Il est impossible de mettre fin à un conflit en l’absence de paramètres clairs qui permettent le balisage du terrain diplomatique. On ne peut pas avancer sur la base d’équivoques, de dénis ou de mensonges délibérés et s’attendre à des solutions miracles. Les dictatures meurtrières de tout acabit doivent leur survie à ce genre d’environnement protecteur qui leur permet de pérenniser leurs acquis de circonstances érigés en instances normatives.
La dynamique conflictuelle actuelle permet de mettre fin au statut d’exceptionnalité et d’en démontrer le caractère fallacieux. Le mérite de ce genre de conflits est de mettre fin à des supercheries sanglantes qui ont trop duré. Au point où en sont les choses, on se demande à quoi servent les subterfuges mensongers colportés dans les démocraties occidentales. Il est crucial de se rendre à l’évidence et d’en finir avec l’état d’exception (Ausnahmezustand) dont se recommande le régime iranien qui cherche à se perpétuer au prix de concessions consenties par les démocraties occidentales. C’est quand même bizarre de céder à ce genre de scénarios qui cherchent à justifier leur manque de courage civique (Zivilcourage) au nom d’un réalisme politique étriqué, ou d’un pseudo-pacifisme qui ne renvoie à rien.
Le régime iranien n’a rien à offrir que la prolongation des scénarios de chaos comme meilleur gage pour sa survie. En réalité, toute négociation dans son endroit équivaut à des intérims qu’il entend gérer en vue de déjouer sa fin implacable. Toute diplomatie conçue à partir de ce genre de prémisses est un faux départ que le régime iranien cherche à instrumentaliser afin de se ressaisir. Les points de négociation proposés par le régime iranien reviennent sur des enjeux éculés sur lesquels il est inutile de s’appuyer . Il s'agit de l’internationalisation du statut du détroit d’Ormuz, de la gestion des programmes nucléaires, de la fin des mandataires régionaux et de la libéralisation du système politique. La paix régionale, internationale et domestique en dépend et il ne servirait à rien de revenir sur un agenda anachronique qui a servi pendant de nombreuses décennies à entretenir des conflits qui s’inscrivent désormais dans une durée intemporelle.
L’eschatologie chiite relève de la diversion sémantique dont se sert une dictature criminelle pour se doter d’une aura “in illo tempore” qui lui servirait de prétexte. Ce n’est qu’à partir de ce décapage que l'on viendrait à bout du mythe et de ses supercheries. La poursuite de la destruction des infrastructures militaires et logistiques est un préalable à toute démarche politique si l’on veut mettre fin aux cycles de violence indéfiniment répétés. Il n’y aurait pas de transition vers la paix ardemment souhaitée, qu’avec la fin du régime iranien et son canevas stratégique. Tout autre scénario n’est que bluff et retour à des schémas de conflits longuement éprouvés.
Les scénarios apocalyptiques évoqués par certaines mouvances politiques ressortissant à des registres politiques divers avancent sur la base de pronostics non avérés doublés d’étayages pseudo-éthiques. Le régime iranien est une dictature islamique hautement affichée, procédant sur la base d’une vision totalitaire et impériale depuis ses commencements. L’impulsion des dynamiques conflictuelles et leur militarisation ne sont pas des accidents de parcours ; il s’agit d’une démarche intentionnelle qui a été à l’origine des schémas de militarisation du nucléaire, de la politique de subversion régionale et de ses plateformes opérationnelles intégrées, des prises de pouvoir, des réseaux de criminalité organisée, du terrorisme à géométrie variable et des alliances altermondialistes et néo-totalitaires.
Nous sommes là devant des menaces totalitaires et des schémas de guerre totale qu’il faudrait affronter sans esquive. Une rétrospection rudimentaire suffirait pour se rendre à l’évidence qu’une guerre de nécessité s’impose. Les théâtres opérationnels étalés sur l’ensemble du Moyen-Orient et ses abréviations géostratégiques ne sont pas des inventions improvisées par les États-Unis et Israël. Ils sont toutefois les leviers d’une contre-stratégie qui devrait mettre fin à cet intermède géostratégique et sécuritaire qui a outrepassé ses limites. Il est impératif d’en finir et de mettre un terme à des dynamiques de subversion latérales qui alimentent les politiques néo-impérialistes en cours. Les convergences géostratégiques latino-américaines et moyen-orientales ne sont pas des intersections hasardeuses, elles relèvent d’un schéma de quadrillage stratégique monté par l’axe néototalitaire.
Quelles que soient les déclinaisons géostratégiques propres aux États-Unis et à Israël et à leurs potentiels alliés transcontinentaux, ils se recoupent sur l’appréciation des aléas sécuritaires et stratégiques posés par l’axe néo-totalitaire. L’intermédiation pakistanaise en cours prend son départ dans une évaluation juste des hasards de l’implosion de l’Iran et de ses réverbérations sur des géopolitiques éclatées ou en voie de l’être. Cependant, cette démarche est court-circuitée au point de départ en l’absence d’une plateforme minimale à partir de laquelle peut s’amorcer une démarche diplomatique. Toute vision diplomatique étriquée est un non-départ, surtout que la course des échéances est à même de rattraper les érosions insidieuses au sein d’un Iran en pleine décomposition. Curieusement, les gauches européennes et leurs émules islamistes sont atterrés à l’idée de la fin imminente de la saga islamiste et de ses contreparties géostratégiques.
Le Liban, érigé en champ opérationnel auxiliaire par le régime iranien, poursuit sa descente aux enfers. Israël poursuit sa campagne militaire sur la base d’un schéma consistant, celui des risques sécuritaires majeurs représentés par un pays en état de faillite qui n’a jamais pu fournir des gages sérieux en la matière: souveraineté inexistante, théâtre opérationnel adventice pour guerres par procuration, oligarchies corrompues servant d’intermédiaires aux politiques de subversion régionale et de partenaires aux mafias transnationales opérant à partir du Liban. Les Israéliens n’ont plus d’interlocuteurs en réalité dans un pays en état de déliquescence généralisée où plus rien ne tient. On peine à imaginer un scénario de sortie de guerre dans un pays entièrement décomposé.
La complexion stratégique est celle d’une stasis où tous les ingrédients d’une guerre civile et d’un chaos institutionnalisé sont d’ores et déjà en place. La politique chiite de subversion avance sur des prémisses qui contredisent toute civilité démocratique, remet en cause la possibilité même d’un narratif national commun et d’un État de droit, et l’impératif de la paix civile. Comment peut-on engager une démarche diplomatique et se faire accréditer comme partenaire alors que les soi-disant représentants de l’État manquent de légitimité, se refusent au partenariat dans la négociation et méconnaissent la légitimité de l’État israélien ? Nous faisons face non seulement à des impasses de fait, mais à des apories qui rendent impossible le principe même d’une négociation. En effet, comment négocier avec un État qui n’en est pas un et qui veut s’imposer comme interlocuteur sur la scène internationale ? C'est le paradoxe qui explique à lui seul le drame d’un État engagé dans un processus d’autodestruction sans fin.




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