Trump sur le Hezbollah: mise en scène ou diplomatie réelle?

Lorsque Donald Trump a publié lundi soir sur Truth Social qu'il avait eu «un très bon appel avec le Hezbollah» par l'intermédiaire de «représentants haut placés», la réaction médiatique a été immédiate. Certains y ont vu un tournant historique, une administration américaine brisant le tabou de la négociation avec une organisation qu'elle désigne elle-même comme terroriste. La réalité est plus prosaïque.

Une suspension, pas un cessez-le-feu

Il faut d'abord rétablir les faits militaires. Trump annonce qu'aucune troupe israélienne ne se dirigeait vers Beyrouth et que toute troupe en route «a déjà fait demi-tour». Or un responsable militaire israélien a confirmé qu'aucune unité n'était effectivement en route vers la capitale. Ce que le tweet entérine est plus modeste: la suspension des frappes sur la banlieue sud, pas leur annulation.

Selon l'analyste Marwan el-Amine, l’accord implicite est le suivant: le Hezbollah cesse de viser le nord d'Israël, Israël s'abstient de frapper la banlieue sud de Beyrouth. Mais les opérations militaires israéliennes au sud du Liban continuent exactement comme avant. «C'était déjà le cas avant toute cette agitation médiatique», rappelle Marwan el-Amine. «Israël ne frappait pas la banlieue. Ce qui a changé, c'est que le Hezbollah ne peut plus frapper le nord d'Israël».

Trump fait pression, mais dans la même direction qu'Israël

Trump est-il en train de freiner Netanyahou? Oui et non. «Trump est le seul capable de contraindre Israël», reconnaît Marwan el-Amine, «mais les deux travaillent dans la même direction». La divergence n'est pas stratégique, elle est tactique: Netanyahou est pressé, Trump a d'autres contraintes. L'un veut avancer vite sur le terrain, l'autre doit gérer simultanément les négociations avec Téhéran.

C'est là que le contexte régional éclaire tout. L'Iran avait menacé de suspendre les échanges avec Washington via les médiateurs, en protestation contre les frappes israéliennes au Liban. La déclaration de Trump sur le Hezbollah sort précisément à ce moment. En priorité, le message s'adresse à Téhéran et non au Hezbollah, afin de préserver le dossier nucléaire.

Berry: intermédiaire ou fusible?

L’interprétation la plus répandue présente Nabih Berry comme le canal qui a permis à Trump de «parler au Hezbollah». Le conseiller principal de Berry, Ali Hamdan, a confirmé avoir contacté l'ambassadeur américain à Beyrouth pour transmettre la disponibilité du Hezbollah à un cessez-le-feu total. Mécaniquement, Berry a bien servi de courroie. Mais Marwan el-Amine inverse l'interprétation: ce n'est pas l'ouverture d'un canal, mais la confirmation d'une méfiance croissante de Washington envers Berry lui-même.

Les sanctions américaines récentes contre Ahmed Baalbaki, bras droit du président du Parlement, constituent, selon Marwan el-Amine, un message direct. Les Américains auraient conclu que Berry ne peut pas tenir les promesses qu'il fait sur le Hezbollah. Il couvre politiquement les opérations militaires du mouvement tout en prétendant pouvoir le modérer. L'appel récent du président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf à Berry s'inscrit dans cette même logique: un rappel à l'ordre de Téhéran pour lui signifier que le dossier libanais se décide en Iran, pas à Beyrouth.

Les négociations comme bouclier

Au-delà de la publication sur Truth Social, Marwan el-Amine insiste sur un enjeu souvent sous-estimé: la fonction protectrice des négociations en cours entre Beyrouth et Tel-Aviv. Continuer à négocier maintient la ligne rouge américaine qui protège les infrastructures civiles libanaises – aéroport, port, ponts. Si le Liban se retirait de ces pourparlers, cette protection tomberait.

C'est précisément pour cette raison que le Hezbollah et l'Iran cherchent à les faire échouer, allant jusqu'aux menaces directes contre les négociateurs libanais. Le député pro-Hezbollah Nawaf Moussawi a ainsi menacé le président Joseph Aoun d'un sort similaire à celui de Sadate, tandis qu'Ali Akbar Velayati visait le Premier ministre Nawaf Salam en évoquant le destin de Rafic Hariri.

La publication de Trump n'est donc pas un tournant. C'est un outil de pression, une mise en scène du deal-making présidentiel, sur un mécanisme que Berry fait tourner depuis des décennies et dont Washington commence sérieusement à douter de la fiabilité.

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