Le Liban est souvent raconté à travers ses crises, ses guerres et ses dirigeants. Pourtant, disséminés dans les montagnes, les vallées et les villes subsistent des lieux presque oubliés qui racontent une autre histoire du pays. Anciennes capitales, voies ferrées abandonnées, temples cachés, sanatoriums désertés ou sites antiques méconnus, ces endroits sont les témoins silencieux d’époques révolues. Une série pour redécouvrir le Liban à travers des lieux qui ont façonné son identité.
Au nord de la Békaa, loin des grands circuits touristiques et des sites antiques les plus célèbres, un monument solitaire domine la plaine depuis plus de deux mille ans. La pyramide d’Hermel demeure l’un des vestiges les plus singuliers du Liban, mais aussi l’un des plus mystérieux.
Au Liban, les monuments racontent généralement leur histoire. Les temples de Baalbeck évoquent Rome, les forteresses du Sud rappellent les Croisés, les monastères de la Qadisha témoignent des siècles de retraite spirituelle dans la montagne. La pyramide d’Hermel, elle, garde le silence.
Dressée sur une hauteur à quelques kilomètres au sud de la ville d’Hermel, à proximité des sources de l’Oronte, cette étrange construction de pierre semble presque incongrue dans le paysage libanais. Les voyageurs qui la découvrent pour la première fois éprouvent souvent la même surprise. Que fait ici cette pyramide isolée, loin des grandes civilisations auxquelles ce type de monument est habituellement associé?
Depuis plus d’un siècle, historiens et archéologues tentent de répondre à cette question. Sans parvenir à dissiper complètement le mystère.
Une pyramide au milieu de la Békaa
Le monument apparaît soudainement dans la plaine. Édifié sur une base massive de pierre, il s’élève à plus de vingt mètres de hauteur et domine les environs comme une sentinelle immobile.
Contrairement aux pyramides égyptiennes, il ne s’agit pas d’un vaste complexe funéraire. La pyramide d’Hermel est un monument isolé. Sa base quadrangulaire est surmontée d’une structure pyramidale qui lui a valu son nom. L’ensemble est construit en grands blocs de pierre soigneusement assemblés.
Ce qui frappe immédiatement le visiteur est le sentiment d’isolement qui entoure le site. Aucun autre monument comparable ne l’accompagne. Aucun ensemble monumental ne permet d’expliquer sa présence. Elle semble surgir seule au milieu d’un paysage qui a pourtant vu défiler d’innombrables peuples et empires.
Cette singularité contribue largement à sa fascination. Car le Liban possède de nombreux trésors archéologiques, mais aucun autre monument de ce type.
L’impression est renforcée par le caractère sauvage de la région. Aux confins septentrionaux de la Békaa, les espaces sont plus vastes, les reliefs plus austères et les frontières plus proches. Ici, le Liban paraît différent de celui des cartes postales méditerranéennes.
Ce que les archéologues pensent savoir
Malgré son apparence mystérieuse, la pyramide d’Hermel n’est pas totalement inconnue des chercheurs.
La plupart des spécialistes situent sa construction entre le IIe et le Ier siècle avant notre ère, durant la période hellénistique tardive. Cette époque correspond aux siècles qui suivent les conquêtes d’Alexandre le Grand et précèdent la domination romaine complète de la région.
Mais à partir de là, les certitudes s’estompent.
Le monument est généralement considéré comme un édifice funéraire ou commémoratif. Il pourrait avoir été construit pour honorer un personnage important, un chef local ou un notable dont l’identité s’est perdue au fil des siècles. D’autres hypothèses évoquent un cénotaphe, c’est-à-dire un monument élevé à la mémoire d’une personne sans que son corps n’y repose nécessairement.
Aucun texte antique connu ne permet toutefois de confirmer ces théories.
Les bas-reliefs sculptés sur les différentes faces du monument apportent quelques indices sans résoudre l’énigme. On y distingue notamment des scènes de chasse représentant des animaux sauvages, parmi lesquels des cerfs, des sangliers ou encore des prédateurs. Ces représentations suggèrent un personnage de haut rang, la chasse étant souvent associée au prestige et au pouvoir dans les sociétés antiques.
Mais là encore, les interprétations divergent.
Plus de deux millénaires après sa construction, la pyramide continue donc d’échapper aux conclusions définitives.
Aux confins des mondes
Pour comprendre la présence d’un tel monument, il faut se rappeler que la région d’Hermel fut longtemps un territoire de passage.
Aujourd’hui encore, le nord de la Békaa apparaît comme un espace de transition entre le Liban et l’intérieur syrien. Cette réalité géographique remonte à l’Antiquité.
Durant des siècles, la région a vu se succéder royaumes locaux, influences grecques, dynasties hellénistiques, Romains, Byzantins puis pouvoirs arabes. Les routes commerciales traversaient ces plaines, reliant la Méditerranée aux terres de l’intérieur.
La pyramide d’Hermel appartient probablement à cet univers de frontières mouvantes où plusieurs cultures se rencontraient. Son architecture elle-même semble refléter ces influences croisées. Ni totalement orientale, ni véritablement grecque, elle apparaît comme le produit d’un monde complexe dont une grande partie a disparu.
Cette position à la croisée des chemins explique aussi pourquoi tant d’hypothèses ont été formulées à son sujet. Chaque époque et chaque chercheur ont tenté d’y projeter leurs propres interprétations.
Le monument demeure cependant plus ancien que la plupart des récits historiques associés aujourd’hui à la région. Il est déjà là lorsque les empires changent, lorsque les religions se succèdent et lorsque les frontières se déplacent.
Un monument oublié
Si la pyramide d’Hermel intrigue les spécialistes depuis longtemps, elle reste pourtant largement absente de l’imaginaire collectif.
Lorsque l’on évoque le patrimoine antique du Liban, les regards se tournent naturellement vers Baalbeck, Byblos, Tyr ou Anjar. Ces sites bénéficient d’une renommée internationale, de fouilles importantes et d’une présence régulière dans les guides touristiques.
La pyramide d’Hermel souffre au contraire de son isolement.
Éloignée des grands centres urbains, située dans une région longtemps marginalisée et parfois perçue comme difficile d’accès, elle n’a jamais bénéficié de la même visibilité. Son histoire fragmentaire la rend également moins facile à raconter que celle des grands temples ou des cités antiques.
Pourtant, cette discrétion constitue aussi une part de son charme.
Elle rappelle qu’une partie du patrimoine libanais demeure encore à l’écart des itinéraires habituels. Elle rappelle aussi que l’histoire du pays ne se résume pas aux lieux les plus célèbres. Certaines pierres continuent de poser des questions auxquelles personne n’a encore répondu.
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Trois choses à savoir sur la pyramide d’Hermel
Elle est unique au Liban
Aucun autre monument pyramidal comparable n’existe sur le territoire libanais.
Elle date probablement de l’époque hellénistique
La plupart des chercheurs situent sa construction entre le IIe et le Ier siècle avant notre ère.
Son histoire exacte reste inconnue
Ni son commanditaire, ni sa fonction précise, ni la personne qu’elle aurait pu commémorer ne sont connus avec certitude.





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