Au Liban, le souvenir de la guerre civile continue d’occuper une place centrale dans la mémoire collective et dans le calendrier national. Non pas parce que ce conflit appartient entièrement au passé, mais parce que la crainte de son retour ressurgit à chaque nouvelle tension. Les épisodes ponctuels, comme le 7 mai ou les incidents de Tayouné, entretiennent ce spectre de violence, tout en partageant un point commun régulièrement évoqué dans le débat public: le Hezbollah.
Avec l’évolution de la situation militaire, du Liban-Sud à la banlieue sud de Beyrouth, jusqu’au cœur de la capitale, le langage de la guerre civile refait surface. Il est tantôt brandi par certains pour exprimer une inquiétude réelle, tantôt utilisé pour justifier l’inaction officielle face à des questions fondamentales, notamment celle des armes, en avançant que le désarmement du Hezbollah mènerait à une guerre civile.
Le paradoxe souvent relevé est que les épisodes les plus sensibles associés au risque de déstabilisation sont, d’une manière ou d’une autre, liés au Hezbollah. Le 7 mai, les événements de Tayouné, ainsi que plusieurs incidents sécuritaires dispersés de Lassa à la Békaa en passant par Beyrouth, portent la signature du Hezbollah.
Pourtant, il n’existe aujourd’hui aucune dynamique réelle de guerre civile au Liban. La société libanaise, toutes confessions confondues, semble largement réconciliée avec l’idée de l’État issu de l’accord de Taëf. Dans ce contexte, la menace d’un retour à la guerre civile apparaît de moins en moins comme une réalité imminente, et davantage comme un discours politique, souvent associé à la question du désarmement du Hezbollah.
Ce discours de la peur s’inscrit dans une rhétorique plus large, qui invoque tour à tour la menace d’Israël, celle d’un «Grand Israël», d’un non-retrait israélien du Liban-Sud, ou encore d’une attaque de groupes takfiristes si l’armement du Hezbollah venait à être remis en cause. Pendant des années, le Hezbollah a bâti son discours sur cette logique de peur. Mais après l’assassinat de son ancien secrétaire général et l’affaiblissement de son image durant la guerre, ces discours ne convainquent plus, à commencer par celui de la guerre civile.
Au Liban, personne ne revendique la guerre. Pourtant, le Hezbollah, en tant qu’acteur armé en dehors du cadre étatique, demeure au cœur de ces représentations. À chaque échéance sensible ou commémoration de la guerre, il réactive un discours fondé sur la peur du conflit, présenté comme justification de son rôle et de la poursuite de son armement.



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