Bennett-Lapid vs Netanyahou: quelles sont les forces politiques actives en Israël?
©Ici Beyrouth

Une nouvelle alliance s’est formée, dimanche, en Israël, marquant les retrouvailles de deux figures politiques majeures: Naftali Bennett et Yaïr Lapid. Déjà en 2021, ces deux anciens Premiers ministres avaient réussi l’impensable en évinçant Benjamin Netanyahou après douze années ininterrompues au pouvoir.

Leur coalition n’avait toutefois survécu que dix-huit mois. Aujourd’hui, ils officialisent à nouveau leur union en vue des élections législatives prévues à l’automne 2026. Sous une bannière baptisée «BeYahad» («Ensemble», en hébreu), ils espèrent fédérer une opposition fragmentée pour tenter de mettre fin au règne du Premier ministre actuel.

Ce retour côte à côte soulève toutefois des interrogations, tant les deux hommes incarnent des courants idéologiques différents, comme nous le verrons plus bas, lorsqu’il sera question d’établir une mise au point des différentes formations qui constituent le paysage politique israélien. 

Le précédent de 2021

En juin 2021, après quatre élections en deux ans, Naftali Bennett et Yaïr Lapid avaient réussi à former une coalition inédite de huit partis, allant de la droite nationaliste à la gauche, avec, pour la première fois dans l’histoire israélienne, la participation d’un parti arabe indépendant, Ra’am, au gouvernement.

Ce «gouvernement du changement» reposait sur un accord de rotation. Naftali Bennett devait occuper le poste de Premier ministre dans un premier temps, avant de céder sa place à Yaïr Lapid.

Cette alliance avait permis d’écarter Benjamin Netanyahou, mais elle restait profondément fragile. Les désaccords sur les colonies, la question palestinienne, la religion, la réforme judiciaire ou encore la place des partis arabes avaient rapidement mis à l’épreuve sa cohésion.

La défection de plusieurs députés, notamment issus de la droite, avait finalement provoqué la chute du gouvernement en juin 2022. Yaïr Lapid avait alors assuré l’intérim jusqu’aux élections de novembre, remportées par Benjamin Netanyahou.

L’échec de cette première expérience a montré que si Bennett et Lapid peuvent gouverner ensemble politiquement, leur alliance reste vulnérable sans une base parlementaire solide.

Partis politiques israéliens

Autour de Benjamin Netanyahou gravite aujourd’hui un bloc de droite et de droite religieuse relativement homogène sur les questions sécuritaires, mais traversé de nuances idéologiques et communautaires.

Le Likud (le parti de M. Netanyahou) constitue l’ossature de ce bloc. Fondé en 1973 par Menahem Begin, il constitue un parti de droite nationaliste, libéral sur le plan économique et très attaché à la sécurité. Le Likud défend une ligne dure face aux Palestiniens, rejette en pratique toute concession territoriale majeure et prône le maintien du contrôle israélien sur Jérusalem et une partie de la Cisjordanie. Il reste néanmoins plus institutionnel et pragmatique que ses alliés d’extrême droite.

À sa droite se trouvent les partis religieux.

La formation Shas représente les juifs ultra-orthodoxes séfarades et mizrahim, c’est-à-dire originaires du monde arabe ou méditerranéen. Fondé par le rabbin Ovadia Yossef, le parti défend avant tout les intérêts de sa communauté: financement des écoles religieuses, allocations sociales, maintien des exemptions militaires pour les étudiants en yeshiva (centre d'étude supérieur de la Torah et du Talmud) et préservation du statu quo religieux. Sur le plan diplomatique, Shas a parfois été pragmatique, mais il s’aligne aujourd’hui sur les politiques de M. Netanyahou.

Le parti Yahadut HaTorah (Judaïsme unifié de la Torah), représente les juifs ultra-orthodoxes ashkénazes, originaires d’Europe de l’Est et centrale. Son combat est essentiellement religieux et communautaire plus que géopolitique.

