Banlieue sud vs nord d’Israël… et Liban vs la tête du Hezbollah

Si j’étais à la place des habitants de la banlieue sud de Beyrouth, j’aurais réclamé la signature d’un accord de capitulation plutôt que d’un simple accord de paix, tant l’humiliation est devenue permanente, à chaque cycle d’escalade militaire qui transforme Dahyé en cible récurrente.

Il ne reste ni immeubles épargnés, ni écoles fonctionnelles, ni sécurité, ni stabilité, ni même la moindre garantie contre de nouvelles frappes. Au contraire, les indices se multiplient indiquant que l’exclusion de Beyrouth en général, et de la banlieue sud en particulier, du champ des opérations militaires ne durera pas et pourrait prendre fin prochainement. Cette évolution coïnciderait avec la poursuite des négociations, lesquelles se dérouleraient alors, comme le souhaite Israël, sous le feu et sous la contrainte.

Bien que l’État libanais soit lui aussi, dans une certaine mesure, victime de cette situation — incapable de relancer les négociations et embarrassé par leur poursuite sans pouvoir infléchir la position israélienne — Israël semble avoir décidé de franchir les lignes rouges et d’adopter une approche rappelant celle de 1982 contre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

À cette époque, le monde arabe avait été surpris de voir Beyrouth devenir la première capitale arabe occupée par Israël, dans le cadre d’une stratégie visant à éliminer Yasser Arafat et ses forces. Israël n’avait alors reculé devant aucun moyen pour atteindre l’objectif final: contraindre Yasser Arafat à quitter Beyrouth, embarqué sur un navire en direction de la Grèce.

Deux facteurs principaux avaient alors favorisé cette dynamique.

Le premier tenait à l’hostilité profonde entre Hafez el-Assad et Yasser Arafat, une rivalité qui avait indirectement facilité l’invasion israélienne, dans le cadre d’un équilibre tacite avec la Syrie visant à éviter un affrontement direct entre les deux armées.

Le second résidait dans le basculement des équilibres internes en faveur du Front libanais à l’époque, ainsi que dans la volonté d’une partie des musulmans libanais de se défaire du poids de la présence de Yasser Arafat et de l’OLP.

Ces facteurs avaient conduit à l’invasion israélienne du Liban et à l’aboutissement de cette opération avec le départ de Yasser Arafat et de l’OLP.

Aujourd’hui, le scénario semble, dans une certaine mesure, se répéter. L’escalade autour de Dahyé s’inscrit dans une forme de guerre psychologique susceptible, tôt ou tard, déboucher sur une issue comparable à celle de 1982, sur le plan militaire du moins, notamment par la fin de la menace que représente le Hezbollah pour le nord d’Israël.

Certaines dynamiques actuelles rappellent en effet celles du passé. À l’époque, les tensions entre le régime syrien et les mouvements armés avaient favorisé l’invasion israélienne. Aujourd’hui, le contexte international semble, lui aussi, évoluer dans un sens qui facilite la réalisation des objectifs poursuivis par Israël.

Dans cette configuration, la menace qui pèse sur la banlieue sud de Beyrouth ne peut être considérée comme secondaire ou passagère. Elle s’inscrit dans la reprise d’un scénario resté en suspens depuis un peu plus d’un mois et demi et qui, par un étrange concours de circonstances, coïncide avec le 44e anniversaire de l’invasion israélienne de Beyrouth, le 6 juin 1982.

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