l’image d’un refuge sanitaire autant que d’une destination de villégiature. Cette double identité contribue largement à son essor.
Le train amène les visiteurs
L’essor de Bhamdoun aurait été impossible sans une révolution technique qui a profondément transformé le Liban : le chemin de fer. Lorsque la ligne Beyrouth-Damas est inaugurée à la fin du XIXe siècle, elle rapproche considérablement la montagne de la capitale. La gare de Bhamdoun devient une étape importante sur cette voie qui traverse le Mont-Liban avant de rejoindre la Békaa puis la Syrie.
Le train facilite les déplacements des voyageurs et stimule le développement local. Autour de la gare se construisent hôtels, pensions, commerces et résidences de vacances. Une nouvelle partie de la ville apparaît même autour de cette activité ferroviaire.
Bhamdoun cesse alors d’être un simple village de montagne. Elle devient une destination recherchée par une clientèle régionale qui peut désormais accéder plus facilement à ses hauteurs.
L’histoire de la ville rejoint ainsi celle de Rayak et du réseau ferroviaire levantin: celle d’un Liban connecté à son environnement et ouvert sur la région.
Les étés dorés de la montagne libanaise
Au fil des décennies, Bhamdoun s’impose comme l’une des stations estivales les plus réputées du pays. Les hôtels se multiplient. Les cafés et les restaurants accueillent une clientèle cosmopolite. Les familles y louent des maisons pour plusieurs semaines, parfois plusieurs mois.
La ville devient l’un des symboles de cet âge d’or où la montagne libanaise attire visiteurs, diplomates, commerçants et notables venus de tout le Moyen-Orient. La recherche de l’air pur n’est plus l’unique motivation. Elle se mêle désormais au plaisir des vacances, aux rencontres sociales et à l’art de vivre estival. Mais cette prospérité repose sur un équilibre fragile.
La guerre civile libanaise, les transformations économiques et l’évolution des modes de voyage bouleversent progressivement cet univers. Comme d’autres stations de montagne, Bhamdoun perd une partie de son éclat.
Les traces d’un monde disparu
Pourtant, le passé demeure visible. Les anciennes villas, les hôtels historiques, la gare abandonnée et certains bâtiments hérités de l’âge d’or continuent de ponctuer le paysage.
Ils rappellent une époque où la montagne libanaise représentait bien davantage qu’un simple lieu de villégiature. Elle était un espace où l’on venait chercher la fraîcheur, le repos et parfois même la guérison.
L’histoire de Bhamdoun raconte ainsi un Liban souvent oublié. Un Liban qui n’attirait pas seulement les touristes ou les investisseurs, mais aussi ceux qui espéraient retrouver la santé dans un environnement considéré comme exceptionnel.
À travers ses rues, ses jardins et ses bâtiments anciens, la ville conserve encore la mémoire de ce temps où l’air de la montagne passait pour l’un des meilleurs remèdes.
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Quand la montagne faisait office de médecine
Jusqu’au milieu du XXe siècle, avant la généralisation des antibiotiques, les médecins recommandaient fréquemment les séjours en altitude aux personnes souffrant de maladies pulmonaires, notamment la tuberculose. Le repos, le soleil et l’air pur constituaient alors l’un des principaux traitements disponibles. Dans de nombreux pays, des sanatoriums furent construits en montagne pour accueillir les patients.





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