Qui paiera la facture des déplacements internes des Libanais?

Un peu plus de transparence, Monsieur le Grand Argentier.

Les déplacés ont besoin d’aide. Les contribuables méritent des comptes.

Les déplacés doivent être aidés. Lorsqu'une population fuit les bombardements, l'État a le devoir d'assurer la protection, l'hébergement, les soins et l'assistance. Personne ne le conteste.

Mais derrière l'urgence humanitaire se pose une question tout aussi légitime: qui paiera la facture?

Car les centres d'hébergement, les aides alimentaires, les soins médicaux, la pression accrue sur les écoles, les infrastructures et les services publics ont un coût considérable. Et dans un pays déjà frappé par l'une des plus graves crises financières de son histoire, cette facture ne sera pas neutre.

La réponse est simple : elle sera principalement supportée par les contribuables civiques.

Comme toujours, ce sont les recettes fiscales — TVA, impôts, taxes et droits de douane — qui financent les dépenses publiques. Autrement dit, les ménages, les salariés, les entreprises et les commerçants qui évoluent dans l'économie formelle et respectent les règles de l'État.

Le paradoxe est que ceux qui supporteront l'essentiel de cette charge sont souvent les mêmes citoyens qui n'ont jamais voulu cette guerre, qui se sont alignés sur la position de l'État libanais et qui en subissent aujourd'hui les conséquences économiques sur le terrain. Pendant ce temps, une partie de l'économie informelle, de la contrebande et des circuits parallèles continue d'échapper largement à l'impôt et aux contrôles publics.

Cette nouvelle charge intervient alors que le budget 2026 est présenté comme équilibré et que la dette publique devrait atteindre près de 160 % du PIB. Dans ces conditions, chaque dépense imprévue réduit davantage les marges de manœuvre d'un État déjà fragilisé.

Au-delà des coûts directs, la crise des déplacements pèsera également sur les infrastructures, les finances publiques, les recettes fiscales et les prix, notamment dans le logement et certains biens de première nécessité.

D'où une exigence élémentaire de transparence. Quel est le coût réel de cette crise? Combien l'État a-t-il déjà dépensé? Quelle part est financée par le contribuable libanais et quelle part par les bailleurs internationaux? Quels mécanismes de contrôle ont été mis en place?

Ces questions ne relèvent pas de la polémique. Elles relèvent de la bonne gouvernance.

Car la véritable question n'est pas seulement de savoir combien coûteront les déplacements internes des Libanais, mais qui en assumera durablement le financement dans un pays déjà au bord de l'asphyxie financière.

Pendant ce temps, le conflit entre le Hezbollah, engagé en dehors du cadre décisionnel de l’État libanais, et Israël se poursuit sur le territoire national. Et le compteur des pertes humaines et économiques continue de tourner, alourdissant, jour après jour, le coût global de cette guerre pour le Liban.

Commentaires
  • Aucun commentaire