Barrage de Qaraoun: un pilier stratégique sous menace
Barrage de Qaraoun: attention à une onde de crue dévastatrice en aval.

Barrage de Qaraoun : un géant hydraulique sous menace, dont la fragilité menace l’équilibre économique, agricole et énergétique du Liban. Entre escalade sécuritaire et risques d’effondrement, l’infrastructure devient un point névralgique aux conséquences potentiellement systémiques

Dans un contexte d’escalade sécuritaire dans la Békaa-Ouest, le barrage de Qaraoun s’impose comme l’une des infrastructures les plus sensibles du Liban. Les récentes frappes ayant touché ses abords et les routes adjacentes ravivent les craintes d’un endommagement susceptible de déclencher une crise aux conséquences multiples.

Plus qu’un simple ouvrage hydraulique, le barrage constitue un pilier central de la sécurité hydrique, énergétique et agricole du pays. Toute atteinte à sa structure pourrait entraîner des répercussions dépassant largement le cadre local, aggravant encore la fragilité socio-économique de régions déjà sous pression.

Une infrastructure vitale pour le Liban et la région

Construit sur le fleuve Litani, le barrage de Qaraoun est le plus grand du Liban et l’un des ouvrages hydrauliques majeurs du monde arabe. Il dispose d’une capacité de stockage d’environ 220 millions de m³ d’eau, avec une hauteur de 62 mètres et une crête de 1 100 mètres.

Il joue un rôle central à plusieurs niveaux : production hydroélectrique via quatre centrales totalisant environ 195 MW ; irrigation de milliers d’hectares agricoles dans la Békaa et le Sud ; alimentation en eau de nombreuses localités.

Son rôle est appelé à s’étendre avec le projet du Canal 800, qui vise l’irrigation de 13 000 hectares supplémentaires et l’approvisionnement en eau potable de plus de 100 villes et villages.

Un risque à effet domino sur l’économie réelle

L’Office national du Litani alerte sur la vulnérabilité des infrastructures attenantes, certaines routes étant directement intégrées au système technique du barrage.

Le scénario le plus critique repose sur un affaiblissement structurel causé par des frappes, des vibrations ou un événement sismique. Celui-ci pourrait provoquer des fissures, puis une rupture progressive de l’ouvrage, entraînant la libération des 220 millions de m³ contenus dans le lac de Qaraoun.

Des études techniques soutenues par l’Usaid évoquent une onde de crue dépassant 67 000 m³/seconde, avec des hauteurs d’eau pouvant atteindre 40 mètres et une propagation rapide vers les zones aval, parfois en moins de deux heures.

Agriculture, énergie, eau : un triptyque à risque

Les impacts d’un tel scénario seraient directement économiques et structurels.

Agriculture : destruction des systèmes d’irrigation, pertes massives de récoltes et effondrement des revenus agricoles, accentuant la dépendance alimentaire du pays.

Énergie : arrêt des centrales hydroélectriques, aggravation des pénuries d’électricité et hausse des coûts de production.

Eau potable : perturbation de l’approvisionnement de dizaines de localités, avec des conséquences sanitaires et sociales majeures.

À cela s’ajouteraient des destructions d’infrastructures, des pertes immobilières et des déplacements de populations, dans un pays déjà en crise aiguë de gouvernance et d’investissement public.

Un enjeu qui dépasse les frontières libanaises

Au-delà du Liban, le barrage de Qaraoun est considéré comme une infrastructure stratégique du bassin oriental méditerranéen. Toute menace pesant sur son intégrité suscite donc une inquiétude régionale croissante.

L’Office national du Litani rappelle que le barrage est une infrastructure civile protégée par le droit international humanitaire. Il appelle à une intervention diplomatique pour prévenir toute escalade mettant en danger cette installation vitale.

Dans un pays déjà confronté à une crise économique profonde, une défaillance du barrage ne représenterait pas seulement une catastrophe environnementale. Elle pourrait aussi provoquer un choc systémique sur l’agriculture, l’énergie et l’eau — les trois piliers restants de l’économie réelle libanaise.

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