Benjamin Netanyahou est attendu à Washington, pour une visite de trois jours durant laquelle plusieurs rencontres avec l’administration du président américain, Donald Trump, sont prévues. Le Premier ministre israélien y portera plusieurs dossiers, alors que le Moyen-Orient continue de se transformer au gré des crises et des négociations. Quels seront les sujets au centre des discussions ?
Avant d’aborder les enjeux de cette visite, une mise en contexte s’impose. Le départ de M. Netanyahou pour la capitale américaine intervient quelques jours seulement après celui du président libanais Joseph Aoun à Washington. Cette visite a notamment permis d’avancer sur la mise en place des zones pilotes au Liban-Sud, un mécanisme soutenu par les États-Unis visant à accompagner un déploiement progressif de l’armée libanaise dans certaines régions, dans le cadre de l’application de l’accord-cadre entre le Liban et Israël.
Son départ intervient également alors que les États-Unis et l’Iran viennent de mettre fin à treize jours d’affrontements directs. Cependant, si les armes se sont tues, du moins pour le moment, les dossiers ouverts par ce conflit restent loin d'être réglés. Les négociations sur le nucléaire iranien cherchent un nouveau souffle, la situation à Gaza demeure sans véritable perspective politique, tandis qu’au Liban, le bras de fer se joue entre le retrait israélien progressif du Liban-Sud et le déploiement de l’armée libanaise dans les zones pilotes, alors que le processus du désarmement du Hezbollah peine à voir le jour.
L’Iran et le nucléaire
À première vue, rarement les relations entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou auront semblé aussi étroites. Le président américain continue, certes, d'afficher un soutien sans ambiguïté à Israël et revendique les succès militaires obtenus ces derniers mois contre les capacités iraniennes. Pour autant, cette proximité ne signifie pas une identité parfaite de vues.
Aujourd’hui, la priorité pour M. Trump consiste à transformer les gains militaires en avancées diplomatiques. D’autant que le président américain entre progressivement dans la phase politique qui précède les élections de mi-mandat de novembre 2026. Après avoir fait de sa capacité à imposer des accords et à mettre fin aux conflits un axe central de son discours politique, M. Trump a intérêt à convertir les succès sécuritaires enregistrés au Moyen-Orient en résultats diplomatiques visibles. Une nouvelle escalade avec l’Iran, à l’inverse, risquerait de fragiliser cette stratégie et de raviver les critiques sur l’engagement militaire américain à l’étranger.
De son côté, Israël estime que les infrastructures nucléaires iraniennes ont certes été affaiblies, mais non définitivement neutralisées. À leurs yeux, toute reprise des négociations devra impérativement s'accompagner de garanties extrêmement strictes sur l'enrichissement d'uranium, les capacités balistiques iraniennes et le contrôle des installations nucléaires.
M. Netanyahou entendrait également préserver la liberté d'action militaire d'Israël en cas de reprise des activités nucléaires iraniennes jugées menaçantes.
La question libanaise
Si l'Iran dominera naturellement les discussions, le Liban occupera lui aussi une place importante dans les échanges.
La visite de Joseph Aoun à Washington a marqué une nouvelle étape dans l'engagement américain en faveur d'un renforcement de l'État libanais et de l'armée. Les États-Unis cherchent désormais à traduire politiquement les mécanismes sécuritaires mis en place depuis plusieurs mois dans le sud du Liban.
Le concept des zones pilotes, destiné à permettre un déploiement progressif de l'armée libanaise dans certaines localités méridionales en remplacement des structures armées miliciennes du Hezbollah, constitue aujourd'hui l'un des principaux axes de la stratégie américaine. Washington considère ce mécanisme comme une première étape vers une application plus complète de l’accord-cadre, mais aussi, à plus large échelle, de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Côté israélien, tout retrait du Liban-Sud semble toujours inconcevable, tant que le désarmement du Hezbollah n’a pas encore été entrepris.
Une prise de position sur laquelle ne s’aligne pas parfaitement l’administration Trump, qui privilégierait une approche graduelle. Plutôt qu'une confrontation immédiate avec le Hezbollah, Washington cherche à renforcer progressivement les institutions libanaises afin de réduire, à terme, l'influence militaire et politique de la formation pro-iranienne.
Dans cette perspective, M. Netanyahou œuvrerait à obtenir des engagements américains plus explicites sur les mécanismes de contrôle, les délais de mise en œuvre et les garanties sécuritaires offertes à Israël.
Gaza et la Syrie
La guerre à Gaza figurera également parmi les principaux sujets de discussion.
Si Israël poursuit ses opérations militaires contre le Hamas, onze personnes, dont le chef du service palestinien de sécurité intérieure, le colonel Waël el-Ledawi, ayant été tuées dans la bande de Gaza entre les 25 et 26 juillet, Washington souhaite parallèlement accélérer la définition d'un cadre politique pour l'après-guerre.
Les discussions restent particulièrement complexes, tant sur les modalités de gouvernance future de Gaza que sur le rôle que pourraient jouer certains partenaires arabes dans sa reconstruction.
La Syrie devrait également s’inviter dans les échanges. Washington et Tel-Aviv continuent de surveiller étroitement l’activité des réseaux liés à l’Iran sur le territoire syrien, en particulier les transferts d’armes destinés au Hezbollah et les tentatives de consolidation de l’influence iranienne dans la région.
Au-delà de ces dossiers immédiats, la Maison Blanche entend poursuivre la recomposition régionale à travers la normalisation entre Israël et plusieurs pays arabes. Un processus qui reste toutefois suspendu à l’évolution des conflits en cours et à la capacité de Washington à obtenir des avancées diplomatiques concrètes.
Ainsi, entre l’Iran à contenir, Gaza à stabiliser et le Liban à réorganiser, les dossiers que portera M. Netanyahou dans le cadre de sa visite illustrent l’ampleur des arbitrages auxquels sont confrontés aujourd’hui les États-Unis et Israël du fait de leurs « engagements » militaires au Moyen-Orient.




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