Le Liban face aux non-dits de l’accord américano-iranien

Parmi les nombreuses questions soulevées par l’accord annoncé entre Washington et Téhéran, figure une, qui ressurgit aujourd’hui et, comme à l’accoutumée, au Liban. Le pays est-il réellement concerné par cette entente et peut-il espérer une fin durable des hostilités?

Sur le papier, la réponse semble positive. Selon les annonces faites par les autorités iraniennes, le cadre d’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran prévoit bel et bien l’arrêt des opérations militaires sur l’ensemble des fronts régionaux, y compris le Liban. Le texte, qui doit encore être formellement signé et traduit en mécanismes d’application, ouvre une période de soixante jours de négociations destinées à traiter les dossiers les plus sensibles, notamment la question nucléaire iranienne et l’allègement des sanctions.

Si l’annonce constitue l’aboutissement de plusieurs mois de négociations indirectes, facilitées principalement par le Pakistan, avec l’appui du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Turquie, elle n’aura toutefois pas dissipé les ambiguïtés relatives à plusieurs dossiers, notamment en ce qui concerne le Liban. D’autant plus qu’un cinquième round de négociations entre Beyrouth et Tel Aviv est prévu, à Washington, les 23 et 24 juin prochains, pour le volet politique. Il sera précédé de pourparlers à caractère sécuritaire, le 22 juin.  

Le Liban inclus pour l’Iran, exclu pour Israël

Aujourd’hui, Téhéran continue d’insister sur le fait que le Liban est inclus dans le règlement recherché. Une position qui n’est pas nouvelle. Dès avant l’annonce de l’accord, le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, affirmait que l’Iran refusait tout arrangement avec Washington qui ne comprendrait pas un arrêt des opérations israéliennes au Liban.

Les autorités iraniennes ont réaffirmé cette assertion dans les déclarations accompagnant l’annonce du compromis avec Washington, présentant le Liban comme l’un des fronts devant bénéficier immédiatement de la désescalade régionale.

Face à cette lecture, Israël affiche une position diamétralement opposée. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, aurait indiqué à Donald Trump que son gouvernement ne se considère pas lié par les dispositions concernant le Liban. Selon les responsables israéliens, l’État hébreu entend conserver sa liberté d’action contre le Hezbollah, maintenir ses positions militaires actuelles et poursuivre ses opérations si ses intérêts sécuritaires l’exigent.

Pour le ministre de la Défense, Israel Katz, l’armée israélienne restera dans les zones qu’elle contrôle au Liban aussi longtemps que nécessaire. De son côté, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a affirmé que «l’accord n’est pas, pour nous, contraignant», tandis que l'ancien ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a rejeté toute limitation de la liberté opérationnelle israélienne au Liban.

Cette position révèle la contradiction fondamentale de l’accord. Pour l’Iran, le Liban fait partie du règlement, tandis que pour Israël, il constitue un dossier distinct qui reste soumis aux impératifs sécuritaires israéliens.

L’accord tiendra-t-il ?

C’est désormais la question centrale, d’autant plus que, d’une part, cette guerre n’est pas uniquement celle des États-Unis contre l’Iran, mais aussi et surtout celle d’Israël contre le Hezbollah. D’autre part, si le cadre américano-iranien existe actuellement, son application dépend largement d’acteurs-clés qui, eux, n’ont pas participé directement à sa négociation, à savoir Israël et le Hezbollah.

Sur le terrain, les premières heures qui ont suivi l’annonce de l’entente n’ont pas été marquées par un arrêt immédiat des opérations. Des frappes, bombardements et actions militaires ont continué à être signalés dans le sud du Liban, tandis que les autorités locales et les organismes de secours appelaient les habitants à ne pas regagner précipitamment leurs villages.

Du côté du Hezbollah, aucune déclaration officielle majeure n’a encore salué l’accord annoncé. En revanche, les responsables de la formation ont répété ces derniers jours leur conviction que tout compromis entre Washington et Téhéran devait nécessairement inclure le Liban et mettre fin aux opérations israéliennes.

Du côté de Tel-Aviv, et comme nous l’avons vu plus haut, le «niet» est catégorique. Le véritable test interviendra donc dans les prochains jours. Si Israël poursuit ses frappes au Liban tout en continuant d’affirmer qu’il n’est pas lié par les dispositions concernant le Hezbollah, deux scénarios sont possibles.

Le premier est celui d’une dissociation des dossiers. Washington pourrait chercher à préserver l’accord nucléaire et stratégique avec Téhéran tout en tolérant une poursuite limitée des opérations israéliennes au Liban. C’est d’ailleurs sur cette option que semblent miser Israël.

Le second scénario est celui d’une remise en cause progressive de l’ensemble de l’édifice diplomatique, surtout que pour Téhéran, le Liban, voire le Hezbollah, n’est pas un dossier périphérique. Les responsables iraniens ont constamment présenté la protection de leurs alliés régionaux comme une composante de l’équilibre recherché. Si les frappes israéliennes devaient se poursuivre à grande échelle malgré l’accord, les courants les plus durs du régime iranien pourraient considérer que Washington est incapable ou refuse de faire respecter les engagements annoncés.

C’est donc là que se jouera probablement le destin de l’accord lui-même. Ainsi, le Liban, longtemps considéré comme une simple variable régionale, pourrait devenir le principal baromètre de sa réussite ou de son échec.

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