La situation libanaise demeure d’une grande complexité, rendant toute issue pérenne particulièrement difficile à atteindre. Paradoxalement, certains acteurs politiques, en raison d’un mélange d’impuissance, de crainte et d’intérêts, évoquent la recherche d’une période d’accalmie prolongée, sans toutefois s’attaquer aux causes structurelles des crises récurrentes qui frappent le pays, au premier rang desquelles figurent l’arsenal du Hezbollah et sa mainmise sur les décisions de guerre et de paix.
Une réalité fermement rejetée par les États-Unis, qui demeurent attachés au désarmement du Hezbollah et au soutien du gouvernement ainsi qu’à ses décisions en la matière, notamment celle d’engager des négociations directes. Selon des informations recueillies, la France et l’Arabie saoudite auraient convaincu Washington qu’aucune avancée gouvernementale ne saurait être crédible sous la contrainte militaire, tout en appelant à exercer des pressions effectives sur Israël afin d’obtenir des gestes concrets sur le terrain, susceptibles de renforcer la position de l’exécutif face au Hezbollah.
D’après ces mêmes sources, Riyad, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhan, et par son émissaire pour le Liban, Yassine ben Farhan, a réitéré aux responsables libanais son soutien au gouvernement de Nawaf Salam et à ses orientations, notamment la décision de réserver le monopole des armes à l’État. L’Arabie saoudite a souligné que la stabilité intérieure constitue un préalable incontournable à toute participation future au processus de reconstruction. Le royaume a également mis en avant son appui à l’initiative du président de la République, le général Joseph Aoun, en faveur des négociations directes entre le Liban et Israël.
À noter que ces positions s’inscrivent dans une coordination avec Paris. Un échange s’est tenu ces derniers jours entre l’émissaire saoudien Yassine ben Farhan et son homologue français pour le Liban, Jean-Yves Le Drian. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, pourrait par ailleurs se rendre à Beyrouth la semaine prochaine. Sa visite interviendrait dans le prolongement de celle de M. ben Farhan et d’un contact entre ce dernier et le président du Parlement, Nabih Berri. L’entourage de Nabih Berri a d’ailleurs salué cet échange, y voyant la confirmation de l’intérêt saoudien pour la stabilité du Liban.
Côté français, l’on indique que Paris soutient pleinement les discussions en cours entre le Liban et Israël, tout en réitérant la nécessité pour le gouvernement libanais de mettre en œuvre ses décisions relatives au désarmement du Hezbollah. La France coordonnerait également avec les États-Unis sur le dossier des négociations actuellement menées à Washington.
Dans ce contexte, une convergence de vues américano-saoudo-française se dessine autour de l’objectif de dissocier l’évolution politique et sécuritaire du Liban de celle de l’Iran. Si ces capitales reconnaissent l’existence d’un lien structurel entre les deux fronts, en raison des connexions entre le Hezbollah et Téhéran, elles estiment que l’élargissement des marges de manœuvre du gouvernement libanais lui permettrait de prendre des décisions plus souveraines, moins assujetties aux orientations que Téhéran a tenté, et tente encore, d’imposer au pays.




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