L’Allemagne a lancé son Mondial par une large victoire face à Curaçao (7-1), dimanche à Houston. Un départ réussi, son premier succès en match d’ouverture depuis 2014, mais pas une démonstration sans réserve. La Mannschaft a remis son univers en ordre, sans forcer, dans un match maîtrisé et confortable, qui a fini par ressembler à une séance offensive grandeur nature.
L’Allemagne voulait éviter le faux départ. Elle l’a fait. Après les débuts ratés de 2018 et 2022, la sélection de Julian Nagelsmann a enfin commencé une Coupe du monde par une victoire, et avec l’ampleur du score. Sept buts, trois points, une différence de buts déjà confortable et un souvenir forcément familier pour le football allemand.
Mais ce 7-1 ne doit pas tout raconter à lui seul. D’abord parce que Curaçao, novice absolu du Mondial, n’avait pas les armes pour tenir la distance. Ensuite parce que l’Allemagne, avant de dérouler, a laissé passer quelques courants d’air. À 3-1 à la pause, elle dominait nettement, sans être impériale. Le score était déjà confortable, mais le dernier geste manquait encore de netteté et certaines pertes de balle auraient eu une tout autre conséquence face à une équipe mieux armée.
Le quart d’heure qui a réveillé les fantômes
Felix Nmecha a lancé l’Allemagne dès la 6e minute, sur une combinaison avec Florian Wirtz. Tout semblait parti pour une soirée tranquille. Pourtant, Curaçao a trouvé l’égalisation à la 21e minute par Livano Comenencia, sur sa première vraie opportunité. Pour le petit Poucet caribéen, c’était déjà un moment d’histoire. Pour l’Allemagne, c’était un rappel: même dans un match qui paraît écrit d’avance, une minute de relâchement suffit à rouvrir quelques vieux tiroirs.
Pendant quelques instants, les fantômes des deux derniers Mondiaux ont traversé la soirée allemande: une avance rapide, un adversaire supposé inférieur, et cette impression que la Mannschaft pouvait encore se compliquer la vie. La différence, cette fois, c’est que l’Allemagne n’a pas laissé le malaise s’installer.
Nico Schlotterbeck a remis les siens devant de la tête, puis Kai Havertz a transformé un penalty juste avant la pause. À partir de là, Curaçao a progressivement lâché prise. La rencontre a basculé dans un rapport de forces trop déséquilibré: possession allemande, vagues répétées, adversaire recroquevillé et verdict de moins en moins incertain.
Ce déséquilibre pose aussi une question plus large. Dans un Mondial élargi à 48 équipes, cette affiche a offert une belle histoire à Curaçao, mais elle a aussi montré l’écart parfois brutal entre certaines nations invitées et les grandes puissances du jeu.
Un carton, mais avec défauts
Ce succès allemand a eu des allures de carton d’entrée. Il a aussi eu ses défauts. L’Allemagne a souvent joué avec fluidité, parfois avec légèreté, mais pas toujours avec la précision d’un prétendant déjà réglé. Les occasions ont été nombreuses, les séquences offensives parfois très propres, mais les déchets dans les trente derniers mètres ont empêché la Mannschaft de donner à son match une impression de maîtrise totale.
Face à Curaçao, cela n’a pas pesé lourd. Face à la Côte d’Ivoire puis à l’Équateur, ce genre d’imprécision pourrait coûter plus cher. Les pertes de balle, les espaces laissés après le premier but et les minutes de flottement autour de l’égalisation ne doivent pas être effacés par l’ampleur du score. L’Allemagne a fait le boulot, largement. Elle n’a pas encore tout prouvé.
Brown, Musiala, Havertz, Undav: les gagnants du soir
Julian Nagelsmann a tout de même obtenu plusieurs réponses positives. La plus nette est venue de Nathaniel Brown. Le latéral gauche a livré une prestation pleine: passeur sur le but de Schlotterbeck, impliqué dans plusieurs temps forts allemands, puis buteur en deuxième période.
Jamal Musiala a, lui aussi, rappelé ce qu’il apporte à cette équipe. Son but dès le retour des vestiaires a définitivement cassé le suspense. Mais au-delà du but, c’est sa technique, sa capacité à accélérer dans les petits espaces et à désorganiser les lignes qui donnent à l’Allemagne une autre texture.
Kai Havertz a également traversé la soirée dans le bon tempo. Disponible entre les lignes, utile dans les relais et présent dans la surface, il a transformé le penalty du 3-1 au moment où l’Allemagne devait reprendre définitivement la main, avant de signer un doublé.
Deniz Undav a marqué des points dans un autre registre. Entré à la place de Musiala, il a signé une apparition tonitruante: impact immédiat, présence dans la surface et efficacité. En quelques minutes, il a donné du poids à l’attaque allemande.
Sané, Anton et les réserves
Leroy Sané, en revanche, a laissé filer une occasion. Titulaire, actif, mais trop imprécis, il a multiplié les déchets techniques dans un match qui semblait pourtant idéal pour se mettre en confiance. Le fait que Nagelsmann l’ait laissé jusqu’au bout ne ressemble pas forcément à un signal positif. On peut aussi y voir une chance poussée jusqu’à la dernière minute, sans certitude qu’elle soit renouvelée dès le deuxième match.
Waldemar Anton, entré en fin de rencontre, n’a pas davantage profité du contexte. Il n’a pas donné cette impression de contrôle qui marque les esprits dans un tournoi.
Un large succès, pas une garantie
Difficile, donc, de dire que l’Allemagne n’a pas fait le boulot. Elle a gagné largement, évité le faux départ et retrouvé un score qui parle à son histoire. Mais le vrai examen commence maintenant: face à plus fort que Curaçao, les déchets techniques, les espaces laissés et les minutes de flottement se paient généralement cash.
La Côte d’Ivoire puis l’Équateur diront si ce 7-1 était le début d’une montée en puissance ou seulement l’effet logique d’un écart de niveau trop important. Après tout, c’est la première fois depuis 2014 que l’Allemagne gagne son match d’ouverture. Et la dernière fois qu’elle avait signé un 7-1 en Coupe du monde, l’histoire s’était plutôt bien terminée.




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