Le Hezbollah paie le prix de son infiltration dans l’État
©Ici Beyrouth

Les sanctions annoncées par le département du Trésor américain visent plusieurs personnalités proches du Hezbollah ou impliquées dans l’action politique: députés, figures dirigeantes, mais aussi – fait inédit aux lourdes conséquences – certains de ses alliés au sein même des organes institutionnels et gouvernementaux, lesquels sont censés rester à l’écart de son interférence politique et militaire.

Cette fois, les sanctions frappent également des responsables des services de renseignement de l’armée et de la Sûreté générale. Un signal fort: le Hezbollah, accusé d’avoir enraciné ses réseaux au cœur de l’État depuis deux décennies, aurait instrumentalisé ces institutions à des fins propres, sans retenue ni scrupule. Le Trésor américain, conscient de cette dérive, a choisi ce moment précis pour frapper.

Cette décision peut se lire selon deux perspectives. D’une part, Washington poursuit sa stratégie de pression sur le Hezbollah, rappelant qu’il dispose d’une cartographie précise de ses relais à tous les niveaux de l’appareil étatique et qu’il ne tolérera pas l’utilisation du Liban comme plateforme d’objectifs opaques, dirigés contre l’État libanais lui-même et, au-delà, contre la communauté internationale.

D’autre part – et c’est l’élément le plus préoccupant – ces sanctions interviennent alors que se tiennent à Washington des négociations entre le Liban et Israël. Dans ce contexte, le Liban, déjà dépourvu de véritables leviers, apparaît encore davantage fragilisé: ses institutions officielles, appelées à encadrer ou contenir l’arsenal du Hezbollah dans le nouveau contexte régional, semblent désormais compromises, voire entremêlées à des réseaux qui structurent certains rouages de l’État.

Le message est sans ambiguïté: la communauté internationale signifie au pouvoir libanais qu’elle ne fait plus confiance à ses institutions sécuritaires et gouvernementales, considérées comme infiltrées par le Hezbollah. Les sanctions visant des figures clés de l’armée et de la Sûreté en constitueraient l’illustration la plus récente. Washington chercherait également à contraindre le président de la République et le chef du gouvernement à engager une purge administrative afin d’extirper toute influence du Hezbollah et de redonner à l’État une capacité de redressement.

Mais au-delà des sanctions, une évidence s’impose: le Liban officiel ne semble pas en mesure de respecter pleinement les engagements qu’il pourrait prendre dans un cadre négocié. Le signal le plus fort réside dès lors dans l’idée que la réduction de l’emprise du Hezbollah ne peut venir des seules institutions libanaises. Si les États-Unis en doutent, que dire alors d’Israël, qui affiche sa détermination à poursuivre la confrontation jusqu’à neutraliser le Hezbollah.

À ces sanctions s’ajoute la déclaration du commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, à l’occasion du 25 mai – une commémoration qui, dans le contexte actuel, aurait dû être annulée. Car si l’on évoque la «fête de la résistance et de la libération», la résistance, dans son acception liée au Hezbollah, est désormais considérée comme contraire aux décisions gouvernementales. Quant à la libération, elle ne peut être célébrée alors même que le pays traverse une nouvelle forme de vulnérabilité, imputée aux actions du Hezbollah.

Dans ces conditions, comment les États-Unis – ou toute autre puissance – pourraient-ils accorder leur confiance aux institutions officielles, à la lumière des sanctions et des déclarations du commandement militaire?

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