Conflits en suspens et diplomatie sans échéances 
©Ici Beyrouth

Rien ne bouge tant du côté iranien que du côté libanais. Il n’y a pas de quoi s’étonner tant que les parties concernées se positionnent à partir des extraterritorialités juridiques qui les rendent imperméables à toutes sortes d’arbitrages légaux ou politiques propres aux États de droit. L’État iranien s’extrait d’emblée de toutes les règles diplomatiques qui réduisent sa latitude manœuvrière et se cantonne dans un unilatéralisme dirimant. Quels que soient les différends idéologiques et stratégiques, les acteurs du conflit sont tenus à des règles de négociation communément reconnues si l’on veut une diplomatie de fin de conflit, ce qui est loin d’être le cas. Il est légitime de s’interroger sur la volonté de négociation du régime iranien dont le comportement relève davantage de la manœuvre dilatoire que de l'engagement diplomatique en vue de trouver un épilogue à une dynamique conflictuelle ouverte.

La politique obstructionniste du régime iranien bute non seulement sur les faits durs d’une défaite militaire poignante, mais également sur un blocus maritime et un redoublement des sanctions. Cela intervient à un moment où la paranoïa du régime atteint son paroxysme avec la prolifération des exécutions politiques et le renforcement des mesures de répression. Le régime négocie sa survie et ne cherche pas à résoudre les questions liées aux trajectoires internationales de navigation maritime, à la militarisation nucléaire, aux missiles balistiques et aux dynamiques guerrières qui traversent l’ensemble du Moyen-Orient. Il en va de même pour le terrorisme d’État, les mouvements terroristes et la criminalité organisée qu’il a propulsés à travers le monde. 

Selon le régime iranien, la seule voie diplomatique est celle de la reconnaissance de son statut d’exceptionnalité, de son pouvoir discrétionnaire sur la scène internationale et de ses dérives agonistiques et terroristes. L’ultime médiation du pouvoir pakistanais et les impératifs sécuritaires d’une aire intercontinentale, loin de tempérer la dynamique nihiliste d’un régime totalitaire, l'incitent à redoubler son élan. Ce, dans le sens de la politique de subversion qu'il a érigée en principe d'action.

Ses hypothétiques alliances avec l'axe néo-totalitaire sont loin de servir de levier ou de digue en vue de déjouer la chute inévitable d'un régime totalitaire dont l'hubris finira par l'abattre. L'état de siège en cours portera ses fruits dans l'avenir immédiat et achèvera le travail militaire. Ce genre de régime est imperméable à la logique de la négociation, il est dans la manœuvre qui vise à gagner du temps, reporter des échéances et préparer l'alternative nucléaire comme ultime garante de sa pérennité. La contre-dynamique américano-israélienne prépare, d'ores et déjà, la voie à des scénarios alternatifs de "containment" et de règlement des conflits, malgré les différends et les priorités qui peuvent les distinguer à différents stades du bouleversement en cours. 

Autrement, les conséquences économiques et sociales désastreuses de la guerre, doublées de la désaffection populaire, sont les moteurs d’une dynamique corrosive qui va abattre les piliers du régime et redéfinir les configurations et les trajectoires d’une refonte institutionnelle et politique. Les luttes meurtrières entre les différentes ailes du régime islamique vont poser les jalons d'une érosion évolutive. L’Iran changera de paradigmes, de culture politique et économique et de narratif national, civique et religieux sans précédent. Il s’agit d’une ère de rupture où les matrices du sens et de la puissance changent de référentiel et de points d’ancrage.

Le contexte libanais s'inscrit dans la ligne directe qui relie le régime iranien aux relais opérationnels qu'il s'était donnés dans le cadre de la "stratégie des plateformes intégrées". Il représente en fait la dernière base opérationnelle où il joue de manière directe sa survie. La guerre qui oppose de manière frontale Israël au régime iranien est un théâtre opérationnel adventice où s'effectuent les retournements stratégiques qui vont reconfigurer le Moyen-Orient. Ce qui s'opère au Liban déborde le cadre national du pays et représente les mutations d'une géopolitique en cours de gestation. 

Il est impossible de comprendre ces transformations sans les situer dans le cadre de la contre-dynamique américano-israélienne et ses effets restructurants. Nous sommes confrontés à des bouleversements géostratégiques majeurs, à partir desquels émerge un nouvel ordre régional aux configurations imprévisibles. La géopolitique libanaise est en état de convulsion et sert désormais de préfiguration aux bouleversements de la géopolitique régionale dont les lignes de fracture vont avancer dans tous les sens. 

La défaite du Hezbollah se situe dans le prolongement de la stratégie d'éradication de la toile impériale tissée par le régime iranien tout au long des cinq dernières décennies. Il est ardu de fixer un terminus ad quem à un processus en pleine évolution, dont les bornes géostratégiques et géopolitiques sont en constante effervescence. Les évolutions en cours sur les deux théâtres opérationnels sont de mauvais augure quant à un règlement négocié des conflits. En effet, les deux acteurs islamistes, iranien et libanais, s'installent dans le déni et misent sur des dynamiques guerrières ouvertes ainsi que sur des alliances d'ultime recours qui s'avèrent improbables. Ils misent sur des scénarios de chaos institutionnalisé et de guerres civiles qui leur permettent de contenir les effets dévastateurs d'une défaite en marche.

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