Après les frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth, l’Iran a riposté contre Israël, qui a répliqué à son tour malgré les appels de Donald Trump à l’apaisement. Tandis que ce « ping-pong » de missiles se poursuit, le président américain tente d’éviter une implication directe des États-Unis dans le conflit. Selon le Wall Street Journal, il ne relancerait la guerre contre Téhéran qu’en cas de mort de soldats américains. Mais au regard de ce regain de tension, entre calcul électoral, pression israélienne et bras de fer avec la République islamique, la situation apparaît plus que jamais hautement imprévisible.
La parole de Donald Trump, chaque jour un peu plus démonétisée, n’a qu’une valeur toute relative. Mais la légendaire versatilité du locataire de la Maison-Blanche n’empêche pas de considérer parfois avec intérêt l’une de ses remarques, surtout quand elle est faite en privé. Un petit scoop du Wall Street Journal vient à cet égard de nous fournir une information d’importance, car elle démontre à quel point Trump veut tout faire pour éviter une reprise de la guerre contre l’Iran. Dimanche soir, la demande du président exhortant Benjamin Netanyahu à ne pas répliquer aux tirs iraniens sur Israël, le même jour, est venue confirmer le nouveau souci trumpiste : trouver un accord avec Téhéran.
Selon le WSJ, toujours assez bien informé des bruits de couloir s’échappant du Bureau ovale, le président américain avait confié la semaine dernière à ses conseillers être prêt à repousser les « lignes rouges » au-delà desquelles une reprise des hostilités serait inéluctable. Trump a déclaré en toute confidence qu’il ne mettrait un terme au cessez-le-feu avec la République islamique que si le régime de Téhéran se rendait responsable de la mort de soldats américains. La « pause » en vigueur depuis des semaines reste ainsi d’actualité. Et les escarmouches à répétition qui ont récemment mis aux prises Américains et Iraniens, à coups de tirs d’artillerie dans le golfe Persique, ne seraient pas susceptibles de conduire à une reprise des hostilités. À moins, donc, qu’un soldat américain ne perde la vie lors de ces combats qui constituent, à un moment où le dialogue entre Washington et Téhéran piétine, une forme de poursuite de la négociation par d’autres moyens.
La réticence du président à relancer le conflit « laisse penser », pour citer le grand quotidien de la finance new-yorkaise, « qu’il pourrait être disposé à tolérer ces flambées de violence mineures pendant des semaines, voire des mois, afin d’éviter un conflit plus large ». Les réticences trumpiennes ont des causes répertoriées : à l’approche des midterms, ces élections des deux chambres du Congrès des États-Unis prévues à l’automne, il lui est difficile de justifier la prolongation d’une guerre très impopulaire qui a fracturé le mouvement MAGA — Make America Great Again —, « le » slogan du milliardaire durant la campagne lui ayant permis de retrouver le chemin du pouvoir.
Une guerre contenue, mais jamais vraiment arrêtée
Les États-Unis et l’Iran se sont tout de même livrés la semaine dernière aux combats les plus violents depuis le cessez-le-feu instauré dans le Golfe début avril : tirs de missiles iraniens et de drones sur des bases américaines et sur l’aéroport du Koweït – bilan : un mort -, répliques américaines sur des installations iraniennes. Un engrenage dangereux. D’autant que le redémarrage du conflit, dimanche, entre Israël et l’Iran, est un signe de plus de la fragilité d’un cessez-le-feu de plus en plus théorique.
Pourtant, tout cela n’inquiète pas trop l’administration américaine. Malgré cette ambiance de « ni guerre ni paix », lourde de menaces, le secrétaire d’État Marco Rubio préfère en effet, comme son « patron », jouer les temporisateurs. « Ces attaques [américaines] sont une réponse à une action iranienne », a déclaré M. Rubio lors d’une audition à la Chambre des représentants mercredi. « S’ils ne tirent pas, nous ne tirons pas, mais nous devons riposter. »
Jusqu’où les Américains sont-ils prêts à aller pour éviter un redémarrage des hostilités ? Trump irait-il jusqu’à tolérer, dans certaines limites, les provocations iraniennes et les manœuvres dilatoires de Téhéran, lui le dictateur en chef qui décide de tout, forçant ses subordonnés à expliquer ses foucades, ses changements de pied, ses revers, ses coups de gueule ?
