L’annonce de la réouverture du marché saoudien aux exportations libanaises a été accueillie avec soulagement par les milieux agricoles et industriels. Après plus de cinq ans de fermeture, cette décision ouvre de nouvelles perspectives pour une économie libanaise en quête de devises et de débouchés extérieurs.

En avril 2021, Riyad avait interdit l’entrée des produits libanais et suspendu le transit des camions en provenance du Liban après la saisie de 2,5 millions de comprimés de Captagon dissimulés dans une cargaison de fruits et légumes. Les autorités saoudiennes avaient alors justifié leur décision par la multiplication des tentatives de contrebande de drogue vers le royaume wahhabite.

Cette mesure s’inscrivait dans un contexte de fortes tensions politiques entre Beyrouth et Riyad, marqué par les critiques récurrentes de l’Arabie saoudite à l’égard de l’influence du Hezbollah sur la scène libanaise et des accusations répétées d’ingérence et de contrebande.

Depuis l’élection du président Joseph Aoun, le 9 janvier 2025, et la formation du gouvernement de Nawaf Salam, le rétablissement des relations avec les pays arabes, en particulier avec l’Arabie saoudite, est devenu une priorité. Les autorités libanaises ont renforcé les contrôles au port de Beyrouth et à l’aéroport international Rafic Hariri dans le cadre d’un effort plus large visant à restaurer l’autorité de l’État, appliquer la résolution 1701 des Nations unies et respecter l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre 2024.

Un accès retrouvé aux marchés du Golfe

Au-delà du marché saoudien lui-même, cette réouverture redonne aux exportateurs libanais l’accès à l’ensemble des marchés du Conseil de coopération du Golfe (CCG), notamment les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, Oman et Bahreïn. Elle permet également de rétablir l’utilisation du territoire saoudien comme principal corridor de transit terrestre vers ces pays.

Le retour de cette voie logistique redonne toute son importance au poste-frontière de Masnaa, principal point de passage entre le Liban et la Syrie. Le transport routier vers les pays du Golfe demeure en effet plus rapide et moins coûteux que le fret maritime, tout en offrant de meilleures conditions de conservation pour les produits agricoles périssables. Un avantage compétitif important pour les exportateurs libanais.

Un marché vital pour l’agriculture libanaise

Avant 2020, les pays du Golfe constituaient le principal débouché des exportations agricoles libanaises, absorbant près de 45 % de leur volume total. À elle seule, l’Arabie saoudite représentait 13 % des exportations agricoles du pays et importait environ 60 000 tonnes de fruits, légumes et produits dérivés par an, sur un total de 200 000 tonnes destinées aux marchés du Golfe.

Selon les données de l’institut de recherche «International Information», les exportations libanaises vers l’Arabie saoudite sont passées de 356 millions de dollars en 2015 à 217 millions en 2020. Après l’interdiction imposée en 2021, elles ont chuté à 124 millions de dollars avant de s’effondrer à seulement 273 000 dollars en 2022, puis à 154 000 dollars en 2024.

Les conséquences ont été particulièrement lourdes pour le secteur agricole. Le volume des exportations vers les pays du Golfe est tombé d’environ 200 000 tonnes à 77 000 tonnes seulement. En valeur, les exportations agricoles vers la région sont passées de 242 millions de dollars en 2020 à environ 14 millions de dollars en 2024, affectant directement les revenus des agriculteurs et l’ensemble de la chaîne de valeur agricole.

Les industriels face au défi de la reconquête

Si le secteur agricole devrait bénéficier rapidement de la réouverture du marché saoudien, la situation est plus complexe pour les industriels. Selon une source de l’Association des industriels libanais (AIL), la reprise des exportations industrielles nécessitera plusieurs mois de préparation.

Une commande industrielle implique en effet l’approvisionnement en matières premières, leur importation, la fabrication, le conditionnement et l’adaptation des produits aux normes et aux exigences actuelles du marché saoudien, un processus qui peut s’étendre sur deux à trois mois.

Surtout, les entreprises libanaises devront reconquérir un marché dont elles ont été absentes pendant plus de cinq ans. Durant cette période, des concurrents, notamment turcs et chinois, ont renforcé leur présence et gagné des parts de marché.

Selon la même source, les industriels devront multiplier les visites de terrain, renouer les relations commerciales et mener des études approfondies afin d’évaluer l’évolution de la demande, des prix et des habitudes de consommation. Si les produits industriels libanais continuent de bénéficier d’une image positive dans plusieurs secteurs, leur retour dépendra largement de leur capacité à regagner la confiance des consommateurs et à se repositionner face à une concurrence désormais bien installée.

Commentaires
  • Aucun commentaire