Les monarchies du Golfe occupent une place à part dans cette crise. Absentes des tables de négociation, elles sont parmi les plus exposées. D’abord économiquement: le détroit d’Ormuz, par lequel passe près d’un cinquième du pétrole mondial, est leur artère vitale. Ensuite militairement: bases, capacités de projection… tout cela en fait des points d’appui évidents.

Et à Washington, on commence à les regarder non plus comme des partenaires à consulter, mais comme des alliés à mobiliser.

Les Émirats arabes unis sont en première ligne. Leur marine, leurs infrastructures, leur position à l’entrée du Golfe en font un acteur clé si une opération devait viser à rouvrir le détroit d’Ormuz par la force. Cela engagerait Abou Dhabi dans un conflit dont il ne maîtrise pas les contours.

Le Koweït pourrait se voir confier un rôle plus discret, mais tout aussi risqué. Sa proximité avec le Golfe Persique et avec l’Iran en fait une base naturelle pour toute action vers l’île de Kharg, point central des exportations iraniennes.

Servir de point de départ pour une frappe, ce serait s’exposer directement à une riposte de Téhéran. Les Koweïtiens en sont conscients. Mais ils n’auront peut pas le choix. 

Riyad, enfin, est face à la situation la plus délicate. L’Arabie saoudite travaille depuis des mois à consolider les forces anti-Houthis dans le sud du Yémen. Une stratégie patiente, qui lui donne aujourd’hui une capacité d’action. Si les Houthis, autre bras armé de Téhéran en mer Rouge, bloquaient l’accès au canal de Suez, la pression pour intervenir deviendrait difficile à contenir. Les Saoudiens auraient alors le choix entre deux options. Ne pas agir et apparaître passifs face à une menace connue, ou intervenir et s’engager dans une guerre ouverte sur leur flanc sud.

Au fond, il ne s’agit pas seulement de détroits ou de routes maritimes. C’est une question de souveraineté. Depuis des décennies, les monarchies du Golfe tiennent une ligne claire : s’abriter sous la protection américaine sans en devenir l’instrument. Cette ligne est aujourd’hui fragilisée. Washington ne demande plus seulement des bases ou des contrats. Il pourrait demander davantage.

La question, encore peu formulée, est difficile à poser. Jusqu’où peut-on dire non à l’Amérique quand elle garantit votre sécurité?

Depuis le 28 février, les monarchies du Golfe subissent le conflit. Elles pourraient bien en devenir les prochains acteurs.

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