Le Liban face au modèle américain de paix
Une affiche publicitaire de l’initiative politico-sécuritaire israélienne «Coalition pour la sécurité régionale, avec au-dessus le slogan en hébreu: Un temps pour la guerre, un temps pour le règlement ; le moment est venu pour le Pacte abrahamique, exposée à Tel-Aviv le 26 juin 2025. ©Jack GUEZ / AFP

«Le Liban se trouve à un carrefour décisif. Son peuple a aujourd’hui une opportunité historique de reprendre en main son destin et de bâtir un État pleinement souverain.»

Par ces mots, l’ambassade des États-Unis au Liban évoque les rencontres historiques qui ont débuté en avril 2026 à Washington, entre des représentants libanais et israéliens sous l'égide des États-Unis, visant à instaurer un cessez-le-feu et à entamer des pourparlers directs. Ces réunions, impliquant des diplomates de haut niveau, cherchent à établir une paix durable malgré le contexte de guerre.

Washington, puissant médiateur, œuvre pour une rencontre entre le président de la République libanaise Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, sous l’égide du président américain Donald Trump. Cette perspective s’inscrit dans une méthode déjà éprouvée: celle d’une diplomatie directe, encadrée par des garanties américaines, où la Maison-Blanche joue à la fois le rôle d’hôte, de facilitateur et de garant.

Ce modèle américain prend racine à la fin des années 1970, au moment où les États-Unis s’imposent comme médiateur central du conflit israélo-arabe. Depuis, cette réputation de «puissant médiateur» s’est consolidée à travers plusieurs étapes clés: les accords de Camp David, les accords d’Oslo, puis plus récemment les accords d’Abraham, qui ont redéfini les dynamiques de normalisation entre Israël et plusieurs pays arabes.

Camp David (1978–1979): la paix entre l’Égypte et Israël

Les accords de Camp David, signés le 17 septembre 1978, constituent le premier jalon majeur de cette diplomatie. Ils sont négociés sous l’autorité du président des États-Unis Jimmy Carter, entre le président de la République arabe d’Égypte Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin.

Ces accords débouchent, le 26 mars 1979 à Washington, sur le traité de paix entre l’Égypte et Israël. L’Égypte devient ainsi le premier pays arabe à reconnaître officiellement l’État d’Israël. En contrepartie, Israël accepte de restituer l’intégralité de la péninsule du Sinaï, territoire occupé depuis la guerre de 1967. Ce processus, achevé en 1982, marque un tournant stratégique majeur et consacre le rôle des États-Unis comme garant des accords et des équilibres régionaux.

Oslo (1993–1995): Israël et l’OLP sous parrainage américain

Quinze ans plus tard, les accords d’Oslo ouvrent une nouvelle phase. Le 13 septembre 1993, à Washington, sous la présidence américaine de Bill Clinton, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et le président du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine Yasser Arafat signent une déclaration de principes historique.

Pour la première fois, Israël et l’OLP se reconnaissent mutuellement. L’accord prévoit la mise en place d’une Autorité palestinienne et une autonomie progressive dans les territoires palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Cette dynamique est prolongée par l’accord dit Oslo II, signé le 28 septembre 1995, qui précise les modalités de gouvernance et de sécurité.

Malgré l’espoir suscité, le processus reste inachevé, fragilisé par les tensions sur le terrain et l’assassinat d’Yitzhak Rabin la même année.

Accord de paix israélo-jordanien (1994)

Dans le prolongement direct d’Oslo, le traité de paix signé le 26 octobre 1994 entre le Royaume hachémite de Jordanie et l’État d’Israël vient consolider la dynamique régionale.

Cet accord est conclu entre le roi Hussein de Jordanie et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, toujours sous l’égide du président des États-Unis Bill Clinton. Il met fin à l’état de guerre entre les deux pays, fixe définitivement leurs frontières et organise le partage des ressources, notamment hydriques.

Accords d’Abraham (2020): une normalisation élargie

Avec les accords d’Abraham, signés le 15 septembre 2020 à Washington sous l’égide du président américain Donald Trump, les États-Unis introduisent une nouvelle approche. Il ne s’agit plus de résoudre un conflit direct, mais de favoriser une normalisation régionale fondée sur des intérêts stratégiques convergents.

Ce jour-là, l’État d’Israël, représenté par son Premier ministre Benjamin Netanyahou, signe des accords avec les Émirats arabes unis, représentés par leur ministre des Affaires étrangères Abdullah ben Zayed Al Nahyane, ainsi qu’avec le Royaume de Bahreïn, représenté par leur ministre des Affaires étrangères Abdullatif ben Rachid Al-Zayani.

Dans les mois qui suivent, la République du Soudan annonce en octobre 2020 son engagement vers une normalisation avec Israël, dans un contexte de transition politique, tandis qu’en décembre 2020, Israël et le Royaume du Maroc ont établi des relations diplomatiques officielles. Dans ce dernier cas, les États-Unis accompagnent l’accord par une reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, illustrant le rôle transactionnel de la diplomatie américaine.

Ces accords ouvrent la voie à une coopération inédite entre Israël et plusieurs pays arabes dans les domaines économique, technologique, énergétique et sécuritaire.

Une constante: la signature américaine

De Camp David aux accords d’Abraham, une constante demeure: les États-Unis ne sont pas un simple facilitateur, mais un acteur central, capable d’imposer un cadre, d’offrir des garanties et de peser sur les équilibres.

Alors que l’État libanais s’est déjà engagé dans la voie des négociations directes avec Israël à Washington, la question est de savoir si cette médiation pourrait déboucher sur une paix stable et durable au Liban.

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