Donald Trump annonçait ce lundi sur Truth Social le lancement de Project Freedom, une opération militaire destinée à escorter les navires commerciaux, bloqués dans le golfe Persique depuis la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran.
Trente-six heures plus tard, l'opération était suspendue. La version officielle évoquait des progrès dans les négociations avec Téhéran. Mais selon NBC News, citant deux responsables américains, une raison plus immédiate s'était imposée: l'Arabie saoudite et le Koweït avaient coupé l'accès de l'armée américaine à leurs bases et à leur espace aérien, rendant l'opération militairement impraticable.
Une dépendance structurelle rarement exposée
Pour comprendre la portée de la crise, il faut saisir ce que les militaires américains désignent par l'acronyme ABO – Access, Basing and Overflight. Tout déploiement aérien dans la région repose sur des autorisations accordées par les États hôtes. Selon NBC News, citant deux responsables américains, l'Arabie saoudite et la Jordanie sont essentielles pour le stationnement des aéronefs, le Koweït est indispensable pour le survol, et Oman joue un rôle clé pour la logistique navale.
«À cause de la géographie, vous avez besoin de la coopération des partenaires régionaux. Dans certains cas, il n'y a pas d'autre voie», a résumé un responsable américain.
La base Prince Sultan, au sud-est de Riyad, est au cœur du dispositif. L'armée américaine y maintient chasseurs, ravitailleurs et défenses antiaériennes. Pendant l'opération Epic Fury, Riyad avait accordé à Washington l'usage de cette infrastructure. C'est précisément parce que cette autorisation avait été accordée pour la guerre que sa révocation pour Project Freedom constituait un camouflet d'une portée considérable.
L'annonce qui a tout déclenché
La crise n'a pas éclaté sur un désaccord de fond, mais sur une question de méthode. Donald Trump a pris de court ses alliés du Golfe en annonçant l'opération sur les réseaux sociaux un dimanche après-midi sans consultation préalable, «ce qui a mis en colère la direction saoudienne», selon NBC. Riyad a immédiatement informé Washington que Prince Sultan et l'espace aérien saoudien ne seraient plus disponibles. Un appel entre Trump et le prince héritier Mohammed ben Salmane n'a pas résolu le différend, contraignant le président à suspendre l'opération pour récupérer l'accès à cet espace vital.
La Maison-Blanche a contesté ce récit, affirmant que «les alliés régionaux avaient été informés à l'avance». Mais un diplomate moyen-oriental cité par NBC a indiqué que les États-Unis n'avaient coordonné l'opération avec Oman qu'après l'annonce publique. La source saoudienne, de son côté, a botté en touche: «Le problème avec cette prémisse, c'est que les choses évoluent rapidement en temps réel».
Une levée conditionnelle
Le Wall Street Journal, rapporté par Middle East Monitor jeudi, indique que l'Arabie saoudite et le Koweït ont finalement levé leurs restrictions, à la suite de contacts entre dirigeants. L'administration Trump envisagerait de relancer les escortes navales dès cette semaine.
Cette nuance éclaire la logique des États du Golfe. Ils ne s'opposent pas à la pression sur l'Iran – c'est Riyad qui avait encouragé Trump à poursuivre les frappes durant la guerre, selon le New York Times. Mais l'attaque iranienne contre les Émirats survenue pendant les premières heures de Project Freedom a cristallisé leurs craintes d'une escalade non maîtrisée dont ils seraient les premières victimes.
Pour le Council on Foreign Relations, la leçon est d'abord militaire: tant que l'Iran reste capable d'attaquer des navires commerciaux, peu de compagnies maritimes prendront le risque de s'engager dans le détroit, quelle que soit la protection américaine déployée.



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