Messi, encore. Messi, toujours
Bras levés, maillot ciel et blanc sur les épaules: Messi a encore signé une nuit d’histoire avec l’Argentine. ©AFP

À 38 ans, Lionel Messi a lancé la Coupe du monde 2026 comme s’il refusait de quitter la scène: un triplé contre l’Algérie, une victoire 3-0 pour l’Argentine, une 200e sélection et le record de buts au Mondial désormais partagé avec Miroslav Klose. L’Albiceleste a tenu son rang. Messi, lui, a encore repoussé les limites de son propre mythe.

Il a marché, beaucoup. Il a attendu, longtemps. Puis il a frappé, encore. Lionel Messi n’a plus l’âge de courir après tous les ballons, mais il a gardé ce privilège rare: celui de faire courir le match autour de lui. Mardi soir, à Kansas City, l’Argentine a balayé l’Algérie (3-0) pour son entrée en lice dans le groupe J. Sur la feuille de match, trois buts. Dans l’histoire, une nouvelle page. Sur la pelouse, toujours le même nom.

Messi, encore. Messi, toujours.

On croyait avoir déjà tout écrit sur lui. Doha 2022 semblait avoir fermé le grand livre, offert au petit garçon de Rosario la dernière pièce manquante. Mais Messi ne referme jamais vraiment une histoire. Il ajoute des lignes, des virgules, des coups de patte. À 38 ans, presque 39, il ne joue plus pour prouver qu’il est immense. Il joue comme s’il trouvait encore du plaisir à rappeler pourquoi il l’est.

Trois coups, un record

Le premier but a dit l’essentiel. Dix-septième minute. Rodrigo De Paul glisse le ballon, Messi s’avance, arme, frappe. Luca Zidane touche, mais ne sauve pas. L’Argentine respire, l’Algérie encaisse. Un but de patron, sans fioriture, mais avec cette précision chirurgicale qui traverse vingt ans de football.

Le deuxième est venu à l’heure de jeu. Une frappe mal repoussée, Messi à l’affût, comme un numéro 9 de surface. Lui, l’ancien faux neuf, le meneur, l’ailier rentrant, le créateur absolu, le voilà encore capable de sentir la chute d’un ballon avant tout le monde. À cet instant, le match avait basculé.

Le troisième, à la 76e minute, a fermé le rideau. Une frappe limpide, une trajectoire nette, un stade debout, et le vieux record de Miroslav Klose rejoint. Seize buts en Coupe du monde. Le sommet de l’histoire. Klose n’est plus seul. Ronaldo le Brésilien, Gerd Müller, Just Fontaine, Mbappé et les autres regardent désormais la cime avec un nouveau colocataire.

Messi n’a pas simplement marqué un triplé. Il a replacé son nom au centre de la grande bataille des buteurs du Mondial. Un but en 2006, rien en 2010, quatre en 2014, un en 2018, sept en 2022, trois d’un coup en 2026. La ligne statistique ressemble à sa carrière internationale: pas droite, pas simple, mais immense.

Deux cents capes et six Mondiaux

Cette soirée n’était pas seulement celle des buts. Elle était aussi celle des chiffres qui donnent le vertige. Deux cents sélections avec l’Argentine. Six Coupes du monde disputées. Vingt ans après son premier but dans la compétition, en 2006, Messi a encore marqué. Entre les deux, une vie entière de football, de finales perdues, de critiques, de retours et de triomphes.

Il est devenu le premier joueur à apparaître dans six Coupes du monde. Il a aussi transformé une carrière internationale longtemps jugée incomplète en règne total: Copa América 2021, Finalissima 2022, Coupe du monde 2022, Copa América 2024. La sélection qui lui résistait est devenue son royaume.

Son palmarès, lui, n’a plus grand-chose d’humain: huit Ballons d’Or, quatre Ligues des champions, dix Liga, deux Copa América, une Coupe du monde, une médaille d’or olympique, un Mondial U20, une Finalissima. Messi a tout gagné, parfois plusieurs fois. Et pourtant, face à l’Algérie, il avait encore l’air d’un joueur venu ajouter quelque chose. Pas au musée. À la soirée.

L’Algérie a résisté, Messi a puni

Il serait injuste de réduire l’Algérie à une victime passive. Les Fennecs ont eu leur pressing initial, leur envie d’aller chercher haut, leurs séquences de courage. Farès Chaïbi a même cru ouvrir le score, avant que le hors-jeu ne refroidisse l’élan. Pendant quelques minutes, l’Argentine a senti le vent. Pas une tempête, mais assez pour rappeler qu’un premier match de Coupe du monde n’est jamais une promenade.

Puis Messi a imposé sa loi. Et quand Messi impose sa loi, les marges disparaissent. Les Verts n’ont pas été humiliés dans l’attitude, mais punis dans les détails. Une hésitation, un espace, un ballon repoussé, une seconde de retard. Contre beaucoup d’équipes, cela se corrige. Contre Messi, cela se paie.

L’Argentine, elle, a lancé sa défense du titre sans trembler. Pas de mauvais souvenir à la 2022, lorsque l’Albiceleste avait commencé par une chute contre l’Arabie saoudite. Cette fois, pas de faux départ. Les hommes de Lionel Scaloni ont pris le match, l’ont verrouillé, puis l’ont laissé à Messi pour qu’il le signe.

La chasse est ouverte

L’Argentine veut devenir la première sélection masculine à conserver son titre mondial depuis le Brésil de 1962. Le chemin reste immense. Il faudra gérer les organismes, les suspensions, les états de forme, les adversaires plus armés. Il faudra aussi protéger Messi, l’économiser, l’utiliser comme une arme rare plutôt que comme un moteur permanent.

Mais ce premier soir a rappelé une chose simple: tant qu’il est là, l’Argentine ne joue jamais tout à fait comme les autres. Elle peut ralentir, temporiser, donner l’impression de gérer. Puis le ballon arrive dans ses pieds, et le temps change de vitesse.

Le Mondial 2026 devait être celui d’une nouvelle génération de tueurs: Mbappé, Haaland, les finisseurs modernes, les sprinteurs affamés, les machines à statistiques. Il le sera peut-être. Mais

Messi a ouvert la porte d’un coup d’épaule, comme pour rappeler que les héritiers devront encore passer devant lui, pas simplement attendre qu’il sorte.

Avec ses 16 buts, il est désormais au niveau de Klose. Le prochain le placerait seul tout en haut. Mais la chasse ne concerne plus seulement Messi: Kylian Mbappé, déjà lancé à vive allure dans cette course historique, peut lui aussi faire tomber le record allemand durant ce Mondial. Ce n’est plus une hypothèse lointaine. C’est une affaire de jours, peut-être de minutes: un penalty, une frappe, un ballon qui traîne, une seconde d’inattention. Dans cette zone-là, les légendes n’ont besoin que d’une miette.

On ne sait pas si ce Mondial sera son dernier. On le suppose, on le murmure, on l’écrit avec prudence. Mais Messi donne l’impression de ne jamais accepter les adieux trop bien préparés. À Kansas City, il n’a pas joué comme un monument que l’on visite. Il a joué comme un footballeur encore vivant, encore décisif, encore vorace.

L’Argentine a gagné. L’Algérie a plié. Klose a été rejoint. Et Messi, lui, a continué.

Encore. Toujours.

 

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