Négociations Liban-Israël: ce qui s’est vraiment joué à Washington
Les représentants libanais et israéliens, réunis à la Maison Blanche, pour un deuxième cycle de négociations directes. ©Al-Markazia

C’est sous l’œil d’un Donald Trump désireux d’imprimer sa marque sur le dossier moyen-oriental que des représentants israéliens et libanais se sont retrouvés, jeudi, dans l’enceinte de la Maison Blanche, à Washington, pour une deuxième séquence de négociations directes inédites.

Résultat de cette rencontre? Une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu, période durant laquelle le locataire du Bureau Ovale entend, selon ses propres termes, recevoir «dans un avenir proche» le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou et le président libanais, Joseph Aoun.

Il convient de rappeler, à cet égard, que cette réunion fait suite à un premier round tenu, le 14 avril dernier, au département d’État. Elle a eu, jeudi, pour objectifs d’éviter, d’une part, l’effondrement de la trêve de dix jours, qui devait arriver à expiration dans la nuit du 26 au 27 avril prochains et, d’autre part, de poser les bases d’un cadre plus large pouvant mener à un accord durable, voire à une paix entre Beyrouth et Tel Aviv.

Trump s’invite dans les négociations

Le déplacement du dossier du département d’État à la Maison Blanche n’est pas anodin. Il traduit l’implication personnelle de Donald Trump, qui cherche manifestement à transformer cette médiation en succès diplomatique majeur.

Autour de la table étaient rassemblés le vice-président américain, JD Vance, le secrétaire d’État, Marco Rubio, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, l’ambassadrice du Liban à Washington, Nada Hamadé Moawad, ainsi que l’ambassadeur israélien à Washington, Yechiel Leiter.

Après avoir accueilli les délégations, Donald Trump a pris part à une partie des discussions. Il s’est ensuite exprimé publiquement, affirmant que «la réunion s’est très bien passée» avant d’annoncer sur la plateforme Truth Social que «le cessez-le-feu entre Israël et le Liban sera prolongé de trois semaines».

Dans le même message, il a ajouté que «les États-Unis vont travailler avec le Liban pour l’aider à se protéger du Hezbollah», liant implicitement toute stabilisation au renforcement de l’État libanais face à la formation chiite.

M. Trump a également laissé entendre qu’il entendait accueillir prochainement à Washington le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou et le président libanais, Joseph Aoun. Il a même évoqué la possibilité d’un accord avant la fin de l’année.

Ce que chaque camp est venu chercher

Côté libanais, la ligne officielle avait été fixée en amont par le chef de l'État. Beyrouth veut obtenir l’arrêt total des frappes israéliennes, le retrait des troupes israéliennes des zones encore occupées au Liban-Sud, la libération de détenus libanais en Israël, la stabilisation de la frontière et l’ouverture d’un chantier de reconstruction.

Le Liban insiste également sur le déploiement de l’armée libanaise au Liban-Sud comme garantie sécuritaire et cherche à internationaliser la pression sur Israël concernant les violations du cessez-le-feu.

Prenant la parole à la fin de la réunion, l’ambassadrice Nada Hamadé Moawad a qualifié la rencontre «d’historique» et, dans une formule remarquée, a affirmé qu’avec l’aide de Trump, cette dynamique pourrait «rendre sa grandeur au Liban» (make Lebanon great again).

Côté israélien, l’objectif premier reste sécuritaire, dans le sens où Tel Aviv œuvre à obtenir des garanties concrètes contre toute reprise des attaques du Hezbollah, à maintenir la liberté d’action militaire contre les infrastructures de la milice pro-iranienne et à pousser Beyrouth à avancer sur la question de son désarmement.

Yechiel Leiter s’est montré optimiste publiquement, estimant que les discussions américaines pourraient «formaliser la paix entre Israël et le Liban dans un avenir très proche».

Il n’en demeure pas moins que, derrière cette communication, plusieurs médias israéliens rapportent une irritation croissante dans certains cercles politiques et sécuritaires au sein de l’État hébreu. L’annonce unilatérale de Trump sur la prolongation du cessez-le-feu aurait pris de court plusieurs responsables israéliens, déjà agacés par les violations continues imputées au Hezbollah et par la poursuite de tirs de roquettes peu avant la réunion.

L’idée d’un calendrier diplomatique accéléré imposé par Washington suscite aussi des réserves en Israël, où certains ministres estiment que les objectifs militaires n’ont pas été pleinement atteints.

Une trêve prolongée, une paix encore lointaine

Le principal résultat concret de la réunion reste donc cette extension de trois semaines.

Elle permet d’éviter, à court terme, une reprise immédiate des hostilités, alors même que la journée de jeudi a été marquée par de nouvelles violences sur le terrain. Des frappes israéliennes au Liban ont fait plusieurs morts, tandis que des tirs en direction du nord d’Israël ont été signalés avant l’annonce officielle.

Le Hezbollah n’a pas officiellement commenté l’extension, sachant qu’il avait déjà critiqué le principe même de discussions directes avec Israël, dans un contexte où une grande partie de l’opinion libanaise soutient l’initiative diplomatique tandis qu’une autre y voit une forme de normalisation déguisée.

Il faut dire qu’à Beyrouth, toute négociation directe avec Israël se heurte, d’un côté, à l’état de guerre officiel entre les deux pays, d’un autre, aux lois libanaises interdisant les contacts avec l’État hébreu et d’un troisième, aux objections à toute négociation directe émanant du tandem chiite (Amal-Hezbollah).

Pour l’heure, Donald Trump a obtenu une image, celle d’un président libanais et d’un Premier ministre israélien, assis dans la même pièce sous son arbitrage. Reste à savoir si cette photo relèvera de l’Histoire ou d’un simple répit de trois semaines.

 

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