À un moment où son rapport avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu connaît une phase de tensions, le président américain serait-il ainsi disposé à certains accommodements avec la République islamique ? Les pressions qu’il exerce sur son allié « Bibi » à propos de la guerre au Liban, dont le sort est directement lié à celui de l’Iran, constituent en tout cas un indicateur de l’humeur du président. Selon le site Axios, la situation au « pays du Cèdre » a récemment donné lieu aux échanges les plus vifs entre les deux hommes. L’Israélien se serait fait agonir d’injures : « Tu es un putain de cinglé. Sans moi, tu serais en prison. Je te sauve les fesses. Tout le monde te déteste à présent. Tout le monde déteste Israël à cause de ça », lui aurait hurlé Trump. Insultes démenties par l’entourage de l’Israélien, mais quasi confirmées par Trump un peu plus tard dans une interview au New York Post : « J’étais un peu perturbé par le fait qu’il [Netanyahu] bataille constamment au Liban. »
Le piège iranien de Trump
La vision géopolitique de Trump étant réduite à des caricatures culturelles pour expliquer les comportements des non-Américains, le président multiplie les déclarations rassurantes, ne s’inquiétant pas de la reprise de combats limités dans le Golfe – tout au moins jusqu’à la reprise des hostilités israélo-iraniennes – puisque, professe-t-il, « dans cette partie du monde, un cessez-le-feu signifie des échanges de tirs plus modérés ». Durant une conversation avec quelques journalistes à la Maison-Blanche, il a récemment affirmé que la situation actuelle était « sous contrôle » et que les pourparlers de paix avec l’Iran « progressaient ». « Il faut être deux pour danser le tango. Nous les avons frappés très fort sur un autre point et ils ont réagi », a-t-il ajouté. Toujours d’après le Wall Street Journal, le magnat des affaires déguisé en chef d’État ne serait pas « pressé de conclure un accord » avec Téhéran.
Une poursuite trop violente de la guerre au Liban risque néanmoins de faire dérailler le processus de paix avec l’Iran. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré mercredi que des attaques israéliennes contre Beyrouth entraîneraient une reprise des hostilités, liant l’issue de ce conflit à l’avenir du cessez-le-feu américano-iranien. Même si la capitale libanaise n’a pas été visée cette fois par Tsahal, la guerre se concentrant sur le Liban-Sud, Téhéran a mis dimanche ses menaces à exécution en visant l’État hébreu.
Trump est désormais piégé par sa propre logique guerrière – encouragée, sinon dictée, par Netanyahu avant le début du conflit. L’intensification des escarmouches dans le détroit et l’escalade des tensions israélo-libanaises l’ont placé dans une situation impossible, un dilemme diplomatique d’où il risque fort de sortir perdant ou semi-perdant : soit il signe un accord avec l’Iran, mais celui-ci sera loin de satisfaire ses exigences de départ – notamment sur la question nucléaire –, soit il s’y refuse, en raison de l’intransigeance iranienne, et opte alors pour une poursuite de la guerre, sans du tout être sûr de parvenir à forcer la main d’un régime iranien affaibli mais résilient.
« Il semble effectivement dans l’impasse », estime Steven Cook, chercheur principal pour le Moyen-Orient au sein du think tank Council on Foreign Relations. « Les Iraniens démontrent qu’ils sont prêts à endurer des souffrances et n’ont donc pas capitulé. Cela place le président dans une situation délicate. »
https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-trump-pris-au-piege-de-la-guerre-quil-veut-eviter/


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