Une nouvelle séquence diplomatique et militaire s’ouvre au Pentagone, où des responsables militaires libanais et israéliens participent à une série de négociations parrainées par les États-Unis.
Cette réunion marque une évolution importante du format: pour la première fois, le dossier sécuritaire est séparé du volet politique. Les discussions militaires se tiennent au Pentagone, tandis qu’un cycle politique distinct est prévu les 2 et 3 juin au département d’État américain.
Selon plusieurs sources, la délégation israélienne est dirigée par le général Amichai Levin, responsable de la division stratégique de la planification militaire israélienne. Côté libanais, les discussions sécuritaires sont conduites par le directeur des opérations de l’armée, le général Georges Rizkallah.
La délégation libanaise comprend également les officiers Ziad Rizkallah, Chadi Abou Kroum, Wael Abbas, Mazen Hajj, Wadih Rafoul et Oliver Hakmeh, chargé d’affaires militaires libanais à Washington.
Deux agendas profondément divergents
Les deux camps abordent les discussions avec des priorités profondément divergentes.
Israël place au centre des discussions le désarmement du Hezbollah et le démantèlement de son infrastructure militaire au sud du Litani.
Lors d’un forum organisé jeudi par le Washington Institute, le général israélien de réserve Assaf Orion a affirmé que l’objectif israélien demeure avant tout sécuritaire, avec pour priorité la neutralisation des capacités militaires du Hezbollah afin de protéger les communautés israéliennes du nord.
Selon lui, Israël cherche à imposer une nouvelle réalité sécuritaire au Liban-Sud à travers une combinaison de pression militaire et de levier diplomatique.
Dans cette perspective, la pression militaire reste un outil stratégique destiné à pousser le Hezbollah à accepter une nouvelle réalité sécuritaire au Liban-Sud.
Le Liban, de son côté, arrive avec des priorités différentes: obtenir un cessez-le-feu global, faire cesser les frappes israéliennes et obtenir un retrait israélien des zones occupées dans le sud du pays.
Des attentes limitées côté libanais
Selon le général libanais à la retraite Khaled Hamadeh, dans un entretien accordé This is Beirut, la délégation libanaise présente à Washington un dossier détaillant les efforts de l’armée pour confisquer les armes du Hezbollah au sud du Litani depuis le cessez-le-feu du 27 novembre 2024.
Mais il estime que ces résultats restent insuffisants.
«Au Pentagone, ils feront face à des questions difficiles parce qu’ils n’ont rien accompli de substantiel», affirme-t-il.
Selon lui, l’armée libanaise n’est ni prête ni politiquement disposée à affronter directement le Hezbollah, ce qui réduit considérablement la marge de négociation de Beyrouth.
«Les Israéliens poseront une question centrale: quel est votre rôle dans le désarmement du Hezbollah? Si la délégation libanaise n’a pas de réponse, alors il n’y a rien à négocier», ajoute-t-il.
L’analyste sécuritaire Riad Kahwaji, avait également estimé que le point central du blocage reste le désarmement du Hezbollah. Selon lui, aucun progrès significatif sur le cessez-le-feu ou le retrait israélien ne pourra être obtenu sans avancée sur cette question, précisant que les discussions pourraient néanmoins produire des avancées techniques: cessez-le-feu, retrait israélien, et résolution des treize points frontaliers contestés. Il évoque aussi un mécanisme progressif liant retrait israélien et calendrier de désarmement.
Escalade militaire avant les pourparlers
Les négociations se déroulent dans un contexte d’escalade sur le terrain.
Ces derniers jours, l’armée israélienne a intensifié ses frappes dans le sud du Liban, notamment à Nabatiyé, Tyr et dans plusieurs zones du Liban-Sud et de la Békaa. Des ordres d’évacuation au sud du fleuve Zahrani ont provoqué des déplacements massifs de population.
Lors du forum du Washington Institute, cité plus haut, Assaf Orion a décrit la stratégie israélienne comme visant à créer une «zone de sécurité» de plusieurs kilomètres au nord de la frontière afin d’éloigner les capacités offensives du Hezbollah.
Il a également évoqué plus de 135 frappes en vingt-quatre heures et la difficulté croissante de contrer les drones utilisés par le Hezbollah.
Le dossier explosif du Hezbollah
Toutefois, le point le plus sensible reste le sort des armes du Hezbollah.
Des informations récentes évoquent des pressions américaines sur les autorités libanaises afin d’accélérer un mécanisme visant à étendre le contrôle sécuritaire de l’État dans le sud du pays.
Lors du même forum, l’ancien secrétaire d’État adjoint américain pour le Proche-Orient, David Schenker, a souligné que les négociations reposent sur deux exigences contradictoires: le retrait israélien d’un côté et l’élimination de la présence armée liée à l’Iran à la frontière nord d’Israël de l’autre.
David Schenker a également souligné que Washington gérait simultanément plusieurs dossiers liés entre eux: Liban-Israël, Iran et sécurité régionale.
Une équation politique et sécuritaire complexe
Le gouvernement libanais est confronté à une équation difficile: restaurer sa souveraineté sans provoquer de confrontation interne majeure.
De son côté, le Hezbollah rejette toute discussion directe sur son désarmement, considérant ces négociations comme une tentative de l’affaiblir.
Le défi du président Joseph Aoun
Pour le président Joseph Aoun et l’armée libanaise, ces négociations représentent un test délicat. Le Liban cherche à obtenir un soutien international pour stabiliser la situation, tout en évitant une confrontation interne autour du Hezbollah.
Face aux pressions américaines, aux exigences israéliennes et aux menaces du Hezbollah, Beyrouth tente de maintenir un équilibre fragile.
Le général Hamadeh estime cependant que les États-Unis et Israël cherchent désormais à détacher le Liban de l’axe iranien par la force, considérant que l’État libanais est largement neutralisé.
Une réunion sans percée immédiate attendue
Selon plusieurs responsables américains et israéliens, aucune percée majeure n’est attendue lors de cette session au Pentagone. L’objectif principal serait de clarifier les positions avant la reprise des négociations politiques prévues la semaine suivante.
Cependant, malgré l’absence probable d’accord immédiat, cette réunion pourrait marquer une nouvelle étape dans la gestion du conflit israélo-libanais, où la question du désarmement du Hezbollah devient progressivement le centre de gravité des discussions régionales et internationales.



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