Opération «Ténèbres éternelles». À première vue, il ne s’agit que d’un nom de plus dans la longue série d’opérations israéliennes menées contre le Hezbollah au Liban depuis le début de la guerre, en 2023. Or, derrière cette appellation et au-delà de la rhétorique militaire, se dessine une réalité plus structurée.
«La guerre en cours ne suit pas une trajectoire linéaire. Elle se déploie par campagnes successives, chacune définie par un rythme propre, un champ géographique élargi ou resserré et surtout une logique opérationnelle différente», explique-t-on à Ici Beyrouth, de source sécuritaire.
Des campagnes successives
Depuis 2023, l’armée israélienne a progressivement fragmenté son action contre le Hezbollah en plusieurs phases opérationnelles distinctes.
Les premières ont été concentrées sur la zone frontalière sud du Liban, dans le prolongement de l’opération «Bouclier du Nord»: une campagne militaire lancée par l'armée israélienne, en 2018, pour détecter et neutraliser les tunnels d'attaque transfrontaliers creusés par le Hezbollah depuis le sud du Liban vers le territoire israélien.
À partir de 2024, l’intensification des échanges de tirs a marqué un tournant. Le champ des frappes s’est progressivement élargi en profondeur vers l’intérieur du territoire libanais, notamment vers la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth. Cette nouvelle séquence, placée sous le nom «Flèches du Nord», s’est donc caractérisée par une montée en puissance des frappes de précision visant des cadres du Hezbollah, des centres de commandement et des infrastructures liées aux capacités de roquettes et de drones.
En 2025, cette dynamique s’est encore durcie avec des épisodes de bombardements massifs, intégrés dans une logique de choc opérationnel. Cette approche repose sur des vagues de frappes simultanées, rapides et coordonnées, destinées à désorganiser l’adversaire plutôt qu’à l’user progressivement. En 2026, l’opération «Lion rugissant» s’inscrit comme une extension de celle visant principalement l’Iran et renvoie à des vagues de frappes simultanées et rapides destinées à créer un choc opérationnel et à imposer une zone de sécurité au Liban-Sud.
C’est dans cette évolution continue, marquée par l’élargissement des cibles et l’accélération des séquences, que s’inscrit aujourd’hui l’opération «Ténèbres éternelles».
Une séquence de choc et de saturation du système
Déclenchée mercredi par une centaine de frappes simultanées en l’espace de quelques minutes sur des sites répartis sur l’ensemble du territoire libanais, cette opération marque une nouvelle inflexion dans la méthode.
Selon la source sécuritaire interrogée, l’objectif israélien ne se limite plus à la neutralisation de positions militaires isolées. Il semble viser un niveau supérieur, celui des structures de commandement, de coordination et de communication du Hezbollah.
Autrement dit, l’objectif ne serait plus uniquement de frapper des capacités militaires, mais d’agir sur ce que les experts militaires qualifient de «système», à savoir la chaîne décisionnelle, les nœuds de transmission de l’information et les centres de commandement opérationnels. L’objectif serait de désorganiser, voire de saturer, la chaîne de commandement dans un laps de temps extrêmement court.
Une telle approche implique nécessairement un niveau élevé de renseignement en amont, combinant surveillance aérienne, interception de signaux et renseignement humain. Elle repose également sur une synchronisation fine des frappes, quasi simultanée.
Dans cette perspective, l’opération «Ténèbres éternelles» ne s’inscrirait pas seulement dans une dynamique d’intensification militaire, mais dans une tentative de redéfinition du rapport de force. En frappant simultanément des points dispersés, l’armée israélienne chercherait à contraindre le Hezbollah à réagir dans l’urgence, sous pression, et potentiellement de manière désordonnée.
Reste que dans ce type de guerre fragmentée en séquences, les noms changent, les méthodes évoluent, les rythmes s’accélèrent, mais la logique, elle, demeure. Une logique où chaque opération n’est plus une fin en soi mais une transition vers la suivante, dans un conflit qui s’écrit désormais en vagues successives.




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