Liban-Israël : la seule solution
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Il y a des jours où l’histoire offre une porte. Ce jeudi à Washington, Israël et le Liban s’assoient à la même table pour un troisième cycle de négociations directes qui doit s’étaler sur deux jours. Avec des délégations élargies à des politiques et des militaires des deux pays. Un signal. Peut-être une chance, la seule et unique. L’autre choix étant un cycle de violence sans fin dont le Liban ne se relèverait plus. 

Si un accord de paix voit le jour, il n’aura de sens que s’il dit ce que tout le monde sait. Le problème au Liban ne s’appelle pas la frontière. Il ne s’appelle pas le tracé de la ligne bleue, ni les fermes de Chebaa, ni les modalités de retrait israélien. Le problème s’appelle le Hezbollah. Et le Hezbollah s’appelle l’Iran.

Tout accord qui esquive cette réalité est un accord mort-né. Un texte de plus pour les archives, une illusion. 

La formule pourtant existe. Elle est simple, presque brutale dans son évidence : retrait israélien des territoires libanais occupés du fait de l’aventurisme de la milice illégale, en échange du désarmement total du Hezbollah. Deux obligations symétriques. Deux souverainetés respectées. Israël n’a aucun intérêt, ni aucune envie de maintenir des soldats sur le sol libanais et le Liban n’a aucune légitimité à tolérer sur son territoire une armée privée qui répond à Téhéran plutôt qu’à Beyrouth.

Ajoutez à cela ce que le Liban-Sud attend depuis des décennies. Un accord pourrait stipuler une enveloppe internationale de reconstruction. Les villages rasés, les infrastructures détruites, les familles qui n’ont jamais pu rentrer, n’attendent rien de plus. Ce que le sud du Liban n’a jamais eu, c’est la paix nécessaire pour que cet argent serve à construire plutôt qu’à être englouti par la prochaine guerre.

Qui peut s’opposer à cela ? Honnêtement, qui ? L’Iran et son proxy local. Personne d’autre. Le chef de la milice l’a bien compris. Deux jours avant le début des réunions, il a “plombé” l’ambiance. “Non aux négociations directes, merci à l’Iran (ubuesque), le combat continue, les armes ne regardent personne.” Voilà, le ton est donné. 

Mais personne ne croit plus à ces sornettes. Pas le peuple libanais, qui a payé en vies, en exil, en misère le prix d’une pseudo-résistance dont il n’a jamais validé le principe. Pas les chiites du Sud, qui savent mieux que quiconque ce que coûte d’être le bouclier humain d’une idéologie étrangère. Pas les chrétiens, les sunnites, les druzes, toutes ces communautés qui ont vu leur pays confisqué par une milice qui n’a de libanais que l’enveloppe. 

Le Hezbollah ne combat pas pour le Liban. Il combat pour la profondeur stratégique de l’Iran. Il combat pour maintenir ouverte une ligne de front contre Israël que Téhéran actionne selon ses besoins, indépendamment des intérêts libanais, et des milliers de morts, que chaque round supplémentaire produit.

C’est cela qui doit être acté à Washington. Les négociateurs libanais ont la lourde tâche de négocier la fin de l’enfer, avec un poignard dans le dos. 

Un accord de paix n’est pas une capitulation. Ni pour Israël, qui peut enfin normaliser une frontière nord qu’il n’a jamais réussi à sécuriser durablement. Ni pour le Liban, qui récupérerait enfin sa souveraineté pleine et entière sur l’ensemble de son territoire.
La seule partie qui perd dans cet accord, c’est l’Iran. Et c’est exactement pour cela que Téhéran fera tout pour le torpiller.

Mais il y a un piège supplémentaire qui se referme sur le Hezbollah. Et ses dirigeants feraient bien de le mesurer. Si un accord est signé, retrait israélien jusqu’à la frontière internationale reconnue, enveloppe de reconstruction pour le Sud, retour des déplacés dans leurs villages, et que le Hezbollah choisit malgré tout de continuer la guerre sur injonction de Téhéran, il ne pourra plus se cacher derrière la rhétorique habituelle. Le masque tombera définitivement. Ce ne sera plus une milice qui prétend défendre le Sud, ce sera une milice qui empêche le Sud de vivre en paix pour servir les intérêts d’une puissance étrangère.

Ce calcul a un coût politique. La base chiite du Hezbollah, déjà érodée par des années de guerre, de destructions et d’appauvrissement, n’est pas monolithique. Il reste des familles du Sud qui lui sont fidèles par tradition, par peur, par intérêt financier ou parce qu’elles n’ont pas encore vu d’alternative crédible. Mais refuser la paix quand la paix est sur la table, refuser le retour des siens quand les clés sont dans la serrure, c’est une trahison que même les plus loyaux finissent par ne plus pardonner. Le jour où le Liban tiendra des élections législatives, et ce jour viendra, le Hezbollah risque de payer ce choix dans les urnes avec une brutalité qu’aucune roquette ne pourra compenser.

Il faudra donc que tous ceux qui sont réunis à Washington tiennent. Que les garanties américaines soient réelles, pas symboliques. Il faudra que la communauté internationale surveille l’exécution de l’accord avec une rigueur qu’elle n’a jamais eue avec la résolution 1701.

La porte est ouverte. Elle ne le restera pas longtemps.

Charles de Gaulle disait : “Les occasions perdues reviennent rarement dans l’histoire des nations.” 

Ne ratons pas le coche.

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