L’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran est teintée d’ambiguïté sous divers rapports, à commencer par les stipulations et à finir avec les mécanismes d’implémentation. On baigne dans le vague de bout en bout en étant devant des incertitudes qui sont loin de se dissiper. À commencer par la finalité des négociations en cours et leur mise en œuvre. Le sentiment de signer un accord insuffisamment élaboré est d’ores et déjà contreproductif et peut induire des effets pervers dans des délais courts. L’administration ne peut pas se hasarder dans un accord bâclé, aux articulations mal agencées et mal séquencées.
On parle d’un accord-cadre sur lequel les parties se sont entendues et à partir duquel une dynamique diplomatique devrait être propulsée. Les hypothèses de travail émises par diverses sources relèvent d’un ensemble de propositions insuffisamment élaborées. En conséquence, elles peuvent difficilement servir de cadres à des démarches concertées en termes de résolution de conflit, de désarmement, de gérance des sanctions financières et de gestion des voies maritimes internationales. Il y a difficulté à circonscrire des cadres opératoires communs et à engager des processus dans la durée.
Un climat sceptique diffus s’empare de part en part des négociations exploratoires et risque de les discréditer au point de départ. On peut difficilement avancer sur ces dossiers en l’absence de consensus fermes sur les questions stratégiques. Les questions de l’enrichissement de l’uranium, de la gestion des stocks existants et des seuils stratégiques ne renvoient pas à des engagements fermes concernant les régimes d’inspection, les opérateurs, les séquençages et les objectifs politiques qui servent d’encadrement. Le même doute plane sur la question des voies maritimes et des contrôles imposés par l’Iran. Alors que le règlement de cette question stratégique relève du droit international des mers et des enjeux stratégiques qui lui sont rattachés. Le recoupement entre les impératifs sécuritaires et réglementaires ne peut pas créer des arrangements étriqués ou équivoques.
La question de l’armement balistique et celle des “plateformes opérationnelles intégrées” sont étroitement corrélées dans la mesure où elles sont liées à la politique de subversion pratiquée tout au long des cinq dernières décennies. Ce questionnement vaut également à l’endroit des sanctions financières et de l'éventualité de leur allègement ou relaxation en cas d’adhésion aux clauses de conditionnalité politico-militaire. Une implémentation de ces clauses suppose un consensus politico-stratégique qui devrait servir d’encadrement préalable avant d’avancer sur les enjeux opérationnels. Or le régime iranien s’obstine à multiplier les obstacles, à contourner les cadres régulateurs et à s’installer dans une zone d’indétermination afin de sauvegarder son pouvoir discrétionnaire et de se maintenir dans un état de flottement. Toute négociation qui compromettrait les conditions de faisabilité risquerait d’aboutir à un échec.
Le scénario libanais semble buter sur les mêmes conditions rédhibitoires qui empêchent tout processus de résolution des conflits de prendre le devant de la scène. Le Liban demeure en effet prisonnier d’un environnement politique délétère et dissuasif de toute recherche négociée de la paix. Ceci étant dit, la majorité des Libanais sont unanimes dans la revendication d’une diplomatie de sortie de ces enchaînements conflictuels. Quels que soient leurs positionnements sur l’échiquier politique et idéologique, ils sont unanimes dans leur volonté de paix, à l’exception d’une communauté chiite qui peine à s’extraire du tourbillon idéologique et des verrouillages d’une militance de combat qui s’en est emparée depuis plus de quarante ans. Les intrications de cette militance s’articulent autour d’une stratégie impériale aux nouages multiples où les politiques de subversion, du terrorisme et du crime organisé ont entièrement restructuré le paysage social et politique.
À défaut d’une stratégie de déradicalisation et de conversion politique et civique, les stratégies alternatives de pacification peineront à s’installer. Il est inconcevable de mettre au point une stratégie de sortie des conflits sans la réussite de la politique de désintrication des champs politique et opérationnel entre le Liban et l’Iran. Au bout du compte, il faudrait s’interroger sur la possibilité d’opérer de tels virages. Est-ce qu'en l'absence d'un changement des rapports de force dans des sociétés où l'État de droit fait défaut et où le terreau normatif qui lui sert d'appui est défaillant, les chances d'une paix aussi convoitée qu'éloignée et mise hors d'atteinte sont réellement compromises ? Autant de questions interpellantes nous invitent à réfléchir alors que le tempo des conflits évolue à toute allure et nous renvoie à des vides institutionnels, normatifs et sécuritaires qui rendent les conditions de recherche de la paix plus aléatoires que jamais.
Les flottements stratégiques et sécuritaires compliquent davantage la recherche de la paix. La politique de subversion mise en place par le régime iranien est résolument agonistique et peu encline à la recherche d'une solution négociée à des conflits. En dépit des échecs cumulés d'une guerre dévastatrice, la survie de ce régime dépend d'une politique carrément subversive. L'irrédentisme idéologique du régime islamique en Iran ne cesse de se réaffirmer et les aléas sécuritaires se multiplient. La recherche d'une paix négociée est plus impérative que jamais, surtout face aux illusions persistantes. Le schéma de paix échappe à toute linéarité et nous confronte aux bigarrures d'une réalité complexe, où coexistent les scénarios de la guerre et de la paix de manière constante.




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