La Centrafrique est devenue une « plaque tournante » du crime organisé, selon une ONG
Un Casque bleu tanzanien de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) patrouille dans un marché près de Carnot, le 23 mai 2026. ©PACOME PABANDJI / AFP

La Centrafrique est devenue une «plaque tournante du crime organisé», alimentée par la fragilité de l'État, la corruption et des alliances entre les autorités et des réseaux criminels transnationaux, selon le rapport publié mercredi par une ONG qui pointe notamment l'implication du groupe paramilitaire russe Wagner.

Ce rapport de Global Initiative Against Transnational Organised Crime établit une «tendance à la convergence entre les économies criminelles et le pouvoir politique dans le maintien de l'instabilité» ces cinq dernières années en Centrafrique.

«Des personnalités politiques et des militaires haut gradés, des acteurs criminels complices et des groupes criminels organisés transnationaux se sont associés pour tirer profit des principaux marchés illicites du pays», affirme Nathalia Dukhan, une des auteures du rapport.

Après des décennies d'instabilité, la reprise d'une partie du territoire par les autorités centrafricaines et leurs alliés paramilitaires de Wagner, succédant à la tentative de renversement par plusieurs groupes armés en 2021, n'a pas démantelé les économies criminelles qui alimentaient le conflit, mais les a plutôt «reconfigurées», estime l'ONG.

«Les marchés criminels sont de plus en plus organisés en systèmes hiérarchiques et coercitifs, avec la présidence et le très influent groupe Wagner au centre», dénoncent les auteurs.

De surcroît, des «groupes armés non étatiques continuent d'exploiter les routes de contrebande en détournant les flux pour conserver leur influence territoriale, contrôler des ressources stratégiques et générer des profits», assure le texte.

Le rapport fait notamment état de trafics d'or, de diamants, de bois, de faune sauvage et de bétail, «sous le contrôle de l'État et dans une moindre mesure de groupes rebelles».

Les auteurs décrivent l'existence d'une «gouvernance criminelle»: l'accès aux ressources et aux revenus dépendrait «de la loyauté politique», tandis que l'exercice de la violence servirait «à contrôler les marchés, éliminer les concurrents et sécuriser les routes commerciales».

Et le rapport insiste notamment sur le rôle du groupe paramilitaire russe Wagner.

La Centrafrique aurait servi «de plateforme logistique pour leurs opérations en Afrique», grâce au «transfert illégal d'avions-cargos militaires utilisés pour transporter des armes et des mercenaires», une fonction qui se poursuivrait désormais au profit du déploiement du corps militaire russe Africa Corps.

Wagner tirerait également d'importants revenus de l'exploitation aurifère illégale dans le pays – «sa principale source de revenus de guerre» – à hauteur de 180 millions de dollars par an. La plupart des cargaisons «seraient transportées illégalement à l'étranger à bord d'avions-cargos militaires» centrafricains.

Mais d'autres puissances étrangères, partenaires de la Centrafrique dans les domaines de la sécurité et du commerce notamment, «des réseaux liés au Rwanda, à la Chine et aux Émirats arabes unis, opèrent au sein de ces écosystèmes criminels transnationaux et les renforcent», assurent les experts.

AFP

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