Les répercussions de la guerre ne se sont pas limitées aux infrastructures. Elles ont également fragilisé la situation financière d’Électricité du Liban (EDL).
Entre pertes directes et dommages indirects, la guerre est venue accentuer la pression sur le secteur électrique. Les pertes se sont aggravées, le recouvrement a reculé, tandis que les infrastructures subissent des frappes répétées, notamment dans le Liban-Sud et à Nabatiyé.
Selon des estimations préliminaires obtenues par Ici Beyrouth, les dégâts subis par l’institution à la suite des deux guerres s’élèvent à environ 67.485.000 dollars américains. Ces chiffres, qui témoignent de l’ampleur du choc, restent toutefois provisoires et font l’objet de révisions continues, l’accès à certaines zones demeurant impossible.
Cette évaluation n’inclut pas les dommages affectant le réseau de transport de l’électricité, notamment les postes de transformation principaux et les infrastructures associées. Le coût réel pourrait donc être nettement supérieur.
Avec l’intensification des hostilités en 2026, de nouveaux dégâts ont été enregistrés sur le réseau de distribution, particulièrement dans les régions de Nabatiyé, Jouaya, Tyr, Marjeyoun et Bint Jbeil. Cette situation a accentué la pression sur le réseau et réduit sa capacité à assurer la continuité du service.
Face à cette réalité, l’institution se retrouve face à une équation complexe, à savoir la remise en état des infrastructures endommagées dans un contexte sécuritaire difficile et avec des moyens limités. Selon des sources au sein d’EDL, plusieurs prérequis sont nécessaires avant toute intervention sur le terrain, notamment le déblaiement des gravats et l’ouverture des routes, l’achèvement du recensement des dommages, l’élaboration de cartes précises des infrastructures touchées, la coordination avec les services de l’urbanisme pour les besoins de reconstruction, ainsi que l’obtention des autorisations nécessaires de l’armée et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) pour intervenir dans certaines zones.
Par ailleurs, l’ampleur des destructions constitue un obstacle majeur à l’approvisionnement en équipements et en matériaux nécessaires dans les délais requis, ce qui risque de prolonger la crise de l’électricité.
Dans le même temps, les répercussions ne se sont pas limitées aux infrastructures, mais ont également touché la capacité financière de l’institution. Le recouvrement des factures a été fortement affecté sur l’ensemble du territoire libanais, allant jusqu’à s’interrompre totalement dans certaines régions, notamment dans le Liban-Sud et la banlieue sud de Beyrouth. Selon les données disponibles, les pertes mensuelles liées au recouvrement sont estimées à environ 12.847.740 dollars américains, traduisant l’ampleur de l’hémorragie en cours.
Les pertes cumulées avoisinent, quant à elles, 30 millions de dollars, conséquence de la baisse des recettes enregistrée dès la première guerre en 2024, notamment après l’adoption d’une loi exonérant les habitants des zones sinistrées du paiement de leurs factures, sans qu’un mécanisme clair de compensation pour l’institution n’ait été mis en place.
Dans ces conditions, la relance du secteur ne peut plus se limiter à de simples réparations techniques. Elle nécessite un cadre de soutien financier structuré, une gestion de crise renforcée et des mécanismes visant à éviter la reproduction de pertes similaires.
En définitive, ces chiffres ne reflètent pas seulement des pertes matérielles, mais révèlent l’ampleur de l’effondrement qui menace l’un des secteurs vitaux du pays… un secteur désormais en première ligne, entre la guerre et la survie.



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