Otzma Yehudit (Force juive), dirigé par Itamar Ben-Gvir, est issu du courant kahaniste, hérité du rabbin Meir Kahane. Le parti prône une ligne extrêmement dure contre les Palestiniens, l’extension de la souveraineté israélienne sur toute la Cisjordanie et des mesures sécuritaires musclées.

HaTzionut HaDatit (le Parti religieux sioniste), dirigé par Bezalel Smotrich, défend un sionisme religieux messianique. Très implanté dans le mouvement des colonies, il soutient l’annexion de la Cisjordanie et une transformation plus religieuse de l’État.

Face à ce bloc, l’opposition est plus fragmentée.

Yesh Atid («Il y a un avenir») de Yaïr Lapid est un parti centriste, libéral et laïc. Il défend la réforme de l’État, la démocratie parlementaire, une réduction de l’influence des ultra-orthodoxes et une approche plus diplomatique sur la question palestinienne. Depuis le 7 octobre 2023, il a toutefois durci son discours sécuritaire, notamment sur Gaza et l’Iran, tout en accusant Benjamin Netanyahou d’avoir failli dans la protection du pays.

Dans cet espace politique du centre droit critique de Benjamin Netanyahou s’inscrit également Naftali Bennett, ex-chef du parti Yamina. Figure de la droite nationaliste et religieuse, mais perçu comme plus pragmatique que la droite traditionnelle, il adopte une ligne sécuritaire dure, soutient l’annexion de parties de la Cisjordanie et s’oppose à la création d’un État palestinien. Depuis son retour en politique avec son nouveau parti, «Bennett 2026», il tente de repositionner son image sur un registre plus gestionnaire et consensuel.

HaMahane HaMamlachti (l’Unité nationale), de Benny Gantz, se situe au centre, avec une image sécuritaire forte. M. Gantz, ancien chef d’état-major, attire les électeurs modérés qui veulent une alternative à l’actuel Premier ministre sans basculer à gauche. Son parti insiste sur la stabilité, la gouvernance et le consensus.

Yisrael Beiteinu (Israël est notre maison) d’Avigdor Liberman est un parti de droite nationaliste et laïque, historiquement soutenu par les immigrés russophones. Très dur sur la sécurité, il s’oppose toutefois aux partis ultra-orthodoxes et défend un État plus séculier.

Le HaAvoda (parti travailliste israélien), autrefois parti fondateur de l’État d’Israël, représente la social-démocratie sioniste: État-providence, négociations avec les Palestiniens, institutions fortes. Son influence a fortement décliné.

Meretz (Énergie) incarne la gauche sioniste progressiste qui défend les droits humains, la solution à deux États, l’égalité civique et la séparation de la religion et de l’État. Le parti n’est plus représenté à la Knesset mais pourrait revenir.

Enfin, les partis arabes israéliens jouent souvent le rôle d’arbitre.

Hadash-Ta'al rassemble des courants de gauche arabe et judéo-arabe. Hadash (Front démocratique pour la paix et l’égalité) est d’inspiration socialiste et communiste, tandis que Ta’al (Mouvement arabe pour le renouveau) est plus nationaliste arabe. Ils défendent l’égalité des citoyens arabes d’Israël et la création d’un État palestinien.

Ra'am (Tonnerre), dirigé par Mansour Abbas, est un parti islamiste pragmatique issu de la branche sud du Mouvement islamique. Contrairement aux autres partis arabes, Ra’am privilégie des gains concrets pour la population arabe israélienne et a déjà participé à la coalition Bennett-Lapid en 2021.

Au fond, la politique israélienne se structure autour de trois grandes fractures: la sécurité et la question palestinienne, la place de la religion dans l’État et le rapport à Benjamin Netanyahou lui-même. C’est ce dernier clivage qui explique pourquoi des partis allant de la droite dure au centre, voire aux partis arabes, ont déjà pu gouverner ensemble.

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