Le pape Léon XIV appelle devant les élus espagnols à l'action face au «drame tragique de la migration»
Cette photo, prise et diffusée le 8 juin 2026 par Vatican Media, montre le pape Léon XIV en train de signer le livre d'or avant de prononcer un discours devant une séance conjointe du Parlement espagnol, au Congrès des députés à Madrid, le 8 juin 2026. ©SIMONE RISOLUTI / VATICAN MEDIA / AFP

Léon XIV a appelé lundi à une réponse «coordonnée, solidaire et efficace» face au «drame tragique de la migration» lors d'un discours inédit devant les élus espagnols, au cours duquel il a également estimé que la paix dans le monde constituait aujourd'hui une «véritable exigence morale».

Le chef spirituel des 1,4 milliard de catholiques a aussi plaidé pour la protection de la vie «depuis sa conception jusqu'à son déclin naturel», une déclaration particulièrement sensible en Espagne, où le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez a légalisé l'euthanasie sous conditions en 2021 et proposé, en octobre 2025, d'inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution.

Le pape, fervent défenseur des migrants et attendu jeudi et vendredi aux îles Canaries, l'une des principales portes d'entrée de l'immigration vers l'Europe, a insisté sur la nécessité d'«une réponse coordonnée, solidaire et efficace» face aux défis migratoires.

«Aucune nation ne peut relever seule un défi de cette ampleur», a-t-il déclaré.

Contrairement à plusieurs de ses partenaires européens, l'Espagne mène une politique migratoire relativement ouverte et a récemment lancé un vaste programme de régularisation des sans-papiers, vivement critiqué par le Parti populaire (droite conservatrice) et Vox (extrême droite).

Très critiqué par le président américain Donald Trump pour ses positions contre la guerre, Léon XIV, lui-même né aux États-Unis, a également plaidé devant les députés et sénateurs espagnols pour le «dialogue patient», tout en déplorant la tendance actuelle au réarmement, y compris en Europe.

«Les armes peuvent imposer un silence temporaire, mais elles ne pourront jamais construire une paix authentique et durable», a-t-il averti.

«Toute guerre constitue, en fin de compte, une douloureuse défaite de la capacité à négocier.»

Son intervention, première prise de parole d'un souverain pontife devant le Parlement espagnol, a été saluée par de longs applaudissements, certains élus lançant même : «Vive le pape!»

Après une rencontre avec les évêques espagnols, Léon XIV devait s'entretenir dans l'après-midi avec des victimes d'abus sexuels commis au sein de l'Église.

Cette réunion à huis clos suscite déjà la controverse, plusieurs associations de victimes regrettant de ne pas avoir été invitées.

«Nous sommes déçus que le pape, au lieu d'écouter un groupe suffisamment large de victimes, préfère nous laisser de côté», a déclaré à l'AFP Juan Cuatrecasas, porte-parole de l'association Infancia Robada («Enfance volée»).

«Nous allons continuer à faire pression jusqu'au bout, en insistant sur le fait que le pape doit nous voir, doit nous entendre, nous avons une voix», a-t-il ajouté devant la nonciature apostolique de Madrid.

Juan Cuatrecasas avait déjà averti que le pape risquait d'obtenir une vision «totalement biaisée de la réalité» s'il ne rencontrait que des victimes accompagnées par le projet Répare, soutenu par l'archevêché de Madrid.

Le Vatican avait annoncé que Léon XIV rencontrerait des victimes durant sa visite en Espagne, sans préciser ni le lieu ni la date.

Samedi, dans l'avion qui le conduisait à Madrid, le pape avait qualifié le scandale des agressions sexuelles dans l'Église de «plaie toujours ouverte».

Selon un rapport publié en 2023 par le Défenseur du peuple espagnol, quelque 200.000 mineurs auraient été victimes d'agressions commises par des membres du clergé depuis 1940.

Le gouvernement de Pedro Sánchez et l'Église catholique espagnole ont signé en mars un accord visant à indemniser les victimes, après des années de critiques concernant le manque de transparence de la hiérarchie ecclésiastique.

Au lendemain d'une messe célébrée dimanche à Madrid devant plus de 1,5 million de personnes selon les organisateurs, Léon XIV doit participer lundi soir à un grand rassemblement au stade Santiago Bernabéu, antre du Real Madrid.

Il se rendra ensuite à Barcelone, où il bénira mercredi la nouvelle tour de la basilique de la Sagrada Familia, désormais la plus haute église du monde.

Enfin, son voyage s'achèvera aux îles Canaries, où il retrouvera Pedro Sánchez pour rendre hommage aux milliers de migrants morts en tentant de rejoindre l'Europe par voie maritime.

AFP

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