La perspective d'un retrait de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) à l'issue de son mandat, fixé au 31 décembre 2026, soulève une question essentielle sur le plan juridique. Que devient la résolution 1701 lorsque la mission chargée de la mettre en œuvre disparaît?
À première vue, la réponse pourrait sembler évidente. La résolution 1701 ayant donné à la Finul ses missions actuelles, la fin de la force onusienne entraînerait logiquement celle du texte. En réalité, le droit international fonctionne autrement.
La résolution 1701 et la Finul ne sont pas une seule et même chose. La première est une décision du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 11 août 2006, pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah. La seconde est un instrument chargé d'aider à l'application de certaines dispositions de cette résolution. La disparition de l'instrument n'efface donc pas automatiquement la règle qui l'a créé.
Une résolution qui survit à la mission
D'un point de vue strictement juridique, et comme l’explique à Ici Beyrouth un expert en droit international ayant requis l’anonymat, «une résolution du Conseil de sécurité ne cesse pas d'exister parce que le mandat d'une opération de maintien de la paix arrive à expiration».
«La résolution 1701 ne contient aucune clause prévoyant son extinction automatique après une période déterminée», ajoute-t-il. Elle demeure donc en vigueur tant que le Conseil de sécurité ne l'abroge pas explicitement, ne la remplace pas par une nouvelle résolution ou ne constate pas que son objet a été pleinement réalisé.
Et de rappeler que «lors du renouvellement final du mandat de la Finul en août 2025, le Conseil de sécurité a non seulement rappelé l'ensemble de ses résolutions antérieures sur le Liban, mais a également réaffirmé son attachement à «la pleine mise en œuvre de toutes les dispositions de la résolution 1701». Autrement dit, au moment même où il préparait la fin de la mission, le Conseil a confirmé que la résolution demeurait la référence juridique centrale pour la gestion du dossier libano-israélien.
Les principales obligations prévues par la résolution continueraient donc d'exister après le départ des Casques bleus: respect de la Ligne bleue, cessation des hostilités, interdiction de toute présence armée autre que celle de l'État libanais au sud du Litani, contrôle des transferts d'armes et soutien à l'exercice de la souveraineté de l'État libanais sur l'ensemble de son territoire. Mais qui pour en rendre compte?
Une résolution sans bras exécutif
La véritable question n'est donc pas celle de la survie juridique de la résolution 1701, mais celle de son application.
Depuis 2006, la Finul joue un rôle de surveillance, de liaison et de désescalade entre le Liban et Israël. Elle documente les violations, facilite les contacts entre les parties et accompagne le déploiement de l'armée libanaise dans le Sud. Son retrait créerait un vide opérationnel considérable.
À ce sujet, l’ancien chef de la mission militaire française auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), le général Dominique Trinquand, précise que «la fin du mandat de la Finul au 31 décembre 2026 ne signifie pas un départ immédiat des contingents onusiens. «La mission entrerait dans une phase de démontage qui s'étalerait au cours de l'année 2027», précise-t-il. «En revanche, à compter de cette échéance, la force ne disposerait plus du mandat exécutif qui fonde aujourd'hui son action sur le terrain», indique-t-il.
Qui, dès lors, assurera le relais?
C'est précisément ce dilemme qui anime actuellement les discussions au sein des Nations unies. Plusieurs scénarios sont étudiés pour l'après-Finul, allant d'une simple présence politique renforcée de l'ONU à la création d'un mécanisme de surveillance plus léger. Le secrétaire général, Antonio Guterres, a lui-même présenté plusieurs propositions afin d'assurer une forme de présence internationale après l'expiration du mandat actuel.
Dans une lettre du 1ᵉʳ juin 2026 adressée au Conseil de sécurité qu’Ici Beyrouth a consultée, il a rappelé que la pleine mise en œuvre de la résolution 1701 doit se poursuivre après le retrait de la Finul. Trois options sont ainsi envisagées pour l’après-mandat, comme requis par la résolution 2790 (2025) du Conseil de sécurité qui a chargé le secrétaire général d’explorer les scénarios relatifs à l’avenir de l’application de la 1701 après le retrait de la mission onusienne. Ces trois options reposent sur trois fonctions centrales. Primo, le soutien au processus politique vers un cessez-le-feu durable, secundo, le monitoring impartial de la Ligne bleue et tertio, la coordination entre les parties, ainsi que l’appui renforcé à l’armée libanaise pour étendre l’autorité de l’État.
