La pensée politique libanaise s’est forgée dans un univers d’exceptions que l’histoire peine à comparer.
Si l’on écarte les grandes analogies, une évidence s’impose: réclamer la paix ne saurait être assimilé à un crime, tandis que l’appel à la guerre en constitue un en soi. Or, au-delà de cette équation, force est de constater qu’une part significative de la classe politique libanaise refuse jusqu’à l’idée même de négociations — que dire alors d’un simple échange téléphonique entre le président libanais, Joseph Aoun, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou.
Dans ce contexte, les discours abondent, mais une seule interrogation mérite d’être posée: quelle alternative proposent les opposants au dialogue?
Ceux qui rejettent l’option d’un dialogue direct avancent leurs propres arguments, mais ceux-ci relèvent, pour la plupart, de blocages psychologiques plutôt que de considérations rationnelles.
Le premier argument avancé repose sur la logique d’hostilité envers Israël et le rejet de tout contact, au motif des crimes commis au Liban au fil des décennies. Cet argument se heurte pourtant à l’histoire: nombre d’États jadis en conflit ont fini par conclure la paix, améliorer leurs relations, parfois les normaliser, et bâtir un avenir commun.
Le second argument, aujourd’hui au cœur du discours politique opposé aux négociations, concerne l’occupation du territoire. Il s’agit de refuser tout dialogue avec un ennemi traditionnel «au prix du sang des enfants et des martyrs», et de rejeter toute forme de compromis sur les droits liés à la terre, à la souveraineté et à l’occupation.
Dès lors, la question s’impose: quelle est l’alternative au refus des négociations?
La guerre? L’expérience récente en a montré les limites. Elle a ébranlé la théorie de la force sur laquelle le Hezbollah fondait sa stratégie et révélé son incapacité à imposer un véritable rapport de dissuasion à Israël. En trois mois de conflit, quatorze morts seulement ont été recensés côté israélien, tandis que le Sud, la banlieue sud de Beyrouth et la Békaa portent encore les stigmates du lourd tribut payé en vies humaines.
La poursuite des hostilités sans perspective? Qui, dans ce cas, rendra au Liban ses territoires occupés et garantira ses droits sur les plans politique et diplomatique?
Reste enfin une troisième option, jugée la plus risquée par les opposants aux négociations: attendre l’issue des discussions américano-iraniennes. Ce choix revient, en réalité, à s’en remettre entièrement à la volonté iranienne, à renoncer à toute souveraineté effective et à placer le Liban en monnaie d’échange sur la table des négociations. Si ces pourparlers aboutissent, l’emprise iranienne perdurera; s’ils échouent, que Dieu nous vienne en aide.



Commentaires