L'administration Trump insiste pour dissocier les négociations de paix sur les fronts iranien et libanais avec un succès très limité, la réalité de l'imbroglio géopolitique au Moyen-Orient s'imposant à elle, tout comme les intérêts divergents entre dirigeants américain et israélien.
Et ni Israël, ni Téhéran, ni le Hezbollah ne partagent cet objectif, compliquant encore les efforts de Washington pour régler ces deux conflits de facto liés.
Or la stratégie de Donald Trump consiste à «compartimenter les conflits», souligne Sina Toossi, du Centre pour la politique internationale à Washington.
Le président américain s'efforce, selon lui, de négocier avec l'Iran, d'empêcher une guerre régionale plus vaste, de stabiliser les marchés de l'énergie et de contenir la crise dans le détroit d'Ormuz, tout en permettant à Israël de poursuivre sa campagne militaire contre le Hezbollah et de redéfinir l'équilibre des pouvoirs au Liban.
Le problème est que l'Iran n'a jamais accepté cette séparation, poursuit Sina Toossi auprès de l'AFP, Téhéran exigeant que le Liban fasse partie d'un accord pour mettre fin au conflit.
Et après 100 jours de guerre et l'entrée en vigueur le 8 avril d'un fragile cessez-le-feu, l'Iran et Israël ont repris leurs frappes croisées dimanche et lundi, certes de manière limitée, Téhéran affirmant justement agir en représailles à une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah.
Ce dernier a entraîné le Liban dans la guerre régionale en attaquant Israël le 2 mars pour soutenir l'Iran. Depuis, Israël mène des frappes massives qui ont fait plus de 3 600 morts et occupe une partie du sud du pays.
Selon Elisa Ewers, du cercle de réflexion Council on Foreign Relations (CFR), les efforts visant à dissocier le dossier libanais de la situation actuelle n'ont pas vraiment porté leurs fruits.
L'Iran met à l'épreuve la détermination du président Trump, dit la chercheuse.
Le républicain, qui affirme être aux «commandes», avait demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou de ne pas riposter, cherchant à ne pas sacrifier les efforts diplomatiques avec l'Iran qui sont, selon lui, proches d'aboutir.
Ironie
Se posant en médiateurs, les États-Unis ont parrainé en avril et mai quatre sessions de pourparlers à Washington entre Israël et le Liban, les premières négociations directes depuis des décennies entre les deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.
Ces négociations n'ont jusqu'à présent pas permis de mettre fin au cycle de violence, malgré l'annonce de cessez-le-feu successifs, du fait notamment de leur rejet par le Hezbollah.
Donald Trump a par ailleurs fait part de contacts directs avec le mouvement pro-iranien, que Washington considère comme un groupe «terroriste», mais ce dernier a démenti.
Pour Sina Toossi, l'Iran veut démontrer que la stabilité régionale ne peut être dissociée des préoccupations sécuritaires de l'Iran ou de celles de ses alliés.
Cela met aussi à rude épreuve la relation entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou, le dirigeant républicain craignant qu'Israël ne compromette son objectif de parvenir à un accord-cadre plus large sur le nucléaire iranien.
D'aucuns, comme Richard Haass, ancien président du Council on Foreign Relations, y voient une certaine «ironie», soulignant que le président américain s'est lancé dans cette guerre à l'incitation de son homologue israélien.
La «paix» risque fort de creuser un fossé entre les deux dirigeants et les deux pays, car elle ne devrait pas aborder de manière significative bon nombre des questions qui tiennent le plus à cœur à Israël, écrivait cet expert la semaine dernière dans sa lettre d'information.
Mona Yacoubian, du Center for Strategic and International Studies (CSIS), juge cependant qu'en fin de compte les conflits au Liban et en Iran suivront des voies distinctes.
Bien qu'interdépendants, ces conflits sont chacun régis par leurs propres dynamiques, liées aux conditions sur le terrain, dit-elle à l'AFP.
Mais elle souligne que ces interactions se traduiront le plus souvent par une escalade imprévisible du conflit, se répercutant d'un théâtre d'opérations à l'autre.
Par Léon Bruneau / AFP



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