Dans le détail, et pour pallier le vide que laissera le retrait de la Finul, M. Guterres propose ce qui suit. Une force robuste combinant observateurs et unités armées permettant une surveillance quasi complète de la Ligne bleue et un appui opérationnel étendu à l’armée libanaise (option 1); une présence intermédiaire concentrée entre le Litani et la Ligne bleue avec des capacités de vérification et de coordination plus limitées (option 2); une présence réduite d’observateurs avec un appui armé minimal, offrant un suivi partiel et essentiellement technologique de la zone (option 3).
Dans tous les cas, l’ONU conserverait un rôle de suivi, de liaison et d’appui politique, à travers un dispositif renforcé du Bureau du Coordinateur spécial pour le Liban. Si ces options sont actuellement à l’étude, il convient toutefois de souligner que le Conseil de sécurité n’est en aucun cas tenu d’en retenir une. Il peut se limiter à la dernière décision adoptée en août 2025, à savoir la prorogation, pour une ultime fois, du mandat de la Finul jusqu’au 31 décembre 2026. Le Conseil peut donc considérer que la mission de la force onusienne est achevée sans adopter de dispositif de remplacement, comme l’explique, à Ici Beyrouth, le porte-parole arabophone de la Finul, Dany Ghafari.
Dans ce contexte, et au-delà des propositions formulées par M. Guterres, «des discussions sont parallèlement menées entre la France, les États-Unis et le Liban pour déterminer ce qui viendra après», affirme le général Trinquand. Selon lui, si la Finul devait disparaître, l’objectif poursuivi par la communauté internationale resterait inchangé: renforcer l’autorité de l’État libanais et permettre à l’armée libanaise d’exercer seule le monopole de la force sur l’ensemble du territoire. Dans cette perspective, M. Trinquand estime que la France privilégie une stratégie fondée sur le renforcement des capacités de l’armée libanaise, à travers un soutien financier accru, la fourniture d’équipements et des programmes de formation, tout en cherchant à associer Washington à cet effort.
Vers l’adoption d’une nouvelle résolution?
À ce sujet, Dominique Trinquand n'exclut pas l'adoption d'un nouveau texte par le Conseil de sécurité. Selon lui, une future résolution pourrait être élaborée dans le contexte plus large des discussions entre les États-Unis et l'Iran et réaffirmer le principe selon lequel seule l'armée libanaise doit être habilitée à détenir et utiliser la force armée sur le territoire libanais. Un tel scénario reviendrait, de facto, à consacrer l'objectif du désarmement du Hezbollah.
En revanche, et à la question de savoir si l’on pourrait assister à la création d’une nouvelle force internationale appelée à remplacer la Finul, le général Trinquand se montre sceptique. «Une force multinationale hors du cadre des Nations unies est toujours extrêmement difficile à mettre en place», souligne-t-il, citant notamment l'absence d'un tel dispositif à Gaza malgré les discussions récurrentes sur le sujet.
Quant à une nouvelle opération onusienne, il juge cette hypothèse peu probable au regard des réticences américaines à financer de nouvelles missions de maintien de la paix. Dans ce contexte, conclut-il, la responsabilité du contrôle de la zone reviendrait essentiellement à l'armée libanaise, avec l'appui politique, financier et logistique de ses partenaires internationaux, au premier rang desquels la France.
Au fond, la fin de la Finul ne signifierait pas nécessairement celle de la résolution 1701. Cette dernière continuerait d’exister même après l’expiration du mandat des Casques bleus.
Elle ouvrirait toutefois une nouvelle phase de son histoire: celle d’un cadre juridique toujours valide, mais privé de l’instrument qui incarnait, sur le terrain, la présence visible des Nations unies entre le Litani et la frontière israélienne.




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