Le nouvel organisme iranien de gestion du détroit d'Ormuz a revendiqué mercredi une zone de contrôle allant jusqu'aux eaux au sud du port émirati de Fujaïrah, qui abrite des infrastructures pétrolières visant à contourner le blocage du détroit.
Téhéran contrôle la navigation dans cette voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par une attaque israélo-américaine le 28 février.
Si un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, les autorités exigent que les bateaux transitant par le détroit obtiennent des autorisations des forces armées iraniennes.
La toute nouvelle «Autorité du détroit du Golfe Persique», qui dispose désormais d'un compte officiel sur X, a publié mercredi un message accompagné d'une carte, disant avoir délimité «la zone de compétence réglementaire pour la gestion» du détroit.
Elle écrit que cette zone s'étend «de Kuh-e Mubarak en Iran jusqu'au sud de Fujaïrah aux Émirats arabes unis» concernant l'entrée est du détroit, et du côté ouest «de l'île de Qeshm à Umm Al-Quwain aux Émirats».
«Le transit dans cette zone dans le but de traverser le détroit d'Ormuz nécessite une coordination avec l'Autorité du détroit du golfe Persique et son autorisation», est-il spécifié.
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— PGSA | نهاد مدیریت آبراه خلیج فارس (@PGSA_IRAN) May 20, 2026
جمهورى اسلامى ايران محدودهٔ نظارتى مديریت تنگه هرمز را به این شرح تعيین کرده است: «خط اتصال كوه مبارك درايران وجنوب فجيره درامارات در شرق تنگه تاخط اتصال انتهاى جزيره قشم درايران و ام القيوین امارات درغرب تنگه.» pic.twitter.com/3ELSwYx5Bp
Le Conseil suprême de la sécurité nationale iranien avait activé lundi l'Autorité du détroit du Golfe persique (PGSA), se présentant comme «l'autorité légale et officielle de la République islamique d'Iran chargée de gérer le transit dans le détroit d'Ormuz».
La création de cette structure marque un tournant dans la stratégie de Téhéran: plutôt que de s'appuyer exclusivement sur la coercition militaire, l'Iran se dote désormais d'un cadre administratif et bureaucratique pour asseoir son contrôle sur l'un des passages maritimes les plus stratégiques au monde.
Concrètement, la PGSA fonctionne comme un guichet unique d'autorisation de transit. Selon Lloyd's List Intelligence, les armateurs souhaitant franchir le détroit doivent soumettre un formulaire de déclaration – baptisé «Vessel Information Declaration» – comportant plus de 40 questions: nom du navire, numéros d'identification, pavillons antérieurs, nationalité des propriétaires et des opérateurs, composition de l'équipage, nature et valeur de la cargaison, ainsi que les ports d'origine et de destination.
Le dossier est ensuite transmis au commandement provincial des Pasdaran en charge d'Hormozgan pour vérification et «vetting géopolitique» – processus par lequel l'IRGC vérifie l'identité du navire, de son propriétaire et de sa cargaison pour déterminer si le pays d'origine ou de destination figure sur la liste des États considérés comme hostiles par Téhéran – avant qu'un code de transit ne soit éventuellement délivré.
La PGSA ne s'est pas créée dans un vide juridique. Elle s'appuie sur une logique doctrinale que le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait posée dès mars: l'Iran applique au détroit le régime du «passage inoffensif» prévu par sa propre loi maritime de 1993, et non le régime de «passage en transit» garanti par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS).
Téhéran se positionne ainsi en «objecteur persistant» au droit international coutumier sur ce point précis. L'Organisation maritime internationale des Nations unies a répondu via Reuters qu'il «n'existe aucun accord international permettant l'introduction de péages pour le transit par des détroits internationaux» et qu'un tel système constituerait «un précédent dangereux».
Pour les armateurs, la situation crée un dilemme inextricable. Se conformer au processus iranien les expose aux sanctions secondaires de l'OFAC, qui a explicitement averti que tout paiement à l'Iran – quelle qu'en soit la forme – engage la responsabilité des entreprises, y compris non américaines. Ne pas s'y conformer les expose à l'interception des Pasdaran.
Le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) note que le détroit d'Ormuz constitue désormais le principal levier de négociation de Téhéran face à Washington – une capacité longtemps théorique, aujourd'hui pleinement opérationnelle.
Avec AFP



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