L’année où tous les tabous ont sauté
©Ici Beyrouth

S’il est un bouleversement majeur que connaît aujourd’hui le Liban, sur les plans politique et diplomatique, c’est bien l’effondrement des tabous qui ont longtemps pesé sur les Libanais.

Ce qui relevait hier de l’interdit absolu, dans les années 1990 et au début des années 2000, s’impose désormais comme une voie de sortie. Parler de paix avec Israël, évoquer des négociations directes, remettre en cause l’activité militaire du Hezbollah en le considérant comme une entité hors la loi, ou encore traiter sa base sociale comme n’importe quel autre segment de la population, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs: autant de lignes rouges qui volent aujourd’hui en éclats.

L’ouverture de négociations directes entre le Liban et Israël constitue, à cet égard, l’aboutissement de cette rupture. Le Liban a su saisir une fenêtre d’opportunité, à la faveur des appels répétés du président de la République, Joseph Aoun, auxquels la partie israélienne a fini par répondre, sous pression américaine. Ces discussions s’inscrivent désormais dans une dynamique régionale plus large, marquée par les négociations irano-américaines, appelées à redessiner les équilibres au Moyen-Orient.

Toutefois, se bercer d’illusions sur une issue rapide serait une erreur. Ces négociations s’ouvrent, comme souvent, à bas bruit, au niveau des ambassadeurs aux États-Unis, sous parrainage américain. Elles sont, à ce stade, préparatoires. Le véritable tournant se mesurera à l’intensification des échanges diplomatiques et à l’entrée en scène, plus visible, des grandes puissances.

Mais au-delà du processus lui-même, c’est le fait que l’État libanais soit aujourd’hui en mesure de piloter ces discussions qui constitue la véritable rupture. Présidence, gouvernement, ministres de toutes confessions, absence d’opposition du président du Parlement: un tel alignement institutionnel était impensable il y a encore peu. Il marque la fin d’un verrou politique longtemps imposé au pays.

Autre tabou en train de tomber: celui des chrétiens du Sud. Pendant des décennies, les villages frontaliers, les Libanais réfugiés en Israël, l’Armée du Liban-Sud ou encore le «Mur de la bonne volonté» ont été relégués au rang de stigmates, assimilés à la trahison et instrumentalisés par le camp dit de la «résistance».

Ce narratif vacille. D’autres ont fui. Eux sont restés. Leur priorité est claire: demeurer sur leur terre, coûte que coûte. Et si l’aide qui leur permet de survivre provient d’Israël, nul ne peut sérieusement leur en faire le reproche.

N’est-ce pas, au fond, au nom de cette même logique – rester, résister, survivre – que le Hezbollah justifie son propre combat? La contradiction est flagrante: ce qui est jugé légitime pour soi devient-il condamnable chez les autres?

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