Arrivé aux Canaries, le pape veut interpeler le monde sur le sort des migrants
Le pape Léon XIV arrive à la base aérienne de Gando, à Telde, sur l'île de Grande Canarie, dans l'archipel des Canaries, le 11 juin 2026. ©STEFANO RELLANDINI / AFP

Arrivé jeudi sur l'archipel espagnol des Canaries, Léon XIV doit rencontrer des migrants sur l'île de Grande Canarie, où beaucoup sont arrivés après avoir survécu à une périlleuse traversée dans l'Atlantique, pour un hommage en forme de message politique adressé au monde entier.

Le pape réalise ainsi le souhait de son prédécesseur François, mort il y a un an sans avoir pu effectuer ce voyage dans l'archipel des Canaries, situé au large des côtes du nord-ouest de l'Afrique, où plus de 46.000 personnes sont arrivées en 2024, une année record, en bravant la mer à bord d'embarcations de fortune.

«Cette visite est très importante pour nous en ce moment si critique, et nous voyons aussi l'Église catholique à travers le travail fondamental qu'elle accomplit auprès des immigrés», a déclaré à l'AFP Mohamed Amjahdi, 37 ans, représentant de la Commission islamique d'Espagne, lui-même arrivé adolescent aux Canaries sur une embarcation de fortune.

Kaddijatou Jattaa, une Gambienne de 16 ans arrivée depuis le Sénégal en novembre, se dit pour sa part «reconnaissante» en attendant de voir Léon XIV: sur l'archipel, «ils prennent soin de nous. On ne manque de rien», assure-t-elle en anglais.

L'adolescente dit vouloir «apprendre» l'espagnol et «avoir (ses) propres papiers» pour ensuite «commencer à travailler pour pouvoir aider (sa) famille», qu'elle a dû laisser dans son pays natal.

Au port d'Aguineguín, le pape, accueilli sur la base militaire de l'aéroport de Grande Canarie par le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, écoutera en milieu de journée le témoignage de migrants avant de prononcer un discours puis de déposer une offrande florale en mer en hommage aux migrants morts au cours de cette traversée dangereuse.

«Quai de l'intégration» 

L'an dernier, près de 1.200 migrants sont morts ou ont disparu sur la route vers ces îles espagnoles, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

«Le pape François nous a écrit une lettre dans laquelle il nous disait deux choses. La première était son désir de venir encourager et accompagner le peuple des Canaries et l'Église des Canaries dans la réponse qu'ils apportaient à la migration», se rappelle pour l'AFP José Mazuelos, évêque du diocèse des Canaries.

L'autre message du pape, a ajouté José Mazuelos, était sa volonté de «braquer un faisceau de lumière sur la question et la réalité de la migration».

Pour tout cela, «le port d'Arguineguín, que l'on a appelé +le quai de la honte+, parce que plus de 3.000 personnes arrivées en même temps y ont été entassées pendant la pandémie de Covid-19, était un lieu emblématique», conclut l'évêque.

La présence du pape sur place vise à «changer cette image de quai de la honte, qui a été la conséquence d'une mauvaise gestion du système d'accueil humanitaire, pour en faire le quai de l'intégration», espère pour sa part Caya Suárez, secrétaire générale de Cáritas des Canaries.

«Réponse solidaire et efficace» 

La question de l'accueil des migrants est chère à Léon XIV, qui a déjà abordé ce sujet lundi lors de son discours devant le Congrès des députés espagnols, à un moment où les politiques migratoires se durcissent dans de nombreux pays et où l'Espagne fait justement figure d'exception avec des mesures beaucoup plus libérales.

«Il est indispensable d'apporter une réponse coordonnée, solidaire et efficace, capable de garantir protection, accueil et réelles opportunités d'intégration» aux migrants, a-t-il plaidé, appelant à des efforts internationaux.

Avant Grande Canarie, Léon XIV s'est rendu à Madrid et Barcelone au cours de son voyage en Espagne entamé samedi dernier. Cette visite s'achèvera vendredi sur une autre île de l'archipel des Canaries, Tenerife, où il se rendra également dans un centre pour migrants avant une dernière messe en plein air sur le port de Santa Cruz.

Par Alfons LUNA/AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire