Vendredi, des délégations militaires libanaise et israélienne devraient se retrouver au Pentagone, sous médiation américaine, dans le cadre d’une réunion à caractère sécuritaire, qui intervient juste avant un quatrième «round» de discussions politiques, attendu les 2 et 3 juin prochains, à Washington.

Cette séquence en deux temps traduit la volonté de dissocier les volets politique et sécuritaire, dans l’espoir de contenir une guerre qui continue de se jouer sur plusieurs registres simultanés. En plaçant la réunion sécuritaire en amont, on assiste à une forme d’inversion du schéma classique des négociations, ce qui soulève, selon le général à la retraite Khalil Hélou interrogé par Ici Beyrouth, une question de fond. «Dans l’absolu, le volet militaire devrait suivre le volet politique, et non l’inverse», souligne-t-il. Autrement dit, la hiérarchie habituelle des négociations apparaît brouillée, au point de rendre le cadre même des discussions incertain.

Le sécuritaire avant le politique

La réunion du 29 mai s’inscrit dans la continuité des démarches entamées en avril, lorsque Washington a parrainé plusieurs cycles de discussions indirectes puis directes entre responsables libanais et israéliens. Ces échanges avaient permis d’installer un cadre minimal de dialogue, sans pour autant conduire à une baisse de l’intensité des affrontements sur le terrain.

C’est donc dans ce contexte que le rendez-vous prévu au Pentagone est conçu comme une étape strictement technique. Il vise à traiter en priorité les mécanismes de sécurité avant toute ouverture vers un niveau politique plus large, attendu début juin à Washington. La situation est donc telle qu’il s’agit d’intervenir d’abord sur la réduction du risque militaire immédiat, afin de créer un espace qui permettrait, dans un second temps, une discussion politique élargie. D’autant plus qu’Israël se livre, depuis quelques jours, à des frappes intenses, allant au-delà de la ligne jaune récemment établie.

Par ailleurs, cette réunion devrait également permettre de contourner les blocages politiques internes propres à chaque pays: absence de consensus au Liban sur le rôle et l’armement du Hezbollah et fortes divisions au sein du paysage politique israélien. Blocages qui empêchent, d’emblée, toute tentative de progrès, même limité, sur le plan sécuritaire.

Selon le général Helou, Israël est aujourd’hui «presque contraint de venir à la table des négociations sous pression américaine», alors même que «tous les signaux politiques émanant de Tel Aviv indiquent une réticence à s’engager dans un processus global tant que la question du Hezbollah n’est pas réglée».

Sur le plan concret, la délégation libanaise devrait être «panachée», incluant des représentants civils et militaires. L’ancien ambassadeur Simon Karam est notamment attendu, dans un cadre volontairement limité au technique.

Pour l’expert militaire, ce choix s’explique par la nature même des sujets abordés: lignes de contact, positions militaires, dispositifs de sécurité. Autrement dit, des éléments qui relèvent davantage de la gestion opérationnelle que de la diplomatie politique.

Entre temps, la guerre se poursuit

Depuis plusieurs jours, les affrontements entre Israël et le Hezbollah gagnent en intensité. Israël considère désormais que la zone au sud du Litani ne constitue plus une frontière figée, mais un espace d’opérations élargi.

De source militaire, on affirme que l’armée israélienne a progressivement déplacé ses lignes d’engagement vers des zones plus profondes, dans une logique de pression continue sur les infrastructures et les capacités du Hezbollah. De son côté, le Hezbollah maintient une stratégie d’attrition, combinant tirs de précision et actions ponctuelles visant les positions militaires israéliennes proches de la frontière.

Dans le même ordre d’idées, les avertissements se font de plus en plus multiples et les populations civiles de plus en plus exposées à des cycles répétés d’évacuation et de retours avortés, notamment dans les régions de Nabatiyé, de Tyr et de la Békaa.

Si, du côté israélien, la ligne dominante reste conditionnée à la question du désarmement du Hezbollah, considéré comme un préalable à toute stabilisation durable, la position officielle du président libanais, Joseph Aoun, elle, s’articule autour d’une exigence de retrait israélien complet du Liban-Sud, présenté comme une condition essentielle au rétablissement de la souveraineté libanaise sur l’ensemble de son territoire.

En attendant, les réunions se multiplient, les échanges restent largement cantonnés à des ajustements de procédure et à des discussions de méthode, tandis que les dossiers de fond s’accumulent sans être tranchés. Sur le terrain, cette stagnation diplomatique contraste avec une réalité sécuritaire alarmante. Selon le général Hélou, l’efficacité des réunions dépendra de trois facteurs majeurs: la position israélienne, la crédibilité du gouvernement libanais et la capacité opérationnelle de l’armée libanaise à s’imposer comme acteur de terrain.

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